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Par Ridha

Par Ridha Ben Kacem

Le cinq mai, courant, le département d’Etat américain a actualisé, sur son site internet, la liste des taux journaliers, de compensation de danger dans les différents pays de la planète. Heureuse surprise, pour les fonctionnaires de ce département, en poste, en Tunisie, c'est le gros lot, notre pauvre pays vient d’être classé, pays à haut risque, leur donnant, ainsi, droit à l'introduction d'une prime de risque, dans leur salaire. Intelligents et pragmatiques, les américains, ne fixent pas leur prime en valeur mais en pourcentage du salaire. Pour le cas de la Tunisie, ce sera une augmentation de 25%, proportionnelle à la prise de risque, celui-ci étant estimé à 25% pour la Tunisie. Personnellement, je ne comprends pas à quoi correspond ce risque, car pris au sens littéral, cela signifie qu'un fonctionnaire américain a une chance sur quatre, de craindre pour sa sécurisé, en Tunisie. Supposons, maintenant, qu'il y ait 100 fonctionnaires américains, en poste, en Tunisie, cela voudrait-il dire que 25, d'entre eux, risquent, réellement, d'être agressés, en Tunisie ? Notre pays est-il, vraiment, si dangereux que cela, pour les américains ? Je ne le crois pas.

Mais quoiqu'il en soit, nous devons remercier Abou Yadh & C°, si l'on en est là, aujourd'hui. Un grand bravo, à Ennahdha et à Larayedh, en particulier, pour avoir laissé faire. Une ovation spéciale, à Ali Larayedh, précisément, pour ses hésitations et ses atermoiements, à déraciner le mal super barbu, lorsqu'il était à la portée de la police, à la Mosquée El Fath, à Tunis. Un grand merci, aussi, au jeune Bilel et ses petits copains de jeu, pour avoir permis aux fonctionnaires américains, basés en Tunisie, de crier si fort : « Au loup, Au loup ! »,auprès de leur employeur, le département d'Etat américain, qui a augmenté leur salaire et envoyé 500 marines et des avions de chasse, en Sicile, tout près de chez nous, chargés de les protéger. La prochaine fois, où les barbus iront chiper, quelques ordinateurs, chez les ricains, ils trouveront, en face d'eux, les gars de ce club de joie, qu'est le corps de marines américains ! On verra bien, qui rigolera, à ce moment-là ! Rien n'exclura, alors, de tomber, un jour, nez à nez, avec ces mêmes marines, se baladant dans les ruelles de la Médina ou du côté de Borg Louzir, pour faire du préventif. Juste, en cas de ...

Essayons, maintenant, d'élargir le champ de notre vision pour nous comparer, toujours, selon le département d'Etat américain, aux autres pays où la sécurité serait déficitaire. Les taux, ainsi, annoncés varient entre 0 et 35%, selon le risque apprécié par le département. Ces taux sont, ensuite, appliqués sur les salaires et allocations de base, pour calculer les primes de risque, à percevoir, en sus, par les personnes travaillant dans ces pays.

Pour ce qui est de la Tunisie, le site du département d'Etat américain la subdivise en trois régions : Carthage, Tunis et autres. Le taux de la prime de risque est de 25%, pour les trois régions. Par contre, en Algérie, le taux de la prime de risque est de 15% , à Alger et 25%, dans les autres régions du pays. En Libye, le taux de la prime, est de 30%, aussi bien à Tripoli, que dans les autres régions. Le Maroc, par exemple, est considéré comme étant un pays sans risque, puisque la liste du département d’Etat, ne prévoit pas de prime de danger. De même pour l’Egypte, qui, comme le Maroc, ne figure, même pas, sur cette liste ! voilà, donc, deux pays concurrents de la Tunisie, comme destinations touristiques, qui offrent, en plus, des atouts beaucoup plus consistants, sur tous les autres plans, et qui surclassent, aussi, la Tunisie, sur le plan sécurité des individus, du moins, selon le Département d'Etat américain. Ne croyait pas que c'est de la théorie. D'abord, parce que cette liste est consultée par beaucoup de gens, qui désirent voyager. Ensuite, les informations, qui y figurent, sont reprises, et relayées durant des jours, par les médias du monde entier. Ce matraquage finit, toujours, par atteindre, même ceux, qui ne consultent pas cette liste, avant de voyager.

