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Libye - Lettre ouverte de Médecins sans frontières à Sarkozy

L’association humanitaire internationale d’aide médicale Médecins sans frontières (MSF) a tenu à revenir publiquement sur l’un des paradoxes du conflit libyen.

Dans une lettre publiée le 19 mai 2011 dans la presse internationale et adressée au président de la République française Nicolas Sarkozy, et plus largement aux dirigeants des Etats de l’Union européenne engagés dans la guerre en Libye, MSF dénonce le double discours politique de l'Europe qui affirme faire la guerre en Libye pour protéger les civils, mais ferme ses frontières devant l’afflux de migrants illégaux.

Pour l’association, présente et active sur le terrain libyen, le prétexte de la protection des civils pour justifier l'intervention européenne paraît déjà mince. L’engagement de la coalition peine à déloger Mouammar Kadhafi de son poste, et ses attaques ont déjà fait plusieurs victimes —pas toujours militaires.

Mais le plus insupportable pour MSF, c’est de voir les victimes du conflit qui fuient, légitimement, le territoire libyen et se retrouvent refoulées dès leur arrivée aux frontières européennes. La présidente de l’association, le docteur Marie-Pierre Allié, s’explique:

«Les Etats européens engagés dans la guerre en Libye se dédouanent de leurs obligations, tant légales que morales, de l’attention qui doit être portée aux victimes de la guerre dont ils sont partie prenante. Les discours et les actes de nos dirigeants, sous fond de lutte contre l'immigration illégale, restreignent de fait l'accès au sol européen aux victimes de la guerre. Ce cynisme politique est indigne.»

A l’heure où la Tunisie et l’Egypte, Etats limitrophes de la Libye, sont devenus des modèles d’accueil en recevant près de 630.000 réfugiés, MSF dénonce les Etats européens qui refoulent sans état d'âme les victimes d'un conflit dont ils sont acteurs. Loris De Filippi, directeur des opérations MSF, explique:

«Les personnes que nous rencontrons à Lampedusa [...] arrivent exténuées, souvent en état d'hypothermie, après de longues heures de voyage au péril de leur vie. Ce qu'elles trouvent à leur arrivée en Europe, ce sont des conditions d'accueil inacceptables et l'incertitude la plus totale quant à leur avenir.»

L’association, dont l'action reste mondialement reconnue, ne se contente pas de dénoncer ces comportements opportunistes, électoralistes ou proprement scandaleux; elle tient à rappeler les obligations légales à respecter les droits des victimes de guerre, «en garantissant leur non-refoulement des eaux territoriales et du sol européens vers une zone de guerre; en leur assurant des conditions d’accueil décentes en Europe, tout comme l’accès à la procédure d’asile, quand elles le demandent». 

Il est rare que MSF s’implique autant et intervienne médiatiquement dans la dénonciation de stratégies territoriales autour de conflits.

Lu sur Médecins sans frontières