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Augmentation du prix du gaz : « Le gouvernement a encore mordu le peuple, puis est sorti pour souffler sur ses meurtrissures » selon l'UPC

Le 03 mai 2013, les Burkinabè ont reçu avec étonnement l'annonce officielle d'une hausse vertigineuse (environ 25%) du prix du gaz, produit de première nécessité des ménages. Pour justifier cette décision, le gouvernement affirme que les anciens prix étaient bloqués depuis plus de dix ans, grâce à une politique de subvention qui aurait fini par pervertir le système en faisant perdre 22 milliards à l'Etat en 2012.

L'augmentation des cours mondiaux des produits pétroliers, la hausse du coût du dollar sont les raisons qui l'auraient amené à réviser à la hausse les prix du gaz butane qui s'étaient stabilisés depuis plus d'une décennie. On peut d'ailleurs remarquer qu'il s'est cependant abstenu de préciser combien devaient être ces prix à partir du marché international jusqu'à la bouteille au Burkina Faso, se contentant dans une vacuité, de louer ses propres efforts sur la fiscalité et la subvention sans lesquelles les prix seraient passés du simple au double. Comme à son habitude, le gouvernement a encore mordu le peuple, puis est sorti pour souffler sur ses meurtrissures.

Cette hausse du prix du gaz intervient dans un contexte national marqué par les souffrances de nos populations laborieuses, qui subissent de plein fouet les effets de la vie chère. Elle ajoute à la liste toujours longue des augmentations de tout genre qui rythment le quotidien des burkinabè. Les prix du carburant ont subi une augmentation il y a à peine un an (avril 2012). Celle des denrées alimentaires, du logement, de la scolarité, etc.... le sont quasiment au quotidien. Dans le même temps, il est pratiquement impossible d'arracher au gouvernement de la 4ème république la moindre augmentation des salaires.

Plus grave, la décision d'augmentation du prix du gaz contredit de manière flagrante les nombreuses promesses faites aux plus forts moments de la crise de la vie chère en 2010 : importation et vente des produits à prix social, contrôle des prix, installation de boutiques témoins, etc.... ? Voilà que le 1er mai dernier, les travailleurs ont-ils à peine tourné le dos après la transmission de leur cahier de doléances, que le gouvernement les « poignarde » avec une tarification à la hausse du prix du gaz. La technique utilisée appartient à un répertoire désormais classique : faire le dos rond, laisser passer l'orage, et revenir aux bonnes vieilles méthodes.

Cette attitude dénote un certain mépris des autorités vis-à-vis du dialogue et de la paix sociale qu'elles s'évertuent paradoxalement à prôner à longueur de journées dans leurs discours officiels.

Enfin, cette augmentation est en flagrante contradiction avec notre politique de sauvegarde de l'environnement, au moment où tout le monde tire la sonnette d'alarme sur la situation de notre éco système.

Dans ses justifications, le gouvernement soutient que cette augmentation va aider la SONABHY, notre société nationale qui est nantie du monopole de l'importation des hydrocarbures, à assainir sa structure financière et lui permettre de toujours répondre efficacement aux besoins des consommateurs.

Comme tous les burkinabè, notre parti est attentif à la santé financières de nos sociétés d'Etat, et admet que dans une certaine mesure, la vérité des prix puisse dicter certains choix décisionnels dans la gestion de notre économie. Mais dans le cas d'espèce, deux interrogations fortes viennent à l'esprit :
- Premièrement, jusqu'où et pour quels produits de consommation, la vérité des prix doit-elle s'appliquer, et donc la notion même de subvention rejetée ? Notre opinion est que les biens de première subsistance, dont nos populations ont besoin pour assurer leur survie quotidienne, ne peuvent pas être traités comme n'importe quel bien marchand dont la détermination du prix résulterait du seul équilibre instantané entre offre et demande. La mission d'un Etat sérieux, c'est, pour cette catégorie spéciale de produits, de mettre en place le système spécial de régulation qui permet in fine d'amortir le choc de l'évolution des couts : péréquation, stabilisation, subvention, importation directe par l'Etat par le biais d'une centrale d'achat. Par exemple, en France, pays de libéralisme, le prix de l'électricité et du gaz domestique sont fortement encadrés. Ces mécanismes de protection sont d'ailleurs acceptés par les bailleurs de fonds internationaux (Banque Mondiale, Fmi, etc..) dès lors qu'il est démontré que ces mécanismes ont une utilité sociale incontestable, et qu'ils ne fournissent pas aux gestionnaires de l'Etat et à leurs alliés sociaux, un pouvoir d'utilisation non conforme, une situation de rente ou une possibilité de prédation.

