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Madagascar - A quand la fin d'une société «Bisounours»?

A Madagascar, la société est conçue sur un principe très respecté et cité en toute occasion: le fihavanana. Difficilement traduisible en français, il désigne autant l’esprit de solidarité que la nécessité d’établir un consensus pour éviter les conflits.  

Or, en cette période de crise politique et économique, le bien fondé de cette tradition ancestrale commence à être remis en cause. Le journaliste Patrick A fait paraître un éditorial sur le site Madagascar-Tribune, où il compare l’état de la démocratie aux Etats-Unis —une société où le port d’armes est légal— à celui de Madagascar, une société qui se targue d’être non-violente:

 «Au nom des valeurs traditionnelles fondées sur le consensus social et l’intégration, il y a eu et il y a encore trop souvent camouflage des conflits latents et perpétuation des dominations en cours», écrit-il dans son éditorial du 4 août 2011. 

Selon lui, depuis 2002, il y a eu des effets positifs consécutifs à l’éviction de l'ancien président Marc Ravalomanana, au profit du jeune maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, installé à la tête de la Haute autorité de transition (HAT) depuis le 17 mars 2009. L’un de ces points positifs est d’avoir montré que les conflits sont «inévitables» en politique, un milieu loin d’être celui des «Bisounours».

Mais il ne s’agit pas de faire l’apologie de la violence, il estime qu’il reste «à apprendre à gérer de manière franche et nette ces conflits, avant d’en arriver à des explosions incontrôlables» pour éviter justement d’en venir au coup d’Etat.

Par ailleurs, Patrick A n’est pas le seul à voir le fihavanana comme un frein. Le site du quotidien de la Gazette de la Grande île publiait un billet daté du 20 juillet 2011 soulignant le «caractère contraignant [de] cette manière de penser et d’agir». La solidarité entre les membres de la famille élargie se fait parfois au détriment de l’individu, de son bien-être, mais aussi de son activité économique. Devant ce poids des traditions, l’éditorialiste de Madagascar-Tribune se pose la question:

«La génération actuelle sera-t-elle capable de prendre ses distances avec une vieille logique de compromis et réhabiliter une logique d’échange et de dialogue?»

Lu sur Madagascar-Tribune