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Centre de formation de football Ziné rouge : Le fondateur épinglé pour pédophilie

Les pensionnaires du centre de formation de football « Ziné rouge" (surnom du fondateur) de Kombissiri ne savent plus à quel saint se vouer. Pendant longtemps victimes d'abus sexuels de la part du fondateur dudit centre, Issaka Ouédraogo, les 42 internes ont fini par dénoncer leur précepteur sportif. Entendu par les autorités compétentes, ce dernier séjourne actuellement à la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) dans l'attente d'un jugement. Ce qu'on peut appeler dorénavant, l'affaire Ziné rouge, vient encore relancer la question de la gestion des centres de formation de football au Burkina.

On se croirait dans un monde irréel ! Et pourtant, la réalité des faits est établie. A 68 ans, Issaka Ouedraogo, fondateur du centre « Ziné rouge » (appellation déformée de génie rouge), à Kombissiri, localité située à 45 km de Ouagadougou, pratiquait sur ses 42 pensionnaires ce qu'on pourrait appeler le droit de cuissage. En termes plus crus et directs, l'encadreur sportif entretenait des rapports sexuels avec ses joueurs âgés de 12 à 19 ans contre la promesse de les faire évoluer dans des grandes équipes européennes. Outre ces faits condamnables, l'accusé, selon la police nationale du Bazèga, s'adonnait à des pratiques occultes, dont lui seul détient le secret, à des fins de mystification de ses victimes. Version confirmée par un ex-pensionnaire qui a quitté le centre, il y a quatre mois de cela : « il nous emmenait dans les cimetières entre minuit et une heure du matin où il faisait des incantations et souvent il transformait les feuilles d'arbres en billet de mille francs », se souvient O.S, garçon de 12 ans qui a requis l'anonymat. Le maire de Kombissiri, Amidou Olivier Konombo, à qui les enfants sont allés se confier, n'en revient toujours pas. « Je n'avais jamais imaginé que ces pratiques existent au Burkina à plus forte raison dans ma commune située à 45 km de la capitale ». A entendre la police de Bazèga, c'est suite à une plainte d'un des pensionnaires qu'une enquête a été diligentée avant d'aboutir à l'arrestation du fautif qui a été conduit devant le procureur depuis le 18 avril dernier. Pour le directeur provincial de la police nationale de Bazèga, Noraogo Innocent Ouédraogo, l'intéressé, qui a été interpellé le 15 avril dernier, n'a pas du tout nié les faits. Mais il s'est fondu en excuses. Dans les locaux de la police, six enfants ont accepté témoigner à visage découvert. Certains garçons auraient passé 4 à 5 fois sur "le lit" d'Issaka Ouédraogo. Certains ont préféré garder le silence de cimetière et croyant toujours dur comme fer que l'inculpé va les ouvrir les portes de l'Europe.

Baisser sa culotte contre un transfert

Selon des sources policières, des pensionnaires et des services de l'Action sociale de Kombissiri, le prétendu promoteur du centre « Ziné rouge » avait le même mode opératoire : réveiller nuitamment un pensionnaire qu'il invitait à le rejoindre dans sa chambre. Une fois la "proie" dans la pièce, le maître des lieux sort le grand jeu à travers la question-appât : « Dans quel club européen aimerais-tu évoluer ? ». Réponses des victimes : « Marseille, Barça, Bayern, Manchester », avec la naïveté due à leur âge et à leur rêve de jeunesse. Mais pour que les v½ux deviennent une réalité, "Ziné rouge", comme on l'appelle, exige que le pensionnaire se mette nu, car insiste-t-il, telle est la volonté des génies avec lesquels il est en communication permanente. Une fois le stratagème opéré, l'encadreur bondit sur sa victime pour ne se relever qu'après avoir assouvi sa libido. « Les enfants ont cru en lui et chacun gardait le silence. Ils dormaient ensemble mais personne n'osait dévoiler le secret. Las d'attendre sans réponse, ils ont fini par dénoncer leur bourreau », relate le chef de service de la protection de l'enfant et de la petite fille de Kombissiri, Anatole Sedogo. Les jeunes gens ont également dénoncé à la police et à l'Action sociale la mauvaise alimentation et les mauvais traitements dont ils sont victimes. « Il arrive qu'il t'enferme dans une chambre toute la journée sans te donner à manger ni à boire », se plaint B.Z. âgé de 13ans.

