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Les pages vivantes d'une vie éclipsée  : l'Abbé Jean-Baptiste Ouedraogo, l'artiste pour Dieu

Monsieur l'abbé Wend-Zoodo Jean-Baptiste Marie est né le 17 mars 1958 dans la paroisse de Guiloungou (Oubritenga) de l'archidiocèse de Ouagadougou. Ordonné prêtre en 1986, il a servi l'Eglise-famille de Dieu de 1986 à 1999. En 1999, il démissionne du sacerdoce pour se "sentir mieux" et servir l'Eglise en tant que laïc engagé dans l'apostolat par le chant. Le 1er mai 2013, l'Abbé Jean-Baptiste répond à l'appel définitif du Seigneur. Sa dépouille mortelle arrive le jeudi 16 mai 2013 à l'aéroport de Ouagadougou pour être enseveli dans la paroisse de Donsê, la terre qui l'a vu naitre.

La messe funèbre dite à son nom, dans la paroisse des Sts anges gardiens, a été présidée par le Vicaire General du Diocèse de Trento, Don LAURO, entouré de 08 prêtres concélébrant, d'une dizaine de religieuses et d'une foule de fidèles. L'accueil de la dépouille à l'Eglise a été fait au rythme du tambour et la messe solennellement animée par la chorale « PadAfriCanta Ensemble (PACE) ». La même chorale lui a rendu un ultime hommage en exécutant autour de son cercueil, au terme de la messe, un chant très significatif. Composé par lui-même en honneur du Bienheureux Jean Paul II, ce chant s'inspire du cantique de Siméon « Maintenant, tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix... Oh Wende, fâa saame ». Très tôt dans sa vie

Jean-Baptiste est né de parents profondément marqués par la foi en Jésus-Christ : feu catéchiste Michel Ouédraogo et sa mère Yvonne Tapsoba, il rentre au petit séminaire de Pabré. En 1978 il est à l'inter-séminaire. Une "bande" d'amis dont Jean-Baptiste décide de quitter à la fin de l'année. Peut-être pour se trouver après le baccalauréat au grand séminaire. Mais à la rentrée suivante, Jean-Baptiste est le seul de la bande à revenir. A ses amis qui voulaient le lui reprocher, il dira ; "tu sais je ne suis pas de nature à vouloir du bruit sur moi. Il y a trop de paroles sur l'histoire." Ainsi Jean-Baptiste va continuer au grand séminaire après son baccalauréat.

Sa vie de prêtre de Jésus-Christ

En 1986, l'Abbé Jean-Baptiste est ordonné prêtre. Ils sont seulement 02 de leur promotion de 50 séminaristes à être arrivés, lui et l'abbé Joseph Nikiema. Le jeune prêtre par obéissance à son évêque, est affecté à la paroisse de Kolog-Naaba. Ainsi, « par le baptême, l'Abbé Jean-Baptiste a fait entrer des hommes dans le Peuple de Dieu ; par le sacrement de pénitence, il a réconcilié les pécheurs avec Dieu et avec l'Eglise ; par l'onction des malades, il a soulagé ceux qui souffrent ; et, surtout, par la célébration de la messe, il a offert sacramentalement le sacrifice du Christ." (cf. PresbyterorumOrdinis du concile Vatican II).

Dans la paroisse de Kolog-Naaba, JB a donné le meilleur de lui-même pour le service de Dieu par les hommes. « Ce fut un prêtre cordial, accueillant et disponible à tous », selon le témoignage d'un paroissien de Kolog-Naaba. Son parcours de prêtre l'amènera aussi à Manga, à l'UCAO/Abidjan, au petit séminaire de Pabré comme formateur et à l'institut de Liturgie Pastorale de Padoue en Italie pour des études. Il y a obtenu une licence en Science Théologique avec spécialisation, liturgie pastorale, le 15 décembre 2003.