C'est d'ailleurs fort de cela que la Cote d'Ivoire a ressuscité sa fameuse Caisse de Stabilisation dont les bailleurs de fonds avaient exigé la suppression dans les années 90, lorsqu'ils s'étaient rendus compte qu'elle ne servait pas du tout à stabiliser le prix d'achat du cacao au producteurs, mais servait plutôt de caisse noire aux dirigeants du pays.

Deuxièmement, la situation financière dégradée de la Sonabhy ne s'explique uniquement par les subventions accordées ou par un blocage des prix. Tout le monde sait que nos dirigeants ont dilapidé les ressources de la Sonabhy en lui faisant financer beaucoup de choses qui n'ont absolument rien à voir avec son objet social, et en laissant se développer en son sein des pratiques qui sont aux antipodes de la bonne gouvernance.

Même s'ils ne sont pas des spécialistes de l'économie, les burkinabè comprennent très facilement, que si un produit est importé et non fabriqué sur place, son prix peut, de temps en temps à autre subir des évolutions. Mais ils estiment que, lorsqu'il s'agit de quelque chose de vital, et le gaz en est, c'est de la responsabilité du gouvernement soit de trouver les mécanismes appropriés pour les en protéger, soit de veiller à ce que leurs revenus suivent en conséquence. Mais surtout, nos compatriotes sont révoltés et acceptent difficilement les sacrifices, lorsqu'ils voient que ses sacrifices sont demandés au motif de déficits dont ils ne sont pas responsables, mais qui proviennent de pratiques de mauvaise gestion dont les auteurs circulent en toute impunité.

La pauvreté et la vie chère au Burkina Faso sont une réalité poignante et palpable, sauf pour ceux qui vivent à l'heure américaine. Et les choses vont de mal en pis. Le dernier rapport du classement des pays que fait le PNUD en utilisant l'indice de développement humain, donne au Burkina Faso la 183ème place, sur 187. En 2011, nous étions classés 181 sur 187. Ce n'est pas glorieux pour un pays qui se targue d'être émergent. C'est révoltant quand on met cela au regard du pillage de notre or par une mafia incrustée au sein du pouvoir, comme l'a révélée récemment un rapport publié sur le net.

Et cette révolte grondera de plus en plus parce que ce pouvoir, qui se croit inébranlable, prend un plaisir machiavélique à multiplier les provocations à l'endroit des citoyens. La dernière en date de ces provocations, c'est le projet de Sénat que le gouvernement tient coûte que coûte à imposer. Ce Sénat coutera environ 36 milliards pour sa première mandature (6 milliards par an sur 6 ans), loin devant les 22 milliards de subvention que le gouvernement ne veut plus assurer. Loin au-delà de ce qu'il faut pour améliorer le sort des étudiants sur le campus ou donner satisfaction aux revendications du personnel de la santé. Beaucoup plus qu'il n'en faut pour faire en sorte qu'à l'hôpital Yalgado, les malades qui dorment dans les couloirs aient chacun une chambre et un lit.

Parti du changement qui vit et lutte aux côtés du peuple burkinabè, l'UPC ne laissera pas passer une occasion de dénoncer les mesures et décisions du pouvoir qu'il jugerait contraires aux intérêts des Burkinabè. Il est prêt à prendre ses responsabilités, par toutes les formes d'action appropriées et légales, pour aider nos populations laborieuses à faire entendre et à faire aboutir leurs revendications.

Mais c'est d'abord aux Burkinabè eux-mêmes qu'il appartient de de se lever, et de donner de la voix, pour faire entendre leur mécontentement. Nos compatriotes doivent sortir de leur torpeur, surmonter leurs peurs, et accepter que le changement ne se fait pas sans sacrifices. Autrement, ils risquent de conforter ce pouvoir dans l'idée que le Burkina Faso est un laboratoire ou vit un peuple-mouton, sur lequel, au gré de ses humeurs, il peut de temps en temps de livrer à des expériences. Y EN A VRAIMENT MARRE ! Il est temps de le faire savoir. Démocratie, Travail, Solidarité

Pour le Bureau Politique National,
Zéphirin DIABRE,
Président .

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