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Autant le dire… : « Se bagarrer sans déchirer les habits »

Des élèves qui soutiennent leurs enseignants en grève, c'est tout à fait normal. Car sans élèves, pas d'enseignants et un enseignant sans élèves n'a pas aussi de rôle. Seulement, c'est la forme du soutien qui pose problème. Car finalement, on a l'impression que les élèves se sont substitués aux enseignants pour revendiquer à leur place sous le couvert qu'eux aussi, ont des revendications.

Ce qui peut laisser croire que les enseignants se servent des élèves, plus fragiles et vulnérables, pour « manger leur piment ». Parce qu'on ne peut pas comprendre que des « enfants » aillent devant un ministère et exigent que le ministre descende de son bureau pour « qu'on parle ».

C'est à la limite un manque d'éducation, car les problèmes peuvent être posés autrement. Mieux, quand des élèves dans le but de soutenir le mouvement de leurs enseignants sortent des tables-bancs sur lesquels ils s'asseyent pour suivre les cours et les brûlent, ramassent les chaises des enseignants qu'ils soutiennent et les brûlent, il y a un sérieux problème. Et les enseignants devraient en principe être les premiers à leur demander d'arrêter ce genre de comportements. Eux qui sont chargés de les éduquer ne leur ont pas sans doute donné ce type de réactions que sont la violence, la destruction des biens publics et privés, l'insolence et le non-respect de l'autorité. D'ailleurs ces comportements ne figurent dans aucun manuel didactique au Burkina. Si les enseignants ont des revendications légitimes, que le gouvernement trouve les moyens de les satisfaire ? Mais cela ne peut et ne doit aucunement se passer dans la violence inutile. Encore moins dans la tentative de prise en otage des examens scolaires qui se profilent à l'horizon. Car apparemment, tout porte à croire que les enseignants brandissent cette menace de boycott des examens qui pèse lourd dans la balance pour faire sortir les élèves et faire fléchir aussi le gouvernement. On peut bien comprendre leur comportement et la période choisie pour « lutter ». Seulement, cette lutte pourrait, si on n'y prend garde, avoir des répercussions dommageables sur les résultats des examens. Et ce sont les mêmes élèves qui les soutiennent et leurs parents qui en souffriront. Ce qui n'est pas forcément à l'honneur de ces mêmes enseignants.

Aussi, il convient de souhaiter que le dialogue entamé dans cette perspective, aboutisse au plus vite et soit constructif et que chacun y trouve son compte. Car, des spectacles du genre qu'on a vu dans les rues de Ouagadougou (policiers et élèves se pourchasser, se lapider et se "lacrymogéner" ou à Bobo où les élèves ont barré des rues de grande circulation), ne sont pas dignes d'un système éducatif. Comme a dit l'artiste, « se bagarrer sans déchirer les habits ». On peut bien manifester, mais accompagner le fait par des casses et des destructions de biens publics est condamnable donc réprimable. Ni les enseignants, ni les parents d'élèves, ni les élèves eux-mêmes ne doivent cautionner le fait de brûler des tables-bancs, des chaises sur le bitume. On se rappelle que les mêmes élèves, lors d'une de leurs manifestations de soutien aux enseignants il y a une ou deux années, étaient allés escalader les grilles du Premier ministère sans que personne ne « bronche ». N'est-ce pas pour cela qu'ils ont encore remis ça cette année ?

Il est temps que nous apprenions à nos enfants les bonnes manières de revendiquer. Ce sont les hommes de demain et personne n'aura intérêt quand ils auront raté leur éducation. Dans tous les cas, le Burkina Faso nous appartient tous et il sera ce que nous aurons voulu qu'il soit. Seulement, s'il devient ingouvernable, ce ne sont pas les seuls tenants actuels du pouvoir qui en souffriront. Mais aussi, ceux qui prendront un jour les rênes du pouvoir. Faisons donc le choix et agissons avec modérations.

Dabaoué Audrianne KANI

L'Express du Faso

Le Faso

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