Prêtre passionné de la musique

Artiste-musicien, l'abbé Jean-Baptiste, cordialement appelé "JB" avait une passion pour la musique qu'il a mise au service de Dieu. Cela est perceptible dans son album " Boulanger merveilleux ; « Je veux chanter au Seigneur tant que je vis, je veux louer pour mon Dieu tant que je dure ; que mon poème lui soit agréable ». Il compose des chansons et fait chanter. « La chorale de Kolog-Naaba doit sa renommée en grande partie à l'Abbé Jean-Baptiste. Sa rigueur au travail et son amour pour le travail bien fait nous inspire toujours », nous confie Mr Joël, chorus et chantre de la Chorale. Il réalise plusieurs albums dont, " Noel", " chanter en chantant", zezi Krista. Il a des communs qui participent à la beauté des célébrations liturgiques. L'indicatif de Radio Maria est son ½uvre ; "Ave maria ».

La tempête dans sa vie

Dans sa vie de Prêtre, l'abbé a connu des épreuves qui ont ébranlé, non pas sa foi en Jésus-Christ, mais plutôt sa relation avec le sacerdoce. Il lui est arrivé des moments particuliers où il s'est jugé indigne de la fonction sacerdotale. A ses amis qui le convainquaient de continuer la marche, il dira : « Je préfère partir pour me sentir mieux. D'ailleurs, je n'ai pas le droit de salir le sacerdoce ». Contre presque tous, mais en accord avec sa conscience et en vérité avec son Seigneur, qu'il aimait tant, il devait trancher cette fois-ci. Comme Benoit XVI, "après avoir examiné sa conscience devant Dieu, a plusieurs reprises", il a choisi de démissionner.

Ce fut une tempête qui l'a secoué et qui a prétendu lui faire perdre ses "pas de danse". Mais heureusement et très vite, il s'est référé à Jésus qu'il qualifie de "Meilleur danseur". Il dit dans son album « Boulanger Merveilleux » : « Jésus est le meilleur de tous les danseurs. Alors, quand vous ne savez plus sur quel pied danser, regardez-le ; jusque sur la croix, il a dansé sur le même pied, le pied de l'amour ».

Il se désengage de la vie sacerdotale mais il ne divorce pas avec sa foi de chrétien catholique.

Pour lui, démissionner du sacerdoce ne signifie pas divorcer avec sa foi. Après sa démission, il va continuer à danser sur le pied de l'amour. Ayant le chant dans ses veines, il opte de poursuivre dans l'apostolat par les chants. A Padoue, il crée une chorale internationale dénommée, « PadAfricanta Ensemble » qui veut dire, « Padoue et Afrique qui chantent ensemble ». Les membres de PadAfricanta sont de plusieurs nationalités : burkinabè, gabonais, congolais, camerounais, togolais, péruviens et italiens. La majorité des chants sont composés par lui-même en diverses langues (mooré, français, italien, anglais).

La chorale se produit aux concerts de Noel, les baptêmes des enfants des membres et amis, lors des nuits culturelles, etc. Il écrit lui-même ceci : « Nous aimons chanter parce que nous sommes convaincus que par le chant, le chemin de l'amitié et de la paix s'illumine, surtout ces petits sentiers dont personne n'en parle et sur lesquels nous rencontrons tant de gens. Même si ces derniers ne comprennent pas notre langue, leurs c½urs ressentent, leurs âmes sourient et leurs regards s'illuminent au rythme de notre chant ».

En 2007 sur le chantier de ses multiples projets, l'abbé a été éprouvé par une maladie qui l'envoie sur une chaise roulante. En 2010 il perd la parole. Selon le Vicaire General de TRENTO, « le chant le plus important, JB l'a chanté quand il perdu sa voix ! Il l'a chanté en s'offrant avec grande dignité au calvaire de la souffrance. C'est le chant le plus marquant, le plus élevé qui nous fait dire que cet homme a été un homme de grande foi qui a fréquenté Dieu et qui dans sa vie l'a fait rencontrer par les autres ».

Les enseignements de sa vie.