Les familles pauvres, cibles de Issaka Ouédraogo

Le promoteur du centre de formation « Ziné rouge » est un homme pourtant très bien connu dans le milieu sportif. Son engagement pour le sport lui a valu une décoration en 2012. C'est de quartier en quartier qu'il recrute ses oiseaux rares. Aux parents, il promet et prédit un avenir radieux à leurs progénitures. Pour séduire les plus sceptiques, il prenait l'exemple sur des stars du football burkinabé qui seraient passées par son centre. Les noms de Moumouni Dagano, d'Aristide Bancé, d'Alain Traoré, Jonathan Pitroipa sont cités comme des anciens pensionnaires. « Je ne pouvais pas imaginer que ce vieux qui porte des cheveux blancs pouvait vraiment faire des choses de ce genre. Une chose est sûre, il a détruit l'avenir de nos enfants et Dieu le lui rendra au centuple de ses agissements », se contente de marmonner Safiatou Zèba, mère de A.S., âgé de 18 ans. Selon les témoignages de 16 parents de pensionnaires que nous avons pu rencontrer à Ouagadougou, chacun d'eux aurait été sommé de verser 600 000 F CFA, comme frais de formation. Par manque de moyens financiers, certains n'ont pu verser la totalité du montant demandé mais tous reconnaissent avoir versé au moins la somme de 50 000 FCFA représentant les frais d'inscription. Sans compter les autres frais comme ceux destinés à l'établissement des passeports (60 000 FCFA), à l'alimentation, aux fournitures scolaires, à la prise en charge médicale en cas de blessure. Tout cela payé rubis sur l'ongle. « Je n'ai plus rien. Je fais de la coiffure à domicile. Ce sont toutes mes économies que j'ai vidées pour que mon enfant ait un avenir radieux. Je me suis fait rouler par un inconscient », poursuit Safiatou Zèba. Mais que retenir du centre ? A l'entrée de Kombissiri, un panneau portant l'écriteau « Centre de formation international tout puissant Ziné Rouge Kongnim manegda », oriente le visiteur. Dans l'enceinte du centre, on ne voit presque rien qui rappelle un lieu de formation de jeunes. Il n'existe pas de salles de classe comme prévu, ni d'eau courante, ni la moindre infrastructure sportive. Tout au plus une pharmacie, du moins ce qui en tient lieu, avec des murs fendillés et qui menacent de céder. Quant aux chambres destinées aux pensionnaires, elles sont en réalité de véritables foutoirs avec des matelas sales et déchiquetés. En un mot, ce centre renvoie l'image de ces masures dans lesquelles étaient entassés les esclaves avant la grande traversée. Pour le maire de Kombissiri, Amidou Olivier Konombo, les locaux occupés gratuitement par le promoteur ont été construits en 1983 grâce au jumelage qui lie sa localité à une ville française. Par le truchement de cette coopération décentralisée, le centre a bénéficié d'un lot de matériels sportifs et des produits pharmaceutiques d'une valeur de 5 750 000 FCFA.

Des responsabilités difficiles à situer

Si certains parents reconnaissent leur responsabilité dans cette affaire, ce n'est pas le cas de la Fédération burkinabé de football (FBF). « Nous ne sommes pas responsables de ce qui arrive aux enfants car ledit centre n'est pas affilié à notre structure. Nous avons été choqués en apprenant que la pédophilie était pratiquée dans un centre de formation », s'en lave les mains le président de la fédération burkinabè de football (FBF), Sita Sangaré. Au Burkina Faso, aucune loi ne réglemente l'ouverture d'un centre de formation. La seule condition à remplir est de détenir un récépissé sous la bannière d'une association. « Je vous dis la vérité qu'il n y'a pas de condition à remplir pour ouvrir un centre de formation. N'importe qui peut le faire. Il suffit de formuler une demande appuyée de votre récépissé avec une somme de 25 000 FCFA et on vous autorise de façon automatique à ouvrir le centre », reconnaît le président de la FBF. Un vide juridique qui fait le régal de certains marchands d'illusions. Alors qu'à la FBF on parle de huit centres affiliés (1) sur une vingtaine au total. Des indiscrétions font, quant à elles, état de seulement deux structures en règle. A en croire le secrétaire général de la FBF, Bertrand Kaboré, il va falloir prendre en compte des paramètres comme l'enquête de moralité, et surtout l'exigence d'un cahier des charges afin de sauver les enfants des mains de certains promoteurs véreux et autres arnaqueurs qui écument nos villes et nos campagnes. Actuellement 18 promoteurs attendent leur affiliation au niveau de la fédération. Mais pourquoi celle-ci ne ferme-t-elle pas les centres illégaux ? A cette question, le président de la FBF est catégorique. « Nous n'avons pas le pouvoir de fermer un centre car nous ne lui avons pas délivré le récépissé ». Et de poursuivre, que le comité exécutif a instruit la direction technique nationale de mener une réflexion pour l'élaboration d'un cahier des charges pour les centres de formation et à l'issue de cela, il y aura des refondations qui seront faites. En attendant, Ziné rouge n'est que l'ombre de lui-même et marquera à jamais les esprits de ses 42 pensionnaires qui ont vécu le calvaire inattendu de leur vie.

