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Analyse : ELECTIONS, RECTO VERSO

Pour respecter le délai de juillet, le gouvernement va devoir accorder paramètres politiques et paramètres techniques

Passion et calculs, petits et grands, nourrissent la confusion autour des présidentielles à venir. Une fois débarrassé de la masse de mauvaises questions et de faux débats qui en parasite la compréhension, le dossier est moins complexe qu'on le pense généralement et laisse même apparaitre des points forts d'accord entre les oppositions du moment.

Le premier de ces points est que les élections doivent avoir lieu le plus rapidement possible. Nul ne conteste cette nécessité, pas plus que l'impérieux besoin d'avoir de bonnes élections - second point d'accord important. La fracture survient donc essentiellement sur le timing des opérations qui, lui même, renvoie au contexte de lendemain de guerre dans lequel le scrutin se prépare.

Les désaccords proviennent ici des divergences d'appréhension de ce contexte et de la juxtaposition des paramètres politiques et des paramètres techniques du scrutin.

Les paramètres politiques sont connus de tous et peuvent être facilement résumés : notre pays qui sort d'un coup d'Etat et est gouverné par un pouvoir de Transition, a rapidement besoin d'autorités issues d'élections, pour lui-même (légitimité démocratique et mandat durable) et pour renouer pleinement avec une communauté internationale dont il a le plus grand besoin pour sa défense et sa reconstruction.

L'urgence d'avoir des élections est un impératif politique porté d'abord par le gouvernement qui a proposé le mois de juillet et qui s'y tient. A-t-il tort ? Non, il est pleinement dans son rôle. C'est un gouvernement de Transition à qui - on ne cesse de le répéter – deux missions principales ont été confiées, dont la seconde est justement l'organisation « d'élections générales transparentes et crédibles ». Sur ce point, plus qu'à l'époque sur la première - la libération du territoire national -, il affiche détermination et volontarisme. Il a fixé une date-butoir rapprochée (7 juillet) et travaille aussi vite que les circonstances le permettent, sans afficher le moindre doute sur la faisabilité des opérations.

Aveuglement ? Encore non, car la ténacité affichée n'exclut pas, si l'on tend l'oreille, de légères inflexions dans le discours au plus haut sommet de l'Etat jusqu'à ce « 28 juillet » cité sans crier gare par le président Dioncounda Traoré, mardi à Bruxelles. La détermination n'empêche pas non plus le réalisme comme de jeter du lest pour gagner en vitesse en découplant la présidentielle des législatives. Le gouvernement est donc conscient des obstacles qui ralentissent l'entreprise mais il s'impose un deadline strict pour s'interdire de lambiner.

S'accrocher à la date fixée, n'est pas seulement une question de conviction et de méthode, c'est aussi une affaire de crédibilité. Imaginez, en effet, les conséquences d'un report de plusieurs mois annoncé aujourd'hui ou de doutes exprimés à voix haute par des décideurs. Les explications objectives qui ne manqueraient pourtant pas, seraient inaudibles face au tsunami de soupçons qui fondrait sur l'exécutif. Le gouvernement devrait faire face à un déferlement d'accusations de mauvaise foi, de tortueux calculs lui seraient prêtés. La Transition se noierait immédiatement dans un climat malsain où la confiance en ses animateurs serait laminée. Notre histoire récente présente un épisode similaire lorsqu'en 1992, dans un contexte assurément moins difficile mais peut-être aussi suspicieux, Amadou Toumani Touré qui présidait la Transition de l'époque, avait perçu le danger de prolonger la période transitoire comme de bonnes âmes très intéressées le lui suggéraient.

Les autorités de la Transition de 2013 tracent donc leur chemin en faisant mine de ne pas entendre les sceptiques. Elles sont plus qu'encouragées en cela par une communauté internationale qui est pourtant loin d'être monolithique sur le sujet. Les Africains de la CEDEAO, sensibles à la difficulté d'organiser des élections sous nos latitudes même en période ordinaire, affichent une attitude encourageante et « compréhensive » vis-à-vis des délais fixés lorsqu'ils n'expriment pas clairement leurs doutes comme Mohamed Bazoum, le ministre nigérien des AE.

Officiellement, la France n'envisage aucun report. François Hollande (« nous serons intraitables... ») et Jean Yves Le Drian (« ce n'est pas imaginable ... ») l'ont clairement signifié. Paris, englué dans de graves problèmes domestiques, entend que le précieux bénéfice du calendrier militaire ne soit pas gaspillé par un calendrier politique erratique. Et on comprend que par dessus l'épaule du gouvernement malien, les responsables français s'adressent aussi (et surtout ?) à leur propre opinion.

Par la force des circonstances, des contraintes de politique intérieure française se mêlent donc à l'équation électorale malienne et s'ajoutent aux paramètres politiques à prendre en compte qui poussent, en presque totalité, vers le respect des dates arrêtées.

Les paramètres techniques sont, eux, plus mitigés. Si côté budget, équipement des bureaux de vote et impression des cartes NINA qui feront office de cartes d'électeur, les choses se présentent bien, d'autres points suscitent des interrogations ou restent flous comme la finalisation des listes électorales et de la répartition des bureaux de vote, la distribution des cartes, le vote des déplacés et des réfugiés, le chronogramme précis de l'élection. Les pouvoirs publics ne peuvent répondre immédiatement et avec précision à toutes ces questions car celles-ci ont la particularité d'être directement corrélées à la grande inconnue du moment : le rétablissement de la sécurité sur toute l'étendue du territoire national. La sécurité conditionne l'organisation d'un scrutin véritablement national, la réinstallation d'un minimum d'administration indispensable à cette organisation, le rétablissement des communications, de la circulation, bref de tout ce qui concourt physiquement et psychologiquement à la réussite des élections. De ce point de vue, le compte n'y est pas encore.

Le sera-t-il avant le 7 ou le 28 juillet ? Le gouvernement en prend le « pari » en se fondant obligatoirement sur une évolution rapide de la situation à Kidal qui conduirait en cascade à une amélioration sensible de la sécurité dans les régions de Gao et Tombouctou. Même avec une marge de man½uvre amoindrie, l'exécutif de Transition ne peut reculer. Il le pouvait peu avant la conférence des donateurs pour le développement du Mali cette semaine à Bruxelles. Il le peut encore moins après les résultats spectaculaires du rendez-vous belge et les conditionnalités strictes martelées sur tous les tons par les bailleurs de fonds.

L'équation électorale s'en trouve simplifiée : les paramètres politiques déterminent sans partage la convocation rapide des élections mais les paramètres techniques reprennent le dessus dans la réussite du scrutin. Et les uns et les autres s'imposent au gouvernement qui aura besoin de plus que la foi du charbonnier pour les accorder.

S. DRABO

L'essor

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