La Tunisie présente, donc, un risque élevé, selon le département d'Etat américain. Elle partage le même taux de risque que le Liban, le Kurdistan Irakien (Erbil), certaines régions du Pakistan, la Somalie, le Soudan et la Syrie ! On croit, vraiment, rêver ! Imaginez, un peu, le Sud du Soudan (Juba), le Tchad, la République de Centrafrique, le Nigéria, le Mali, la Colombie et Israël sont considérés par le département d'Etat américain, comme étant moins dangereux que la Tunisie ! « ABBAY ? » je n'ai jamais pensé que je vivais, si dangereusement, et si intensément, que cela. Et à ce propos, est-ce que cet argument est suffisant pour demander et obtenir le statut de réfugié politique ou humanitaire quelque part, hors de Tunisie ?

Venons en, maintenant, aux pays, plus dangereux que la Tunisie. C'est sans surprise que l'on trouve l’Afghanistan, certaines régions de l’Irak (comme Baghdad et Bassora), la Libye et le Yémen, qui sont considérés comme offrant les risques les plus élevés, pour ces pauvres fonctionnaires américains, avec des taux de compensation, allant de 30 à 35%. Il est à remarquer que ce dernier taux est considéré, pour le moment, comme le plus élevé. Mais au rythme où vont les choses, il se pourrait bien que, dans quelque temps, le département d'Etat américain affecte, à la Tunisie, un taux de 40 ou 45%, rien que pour faire plaisir, à Abou Yadh. A moins qu'il ne le fasse pour booster la popularité de ce jeune imbécile de Bilel.

Ainsi, après avoir été, longtemps, un havre de paix, et une oasis de tranquillité, la Tunisie est devenue, du jour au lendemain, grâce à une gouvernance permissive, avec les différentes formes de violences, y compris celles exercées, au quotidien, par les détestables ligues de protection de la Révolution, un pays à haut risque, pour les fonctionnaires étrangers. On a pu observer, ces derniers mois, une recrudescence de la violence, un peu partout, dans le pays, qui a culminé avec les événements de Jebel Châambi. Evidemment, cette violence, à la fois, larvée et déclarée, a contraint les touristes à bouder notre pays. Aujourd'hui, le terrorisme islamiste menace, de façon permanente, la sécurité et l’intégrité, de la Tunisie. Les fondamentalistes ne font plus mystère, de leurs intentions déclarées, affichées et assumées, de changer la nature du régime politique du pays, pour instaurer le VIème Califat.

D'ailleurs, le parallélisme est, vite fait, avec la Libye où la sécurité était à son maximum sous le régime de Kadhafi, tout comme sous Ben Ali, en Tunisie, avant la Révolution. Après la chute du pouvoir de Kadhafi, l’Etat libyen s’est effondré et ce sont les groupes armés qui ratissent, aujourd'hui, le pays, du nord au sud. Que l'on soit d'accord ou pas que la Tunisie soit traitée sur le même pied d'égalité, avec la Libye, n'y change rien. On y est et on y restera. C'est tout. POINT A LA LIGNE. Il ne faut pas l'oublier cela fait sept mois que la Tunisie figure sur cette, fameuse, liste du département d'Etat américain. En effet, elle y a fait, son entrée, en octobre 2012. Quelles ont été les réactions des autorités, face à un tel choc, révélateur ? Rien, ou presque, puisque l'on a enregistré, depuis, l'assassinant de Chokri Belaïd. Pire, on a vu une chose inadmissible, l'instrumentalisation de gosses, hauts comme trois pommes, qui chantent à tue-tête : « MOUTOU BI GHAYDHIKOM ».C'est parce que nos bambins recommandent aux adultes de mourir de leur « ghaydhihim »,que les fonctionnaires américains, obtiennent cette augmentation de salaire, pour exercice dans « UN PAYS, PARTICULIEREMENT, DAGEREUX ».Encore une fois, c'est ainsi, et pas autrement.

On peut se dire que, pourvu que la dégradation de l’image de la Tunisie s’arrête là et, n'aggrave pas encore la situation, déjà, très précaire, de notre pays. Oui, mais, voilà, depuis la publication de cette liste, il y a eu les événements de Jebel Châambi. Quel lot de surprises, nous apportera la prochaine mise à jour de la liste du département d'Etat américain ? Dieu seul le sait. Mais il est difficile de croire à une, éventuelle, embellie, n'est-ce pas ?

