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Denrées de première nécessité : Attention à la cacophonie ! (Par Abdoulaye Sogue)

Des éléments de réforme de l'Agence de Régulation des marchés (ARM)

S'il y'a une note à donner au Gouvernement du Sénégal à propos de la demande sociale notamment pour ce qui concerne la baisse des prix des produits et services de base, on peut retenir celle-ci : peut mieux faire ou à encourager. En effet, depuis plus d'un an, le chef de l'Etat et son équipe s'arrachent les cheveux pour venir à bout de la flambée des prix des denrées de consommation courante. La preuve si besoin est qu'il ne se passe pas un jeudi sans que la question ne soit évoquée à la table du conseil des Ministres et il s'en est suivi depuis lors une kyrielle de mesures peu ou prou efficaces.

Nous partageons tous, l'idée selon laquelle le marché sénégalais de la consommation souffre d'un manque criard d'organisation ainsi que de structuration et l'informel qui y a gagné beaucoup de terrain échappe désormais à tous les moyens de contrôle et de maîtrise du pouvoir central. En réalité, le marché, notamment celui des denrées de première nécessité est marqué par l'anarchie, la spéculation et l'augmentation des prix d'une manière exorbitante et illicite. Une situation déplorable qui n'a rien à voir avec les déclarations de mauvais aloi de certaines de nos Autorités publiques ou politiques, invoquant les tendances conjoncturelles des cours mondiaux de certains produits à la base de la hausse des prix. De telles déclarations traduisent non pas un aveu d'impuissance mais bien d'incompétence car il s'agit de bien cerner cette question cruciale et complexe avant de se risquer à émettre un avis technique ou politique.

Le Président de la République gagnerait à mettre de l'ordre dans ses rangs et inviter ses partisans à ½uvrer dans le même sens que lui pour apporter des solutions à cette demande sociale forte. D'ailleurs, un second contrat de confiance avec les sénégalais, passera inéluctablement par l'engagement pour un quinquennat placé exclusivement sous le sceau de la baisse et l'approvisionnement sans rupture des denrées et services de consommation courante et cela quel qu'en soit le prix. Pour dire vrai, cette question est techniquement sérieuse et son examen mériterait qu'elle soit soumise à une analyse scientifique par le biais d'une étude dûment documentée faisant appel si nécessaire au champ académique en marge des nombreux efforts fournis par les organes institutionnels mis en place par l'Etat sénégalais. C'est un chantier d'une grande envergure qui pourrait même dépasser si nécessaire cinq ans et plus urgent à traiter que la traque des biens mal acquis et la réforme des institutions de la République.

Les multiples réactions du gouvernement, ponctuées par des séries de décisions allant de la mise en place d'un Comité ad hoc de suivi des prix (sur la farine), au Cadre d'information et de concertation sur les prix des denrées à la réactivation du Conseil national de la consommation, au changement d'administrateur à la Direction du commerce intérieur ainsi qu'à la restructuration de l'Agence de Régulation des marchés et enfin à la création d'un Observatoire national en charge du suivi de l'évolution des prix des denrées et services de première nécessité, permettent d'entretenir l'espoir que le bout du tunnel n'est pas loin au grand bénéfice des sénégalais.

Mais attention à la cacophonie!

Car pour traiter une question aussi vitale portant sur les prix et l'approvisionnement courant des populations, il faut s'y prendre avec méthode et organisation aux fins d'éviter de tomber dans la ''redondance'' des nombreux organes créés tous azimuts et ayant quasiment les mêmes missions et le même objet. Les querelles de compétences de la multitude d'organes à la mode '' formule magique'' ne feront qu'allonger la souffrance des sénégalais au lieu de l'alléger. Il existe bien des organes parmi ceux là que le nouveau régime politique a trouvés sur place qui pourront efficacement prendre en charge la fonction de lutte contre la cherté de la vie.

A notre avis, la restructuration de l'Agence de Régulation des marchés (ARM) est la mesure qui s'impose et qui se justifie au vu de son utilité et de son vécu. Elle seule, suffirait et dans une moindre mesure le Conseil national de la consommation, pour trouver une réponse à toute la problématique de la régulation du marché des denrées de première nécessité et de la lutte contre la spéculation. Il faut dire, qu'à travers cette Agence (ARM), le gouvernement peut à la fois mettre un terme aux augmentations intempestives des prix et aux éventuelles pénuries et ruptures de stock.

Son adaptation au contexte actuel de hausse des prix, comme l'a si bien évoqué le Président de la République au cours du dernier Conseil des Ministres (jeudi 02 Mai 2013) devra s'articuler autour de deux points essentiels à savoir les nouvelles missions à lui assignées et son ancrage institutionnel.

Entre autres missions, elle doit participer à la définition, à la conception et à la gestion des stocks de sécurité, mettre en place tous les moyens d'observation, d'analyse et de veille économique sur l'évolution des prix et enfin assurer la régulation du marché des produits de consommation courante par la constitution de stocks stratégiques de régulation et de sécurité pour maintenir les prix à un niveau acceptable notamment pour ce qui concerne les produits dont les seuils de consommation dépassent 100 000 tonnes par an. Elle pourrait aussi, assurer les missions que le gouvernement voudrait bien lui confier dans le cadre de la gestion de certaines filières et de la maîtrise du marché. Avec l'appui du Conseil national de la consommation, l'organisation administrative et technique de l'Agence de Régulation des marchés s'étendra sur toute l'étendue du territoire national avec des espaces de concertation hebdomadaires entre acteurs impliqués dans les filières et les administrations locales.

En matière d'ancrage institutionnel, il faut éviter le centralisme qui consiste à tout resserrer autour du Premier Ministre ou la création d'un Expert vertical, ignorant la technicité d'une administration sénégalaise regorgeant de compétences. L'Agence doit impérativement être placée sous la tutelle du ministre chargé de l'agriculture sous le contrôle effectif du Premier Ministre. Il s'agit de relever en réalité que les produits de large consommation sont d'abord agricoles et alimentaires avant de faire l'objet de commercialisation.

Par ailleurs, l'Agence doit être chargée d'asseoir une stratégie efficiente pour la gestion (collecte et stockage du produit par filières) et la régulation des produits (ajustement des comportements des producteurs et des importateurs). Enfin, l'Agence est appelée à travailler directement avec les collecteurs, les commerçants agrées, les coopératives agricoles et les importateurs.

Dans cette dynamique le Conseil national de la consommation qui est sous la tutelle du Ministre en charge du commerce anime à son tour le cadre de concertation sur les prix.
Dans tous les cas de figure, la réussite des missions confiées à ces organes, en plus de dépendre d'une bonne structuration et des moyens mis à leur disposition, est tributaire du choix judicieux des administrateurs chargés de les exécuter. Il est déplorable que le Chef du gouvernement enfile quotidiennement la casquette de Ministres techniques pour le traitement de questions urgentes (exemple de la farine), parce que tout simplement des considérations fortement politiques ont prévalu lors de la nomination de certains Ministres à la tète de certains Départements hautement stratégiques.

Abdoulaye SOGUE
Diplômé en Droit de la Régulation
et en Commerce et Management des Affaires internationales
[email protected]


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