Jean-Victor OUEDRAOGO Ouedraogo_ [email protected]

Sidwaya


Les témoignages

Arouna Koanda, père d'un pensionnaire

C'est suite à un entraînement sur le terrain du secteur n°7 qu'il a repéré mon enfant. Il l'a même suivi jusque chez moi où il nous a proposé de le recruter dans son école qu'il venait d'ouvrir à Kombissiri. Il nous a dit de payer 600 000 F, offre que j'ai déclinée car je n'arrivais pas à payer les fournitures scolaires des autres enfants. Il nous a donc autorisé à payer à tempérament et nous a promis qu'il a même un lycée dans le centre. Lors d'une première réunion, il nous a fait savoir qu'il a l'appui des partenaires qui vont l'accompagner dans son centre, mais exige des parents 50 000 F comme frais de scolarité. Cette somme a été versée par tous les parents. Nous avons versé à l'établissement d'autres sommes liées à des passeports, aux frais médicaux et à la restauration. Quand je suis allé à Kombissiri pour déposer mon enfant dans le centre, je me suis inquiété de l'état des infrastructures. Mais le fondateur m'a rassuré et a même laissé entendre que des partenaires européens vont bâtir de nouvelles infrastructures dans les mois qui vont suivre. Mon enfant fréquente le CM2 et actuellement il ne pourra pas passer son examen. Franchement, je suis découragé par son comportement et je demande à l'Etat de venir au secours de nos enfants.

A. S. âgé de 15 ans, ancien pensionnaire du centre

A la tombée de la nuit, chacun de nous avait peur. On se posait la question de savoir à qui le tour de coucher avec le fondateur. J'en avais marre mais comme il m'a promis une belle carrière à Marseille, je ne voulais pas le dénoncer.

Basile Sédogo, chef de service de la protection de l'enfant et de la petite fille de Kombissiri

Le 14 avril dernier, la police nous a saisi pour une histoire de pédophilie. Nous avons assuré la prise en charge psychosociale des victimes. Nous avons reçu 34 enfants. Il est ressorti des différents entretiens que le fondateur venait réveiller les petits et il leur disait de tout faire pour qu'ils se voient nuitamment à deux. Tout en promettant monts et merveilles. Il réveille l'enfant tard la nuit entre 24 h et 1h du matin. Pour celui qui veut aller en Europe, il doit se déshabiller. Une fois les vêtements enlevés le fondateur passe immédiatement à l'acte, c'est-à-dire à la pénétration. Six (6) enfants ont accepté témoigner et d'autres préfèrent garder le silence. Certains ont été abusés 4 fois et les plus chanceux 1 fois et tout se passait dans le centre.

Safiata Zéba 45 ans, mère d'un pensionnaire

Mon fils préfère le foot aux études d'où son refus d'aller à l'école. Le Monsieur s'est présenté un matin chez nous pour nous proposer d'envoyer notre enfant dans son centre car il est bon. Il nous a demandé 600 000 F, montant que je n'avais pas. Mais je lui ai remis 50 000 F comme frais de scolarité. Quelques jours après, il m'a dit au téléphone que l'enfant n'ira plus au collège car le football est mieux que tout autre chose. A chaque réunion de parents, il nous réclamait chacun 3 000 F pour des badges. A la deuxième réunion, il nous a demandé de donner des contributions pour le petit-déjeuner. Je suis une coiffeuse. A la troisième réunion, il nous a même proféré des injures. Nous le laissons entre les mains de Dieu. Que Dieu lui rende au centuple ses bienfaits. Les enfants ont aussi témoigné que leur coach les amenait nuitamment dans les cimetières. Je ne pouvais jamais imaginer qu'une personne de son âge puisse se comporter de la sorte avec un enfant. Après il est revenu me retirer 60 000 F pour établir un passeport au nom de mon fils.