Maintenant, si la chose vous intéresse, voilà une petite synthèse du contenu de cette LISTE. Il faut savoir, d'abord, qu'elle cite 29 pays, sur les 195 pays que compte ce monde, dont la Tunisie. Ainsi, selon les américains, seuls 15% des pays sont dangereux et, encore une fois, la Tunisie est dans cette petite minorité de pays dangereux. « FAMEUX, NON ? ».Mieux. Cette, fameuse, liste, des pays dangereux, classe, elle-même, les pays selon leur degré de dangerosité. Sur les 29 pays qui y figurent, la Tunisie est positionnée à la sixième place, ex aequo, avec la Somalie, le Soudan, la Syrie, et le Liban. OYEZ, OYEZ, braves gens, votre pays est classé, par les américains, au 190ème rang mondial en termes de dangerosité, sur 195 pays, autant dire, LE DERNER. Quand je pense que Marzouki se permet d'en remettre une couche en évoquant, hors de propos, les droits, imaginaires, des niqabées ! NON MAIS DANS QUEL MONDE, VIVONS- NOUS ? Retenez, donc, ce petit classement des cancres de la classe mondiale, en termes de sécurité :

Afghanistan 35% partout, dans le pays.
Pakistan : 35%, à Islamabad-Rawalpindi, et 30% partout ailleurs.
Yémen 30%, partout, dans le pays.
Iraq 30%, partout, dans le pays, sauf à Erbil : 25%.
Lybie 30%, partout, dans le pays.
Tunisie 25%, partout, dans le pays
Somalie 25%, partout, dans le pays
Soudan 25%, partout, dans le pays
Syrie 25%, partout, dans le pays
Liban 25%, partout, dans le pays

Bon, c'est noté ? OK. Laissons tomber, maintenant, la liste du département d'Etat américain, pour consulter un autre classement de sécurité. En juin 2012, le magazine Foreign Policy, en collaboration avec le Fonds pour la paix (FPP), a publié son 7ème classement annuel : «Failed State Index».Ce classement indique «le degré de défaillance» des Etats, du monde, en fonction d'une série de critères. La Tunisie y était classée, déjà, en alerte orange. Notre pays était passé, de la 118ème place, en 2010, à la 94ème place, au titre de l'année 2012, sachant, par ailleurs, que la première place est détenue par le pays le plus défaillant. La Tunisie a, ainsi, reculé de 24 places, en l'espace de deux ans, et ce, par rapport à l'année 2010, une année, particulièrement, dangereuse, si vous vous en souvenez. En 2012, la première place était détenue par la Somalie.

Ces données sont, particulièrement, importantes. En effet, l'«Index des Etats en Déroute»,ou «Failed States Index»,est un classement des pays du monde, en fonction de la fiabilité de leurs institutions étatiques, et de leur stabilité globale, qu'il s'agisse de pays, où règne le chaos, ou ceux, qui sont plus sûrs. La Finlande, en l'occurrence, classée meilleure, bien sûr. Sur 177 Etats recensés, dans ce classement, la Tunisie occupe la 94ème place, avec un score de 74,2. Notre pays était, donc, placé dans la catégorie des «pays en danger»,oui, LES PAYS EN DANGER, en 2012, sur la carte interactive des Etats menacés de «défaillance».L'Algérie occupait la 77ème place de l'index, et le Maroc, la 87ème place. Il faut savoir que «L'Index des Etats Défaillants» du FPP, se fonde sur un calcul de scores, enregistrés, par chaque pays, calcul qui permet, ensuite, d'en déterminer le classement mondial, à partir de l'agrégation de 12 paramètres, différents.

Monsieur le président de la République, au moment où vous aviez évoqué, d'une manière, autant, inattendue que déplacée, les soi-disant, droits, d'une dizaine de niqabées, étiez-vous au courant de ces données? Si oui, êtes- vous, réellement, conscient de leurs répercussions, probables, à court, moyen et long termes, sur l'image, déjà, pas brillante, du pays, en termes de sécurité ?

Par Ridha Ben Kacem le 17 mai 2013

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