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Afrique du Sud : des dissidents tentent de faire trembler l'ANC

JOHANNESBURG (AFP) - (AFP)

Le lancement d'un nouveau parti en Afrique du Sud a mis en lumière le malaise au sein d'un Congrès national africain (ANC) accusé d'oublier ses valeurs, mais il sera bien difficile de détrôner le mouvement qui domine le pays depuis la fin de l'apartheid.

La nouvelle formation, South Africa First (L'Afrique du Sud d'abord), a été créée par des vétérans d'Umkhonto weSizwe (MK), l'ancienne branche armée de l'ANC, qui promettent "une alternative crédible pour les masses".

Ses dirigeants disent qu'ils ont le sentiment que l'ANC a perdu les valeurs de la lutte contre l'apartheid et que ses cadres, corrompus, ne combattent pas la pauvreté et le chômage, dont les niveaux sont toujours alarmants dix-neuf ans après leur arrivée au pouvoir.

"La liberté qui est venue en 1994 n'était que le début.L'ANC n'a pas réussi à faire avancer la nation", a expliqué à l'AFP Eddie Mokhoanatse, le cofondateur de la nouvelle formation.

"L'ANC a perdu son chemin, il a été détourné par les signes extérieurs de richesse distribués à une élite qui a des connexions politiques, alors que la majorité (des Sud-Africains) se languit dans la pauvreté."

Au moins un Sud-Africain sur quatre est actuellement au chômage, et la proportion est beaucoup plus élevée pour les jeunes hommes noirs, qui devraient pourtant constituer la force vive de la plus puissante économie d'Afrique.

South Africa First met en avant une "stratégie nationale de la prospérité" qui vise à redistribuer les richesses minières du pays et à stimuler l'esprit d'entreprise.Le mouvement s'engage à fournir une éducation de qualité, à améliorer l'accès aux soins de santé et lutter contre la corruption.

Ces principes devraient théoriquement séduire la base électorale de l'ANC, les Noirs pauvres qui souffrent le plus des inégalités de la société sud-africaine et des défaillances des services publics.

En tant que vétérans de la lutte contre le régime ségrégationniste de l'apartheid, les dirigeants du nouveau parti estiment avoir la légitimité nécessaire pour se jeter dans l'arène politique.

"Ils soulèvent des questions importantes, mais..."

Le MK, fondé par Nelson Mandela en 1961, a été dissous en 1993, peu avant les premières élections multipartites de 1994.

Une bonne partie de ses vétérans ont été intégrés dans l'armée nationale.Les anciens du MK exercent toujours une influence énorme au sein des structures de l'ANC, le président Jacob Zuma étant l'un de leurs plus illustres représentants.

Mais South Africa First risque d'avoir du mal à faire entendre sa différence.

"Ils ne seront certainement pas ceux qui changeront la donne", estime l'analyste politique Aubrey Mtshiqi."Il n'y a rien chez eux qui suggère qu'ils apporteront des changements ou même gagneront quelques voix, mais ils soulèvent clairement des questions importantes."

D'autres avant eux se sont cassé les dents, tant demeure la loyauté envers l'ANC, le parti en qui la majorité des Sud-Africains voit la force qui les a délivrés de la ségrégation raciale.

Avant les élections de 2009, des dissidents d'une ANC alors très divisée avaient formé le Congrès du peuple (Cope).Ils n'avaient recueilli que 7% des voix, avant de s'entre-déchirer.

Tout récemment, Mamphela Ramphele, une figure de la lutte anti-apartheid qui fut directrice à la Banque mondiale, a lancé Agang South Africa (Construire l'Afrique du Sud), un parti qui reprend plus ou moins les mêmes valeurs que South Africa First...qui sont aussi sur le papier celles de l'ANC.

Elle s'est vantée d'avoir avec elle quelque 10.000 bénévoles.Cependant que l'ANC compte 1,2 million de membres.

Ultra-dominant sauf dans la province du Cap occidental (sud-ouest) --gérée par l'Alliance démocratique (DA, opposition)--, l'ANC ne laisse cependant rien au hasard et organise la contre-attaque.

La Ligue (officielle) des vétérans du MK s'est déjà employée à discréditer South Africa First depuis l'annonce de sa fondation.Eddie Mokhoanatse a notamment été qualifié de "traître" ayant quitté l'ANC dans les années 1980 alors qu'il était en exil.

A chaque élection, l'ANC rappelle les horreurs de l'apartheid, reconnaissant assez volontiers ses erreurs et promettant toujours de s'amender.Le parti a systématiquement remporté plus de 60% des voix depuis 1994.

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