Moussa Koanda, ancien pensionnaire, 16 ans.

Il y a de cela quatre mois que j'ai quitté le centre. On mangeait très mal et le coach menait une vie qui nous troublait. Nous avons passé des nuits sans manger. Quand il rentre de ces virées nocturnes, il nous traite de bâtard et je répliquais. Ce qui a valu notre mésentente et provoquer mon départ. A chaque fois que la cuisinière doit préparer du riz à sauce, le fondateur lui remettait 200 F pour quelle puisse payer de la pâte d'arachide et cela pour 42 personnes. Ce qui poussait certains d'entre nous à aller négocier de la sauce chez certaines restauratrices. Il ne nous frappait pas mais nous insultait à tout moment. Comme punition, il t'enfermait dans sa chambre et faisait tout ce qu'il voulait. Il a menti qu'il a du gris-gris pour nous faire partir en Europe. Il a des pratiques sataniques dont lui seul a les secrets. Il transformait les feuilles d'arbre en billet de 1000F. Il vivait seul avec ses trois (3) enfants et il semblerait que sa femme vit seule à Ouagadougou. On logeait 5 à 6 personnes par chambre. Il refusait de nous soigner en cas de maladie ou de blessure à l'entraînement.

J.V.O


Brèves

Seulement 8 centres sont en règle vis-à-vis de la FBF

Selon la Fédération burkinabé de football, les huit (08) centres de football qui lui sont affiliés ont pour nom Matroukou, Naba Kango, FABAO, KADA School, FAC, Kozaf, FOGEBU, SANOR. Le reste évolue dans l'illégalité totale

La pédophilie, un sujet tabou

Nous avons rencontré tous les problèmes pour rentrer en contact avec les parents des pensionnaires. Aucun d'eux n'a voulu nous parler. Ces derniers jugent l'affaire honteuse et trouve que cette situation va ternir l'image de leurs progénitures. Ceux qui ont accepté parler aussi nous ont fait tourner 3 à 4 fois avant de répondre à nos questions. Tout en nous lançant ceci, Faites tout pour que les gens ne sachent pas que mon enfant faisait partie des victimes, nous a supplié un parent.

L'affaire de pédophilie a conduit les autorités locales à mettre les clés du centre sous les paillassons. Ce qui n'est pas sans conséquence. Car certains pensionnaires qui sont sans tuteur ne savent plus ou se nourrir et pouvoir poursuivre leurs cours du soir. Contrairement à ce qu'on a dit aux parents, le centre ne possède pas un établissement ni un restaurant. Pourtant des sommes ont bien été versées par les parents pour cela. Le maire de la commune promet de relancer le centre mais avec des infrastructures qui répondent aux normes avec en toile de fond, une équipe d'encadrement aux normes.

La pédophilie annonce-t-elle la fin du monde ?

L'affaire "Zinè rouge" fait grand bruit actuellement à Kombissiri. Condamné par toutes les couches sociales, certains vont jusqu'à réclamer au fautif, une prison à vie. Selon un guide spirituel de la localité, ces actes ignobles annonceraient les derniers moments de la vie terrestre. Vrai ou faux. Bien malin qui saura répondre.

Drôle de promoteur

De sources dignes de foi, l'auteur n'est pas à son premier forfait. Il mènerait bien cette pratique, il ya de cela belle lurette. Dans son quartier, ils sont peu à parler bien de lui. Vendeur de salade, promoteur de coupe inter-quartier, cascadeur et maintenant promoteur d'un centre de football. L'intéressé était connu pour son amour du sport. Seulement derrière ces initiatives se cachaient des intentions anti-sportives.

Ce que le code pénal prevoît

Selon la direction provinciale de la police, le code prévoit une sanction d'un à cinq ans, tout attentat à la pudeur, consommé avec ou sans violence, ni contrainte sur la personne d'un mineur de 15 ans de l'un ou de l'autre sexe.

JVO

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