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Armée ivoirienne: le casse-tête de la réunification

Après plusieurs mois de latence et d’affrontements, Alassane Ouattara a accédé à la présidence de la Côte d’Ivoire. La tâche qui lui incombe est titanesque: réconcilier la nation ivoirienne. Pour cela, il a déjà mis sur pied, le 1er mai 2011, la Commission dialogue, vérité et réconciliation, avec à sa tête Charles Konan Banny. Mais ce processus de réconciliation passe notamment par la réunification de l’armée, indique RFI.

Il s’agit là d’assurer la défense et la sécurité nationales, indique L'Inter sur Abidjan.net; un challenge de taille, puisqu'il va devoir composer avec les 50.000 membres des Forces de défense et de sécurité (FDS) anciennement fidèles à Laurent Gbagbo, et les 10.000 hommes des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), ex-rebelles des Forces nouvelles, qui lui sont affidés.

Un déséquilibre numérique majeur qui risque de poser problème, d’autant plus que l’hétérogénéité domine ce «patchwork inquiétant». Ainsi, les FRCI comptent près de 500 membres de l’armée nationale, dont beaucoup avaient participé au coup d’Etat du 24 décembre 1999. Parmi eux, certains avaient fui au Burkina Faso en 2000 après avoir été accusés de vouloir renverser le régime de Robert Gueï —qu’ils avaient pourtant contribué à mettre en place.

Environ 9.500 hommes ont été recrutés et formés en brousse. La rébellion entamée en 2002 a permis à un grand nombre d’entre eux de devenir de «véritables chefs de guerre», contrôlant des territoires et s’enrichissant en maîtrisant les réseaux économiques. Cette hétérogénéité n’est pas sans poser problème dans l’optique d’une réunification de l’armée.

«Beaucoup de combattants des ex-Forces nouvelles n’ont par ailleurs aucune expérience d’une véritable hiérarchie militaire et sont pour partie illettrés. Difficile dans ce contexte de les faire rentrer dans le rang et cohabiter avec les soldats des Forces de défense et de sécurité», selon RFI.

En outre, l’enrôlement de civils lors de la bataille d’Abidjan début avril 2011 vient compliquer encore la donne. Il faudra entreprendre de les désarmer, ce qui risque d’être très problématique.

Les FDS, qui représentaient l’armée officielle sous Laurent Gbagbo, se divisent ainsi: 15.000 sont membres de l’armée régulière (terre, air, marine), 18.000 appartiennent à la gendarmerie, et entre 18 et 19.000 à la police. Parmi les FDS, on compte également le Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos), unité d’élite d’environ 1.000 hommes regroupant des gendarmes et des policiers qui ont mené des opérations contre les ouattaristes à Abidjan. Le Cecos est accusé par Alassane Ouattara et l’ONU d’avoir commis des exactions. La Garde républicaine, qui a défendu Gbagbo jusqu’au dernier instant, fait aussi partie des FDS et compte 1.200 hommes.

SI la plupart des généraux des FDS ont aujourd’hui prêté allégeance à Alassane Ouattara, nombreux sont les membres qui manquent à l’appel par refus de rallier le nouveau président ou par peur des représailles.

Ouattara a entamé au début du mois de mai 2011 une opération d’identification des militaires des FRCI, qui a pour but de recenser les militaires mais aussi les civils armés.

L’éclatement des différentes forces armées de Côte d’Ivoire, partisanes et d’allégeances diverses, rend une unification de l’armée extrêmement difficile. En outre, Alassane Ouattara appelle à une enquête de la Cour pénale internationale sur les violations des droits de l’homme dans le pays au cours des derniers mois. Mais si le chef de l’Etat vise par-là les FDS et Laurent Gbagbo, il est fort probable qu’une telle enquête incrimine également les FRCI, ainsi que l’a déjà fait Amnesty International.

Lu sur RFI, Abidjan.net