Don LAURO insistera dans son homélie que JB a marché à côté du Seigneur, car sa vie a été marquée par des signes de la résurrection...C'est un homme qui, grâce à la fréquentation du Dieu de Jésus, a eu des intuitions extraordinaires, surhumaines quand il écrit de façon splendide dans le credo qu'il a composé que « la liberté ne finit pas là où commence celle des autres, mais la liberté est la rencontre avec l'autre ». Il découvre ainsi que la rencontre de l'autre est l'unique liberté que nous avons, qu'il n'y a pas de pain plus nourrissant que le visage d'autrui ! Il a apporté ainsi dans cette terre italienne la grande conviction africaine où avant le pain, il y a le visage de l'autre.

Du parcours de JB, nous pouvons retenir : sa foi en Dieu, son sacré courage à suivre sa conscience avec le prix à payer, son attachement à la vie, sa sympathie forte et son optimisme. « Il avait cette force qui attirait autour de lui beaucoup de gens. Il gagnait facilement la sympathie des gens", nous confie le Père Modeste Ouédraogo, de l'Ordre des serviteurs des Malades (Camilliens) et cousin direct de l'Abbé Jean-Baptiste. Son expérience de vie humaine interpelle à plus de solidarité sans laquelle toute communauté humaine restera plus fragile donc plus vulnérable.

Comme le souligne l'abbé Joseph Nikiema, « son expérience nous recommande de créer ou de consolider la fraternité, surtout sacerdotale car aucun prêtre ne sait comment terminer ses engagements et nul n'est sur des forces dont il dispose pour le reste du chemin ». La solidarité et la fraternité sous toutes ses formes, sont indispensables pour une communauté chrétienne vivante, attrayante et contagieuse en sainteté parce que pleine de miséricorde pour les pécheurs.

Les signes de la non-disparition de JB

JB est mort, c'est vrai, mais il n'a pas disparu. Il s'est juste éclipsé pour jouir de la félicité de Dieu.

« Wend-Zoodo Jean-Baptiste », tu as vécu et tu n'es pas mort. L'une de tes marques indélébiles demeure ton sourire permanent. Un sourire qui symbolise ton attachement à la vie et ta disponibilité à tous. Sur ce, tu rejoins Mère Teresa quand elle dit : « à chaque fois que vous souriez a quelqu'un, c'est un acte d'amour, un cadeau à une personne, une chose merveilleuse ». Ton sens de contact facile témoignait de la foi que tu portais à chaque être humain. « JB, tu es une icône du ressuscité parce que tu nous as enseigné non pas par de vaines paroles, mais avec ta vie de chercheur de Dieu et avec ton itinéraire de souffrance indescriptible, que l'homme vit d'abord de visages et de poignées de main avant même de pain !

Merci JB de nous avoir fait expérimenter que la liberté chrétienne est « vivre avec » et « vivre pour ». Vas-y donc cher JB, retourne à ta terre africaine que tu as tant aimée, pour attendre le jour où avec tous tes amis, nous ferons fête parce que Dieu sera tout en tous ?! » Cf. homélie Don Lauro.

« Wend-Zoodo Jean-Baptiste », tu as vécu et tu n'es pas mort »

Nous restons convaincus qu'avec ton air jovial, ta disponibilité débordante, ta voix de rossignol, tu rejoindras sur invitation certaine du Grand Maître Jésus, le ch½ur des bienheureux du ciel, tes ainés (les autres prêtres et artistes disparus de la terre), les ancêtres du paradis, pour chanter la beauté et la noblesse de la vie. Tu as chanté « l'amour » et l'amitié qui sont plus forts que la mort. Donc, tu n'es pas mort.

« Wend na magteng t'f gaande ». Que la terre te soit légère. Que la miséricorde de Dieu illumine ta face pour te purifier de tes péchés. Notre espoir est grand car « ?Pendant que les hommes regardent les apparences, Dieu, Lui, regarde les c½urs », comme le dit le prophète Samuel (1Sam16,7). Prie donc pour nous. Que les pages vivantes de ta vie nous inspirent. Requiescat in pace.

Sibiri Nestor SAMNE ?/ Communicateur
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