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Orpaillage : LES PLACERS VIDES DES CHERCHEURS D’OR

Bamako est envahi depuis vendredi par les orpailleurs chassés des zones de Kangaba, Sélingué et Bougouni. Après avoir tout perdu pour certains

Le trafic sur la Route nationale N°7 reliant Bamako-Bougouni est particulièrement intense depuis vendredi. Un immense embouteillage s'est constitué sur le tronçon Bougouni-Bamako jusqu'au niveau de la Tour de l'Afrique. Tout le long du chemin, des centaines de personnes, toutes couvertes de terre, embarquées dans des camions, se dirigent vers Bamako. Sur la même voie, on pointe un nombre remarquablement élevé d’engins motorisés à trois roues communément appelés motos taxis ou motos pousse-pousse. Mais ils étaient aussi très nombreux à effectuer le trajet à pied, ces hommes et ces femmes éreintés, espérant rencontrer un automobiliste charitable qui les prendrait en stop.

Ces hommes et ces femmes, ce sont des orpailleurs chassés des mines traditionnelles de la zone de Kangaba, Sélingué et Bougouni. Ils sont victimes de l'opération déguerpissement des mines traditionnelles entreprises par les autorités des zones citées. De Kobadani à Forokoro en passant par Boroko, Niéouléni, Kékoro, des mines traditionnelles très célèbres et très prisées des orpailleurs, attirent les jeunes, les femmes aussi bien des zones urbaines que rurales. Ces localités sont situées dans la partie sud du cercle de Kangaba, dans la zone de Sélingué et de Bougouni.

Ces derniers mois, ces mines sont devenues la destination favorite des jeunes et des femmes, dont des nombreuses travailleuses saisonnières. Ces centaines de jeunes vont à la recherche du métal jaune. Certains opèrent comme vendeurs d'outils et autres objets incontournables dans l'orpaillage, d'autres dans la vente de matériel téléphonique. Les propriétaires des engins motorisés sont sollicités pour le transport du banco extrait des mines et d'eau potable des villages riverains aux mines d'or. Les femmes s'occupent des gargotes. Mais elles sont surtout utilisées pour remonter les déblais et les graviers des puits et pour le lavage des minerais et autres petits métiers.

C'est le nouvel univers de tout ce petit monde qui s'est écroulé vendredi à l'annonce de l'arrivée imminente des forces de l'ordre pour faire déguerpir les orpailleurs de ces zones. Les plus prudents n'ont pas attendu pour plier bagages et quitter les lieux. C'est le cas de ce jeune Bamakois, Ousmane Diarra, que nous avons rencontré à Ouéléssébougou, en route pour Bamako. « Je suis un maitrisard sans emploi. Il y a 7 mois, j'ai rejoint un ami à la mine de Niéouléni, derrière Sélingué. Après un mois passé à fournir les orpailleurs en eau potable que je transportais dans des bidons de 20 litres, j'ai pu économiser de l'argent pour acheter une moto à trois roues à 700.000 Fcfa. Avec cet engin, je transportais le minerai des orpailleurs des mines aux bords des marigots pour le lavage. Ce travail bien que fatiguant m'a permis d'oublier mon statut de jeune diplômé sans emploi. Depuis 2 mois, j'étais propriétaire de quelques puits que j'exploitais avec d'autres amis », décrit-il.

Depuis jeudi dernier, des rumeurs d'une opération de déguerpissement imminente circulaient à la mine. « Pour éviter de tout perdre dans le cafouillage, j'ai quitté la mine ce jeudi avec les matériels utiles seulement. Le vendredi, des camarades n'ont appelé pour m'informer de l'arrivée des gendarmes dans les mines pour les faire déguerpir », témoigne le jeune homme.

Bréhima Diallo, un jeune orpailleur déguerpi de la mine de Boroko est au bord de la déprime. « J'ai n'ai rien à dire. Je me remets à Dieu », lance t-il.

 

PLUS QUE L'ENFER. Son camarade, Issa Camara, en larmes également, explique avoir tout perdu au cours du déguerpissement. « Quand les hommes en uniforme ont pénétré notre mine, ils ont crée un désordre digne d'un tremblement de terre avec des tirs de sommation. Ne cherchant qu'à sauver nos têtes, nous n'avons pu prendre que nos motos. Mon ami Bréhima qui avait pu se constituer une importante quantité d'or, a perdu son butin au cours de ce cafouillage », explique notre interlocuteur.

La situation semble encore plus catastrophique pour les jeunes ruraux qui étaient employés par les orpailleurs comme ouvriers. C'est le cas du jeune Zan Samaké qui a quitté son Djitoumou natal, il y a juste un mois pour rejoindre son frère à la mine de Boroko. Affamé, couvert de poussière rouge, il tenait à peine sur ses jambes. « Je viens de marcher plus de 90 km avec mon grand frère. Nous n'avons pas d'argent pour prendre les transports en commun. J'ai quitté la mine avec 1000 Fcfa juste de quoi acheter de l'eau à boire et quelques friandises. Je ne mettrai plus pied dans une mine. C'est plus que l'enfer », peste-t-il. Le jeune Zan, seulement âgé de 15 ans, avait fui la famille pour rejoindre son grand frère.

A côté des jeunes orpailleurs affamées, fatigués et déprimés, nous avons remarqué des jeunes femmes éreintées. Chargées de marmites et autres ustensiles de cuisine, enfants au dos, ces femmes plient sous le poids de leur charge. Les yeux hagards, elles ont presque perdu l'usage de la parole. L'une d'entre elles nous lance : « n'importe qui a vécu ce que nous venons de vivre, serait traumatisé. On nous a frappées, piétinées, humiliées. Et pourtant, on était là-bas pour chercher de quoi nourrir nos progénitures. Mais, Dieu est grand », lance-t-elle en fondant en larmes.

Cependant, si ce retour précipité est source de déprime pour les orpailleurs, c'est plutôt un soulagement pour leurs familles, notamment dans les villages. En effet, la zone Ouéléssébougou, comme beaucoup de localités riveraines de ces mines, s'était vidée de ses bras valides. Beaucoup de femmes avaient déserté le foyer conjugal pour rallier l'Eldorado. Tous étaient pressés de faire fortune. Un mari murmure à côté : « je suis soulagé. Ma femme avait déménagé à la mine Niéouleni pour y installer sa gargote. Au début, elle venait chaque semaine voir les enfants, mais maintenant, elle peut passer deux mois sans venir et à la longue, je suis sûr, qu'elle allait y déménager. Je retrouve donc ma femme et avec beaucoup de plaisir. Même si je fais semblant de partager son malheur », chuchote-t-il.

Evoquant la fermeture de la zone de Kékoro, des orpailleurs assurent avoir été victimes de violences avant d'être chassés par les agents chargés de la mission. D'autres prétendent avoir été dépouillés. Où est la vérité ? Nous le saurons sans doute très prochainement.

D. DJIRE 

 

 

L'essor

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