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La Tunisie va mal…et cela dure

Par Ridha Ben Kacem

La Tunisie va mal et nul ne l'ignore, vraiment. En d'autres temps, en des temps révolus, notre pays a traversé des périodes dures et s'en est, toujours, sorti. Les Beni Hilal, ces essaims de criquets égyptiens, sont venus et ont tout saccagé. Pourtant péniblement, le pays s'en est remis. Les Beni Hilal ont été assimilés. Auparavant, les vandales ont tout vandalisé avant de regagner leurs contrées nordiques et leur nuit polaire. Pourtant le pays s'en est remis et a continué à tracer sa route, à travers l'histoire. Des temps durs, le pays en a connu bien d'autres, avec les espagnols et les ottomans, qui se relayaient à le mettre à mort. Pourtant, tel un Sphinx, le pays a ressuscité de ses cendres et, continué à être ce qu'il a toujours été : Une exception et un miracle, à la fois. Plus tard, les français sont venus faire la fête, chez nous, et nous spolier de nos droits. Mais, fidèle à son habitude, le pays s'est montré le plus fort et a survécu, à l'asservissement et à l'esclavage.

Les trois mille années d'histoire, que connut le pays, ont charrié avec elles leurs lots de joie et de peine. Mais le courage n'a, pourtant, jamais, quitté le c½ur du peuple, qui, à chaque fois, se remet, avec vigueur, à l'ouvrage. Tel un roseau, le peuple plie, mais ne rompt pas. Le peuple ne peut être vaincu, sur le terme, par aucun envahisseur. Le peuple est plus fort que tous les envahisseurs réunis, car il tire sa force de sa cohésion et de sa solide solidarité. Le peuple ne peut être vaincu que par le peuple. Le peuple ne peut être vaincu que par lui-même, s'il se laisse aller à la division.

Le peuple est, aujourd'hui, divisé et tiraillé. Le peuple est, en ces temps de crise, en rupture avec ses fondamentaux et ses idéaux. Le peuple perd ses repères et ses symboles. Le peuple n'a plus de mémoire et, traine une amnésie chronique à force de retour. Dans son offensive d'oubli, le peuple ne reconnait plus les siens. Le peuple a les yeux braqués ailleurs. L'Arabie, le Qatar et d'autres vautours focalisent, de plus en plus, son attention. Fascination morbide pour les pétrodollars. Le peuple voit des miracles là où il n'y a, en fait, que des mirages vulgaires. Les sens sont trompeurs, le nez n'a plus de senteurs, l'oreille entend avec lenteur, la main palpe la moiteur ou la froideur, l'½il ne croise plus de couleurs, et la langue se réfugie dans le silence lourd et boudeur. Oh, oui, les sens sont en panne de sensation et de raison de vivre et de mourir, paix ou en pleurs.

La Tunisie va mal et cette évidence est ressentie et vécue, par la majorité des tunisiens et des tunisiennes. Au lendemain de la Révolution, tout le monde croyait que le pays allait, rapidement, goûter aux délices de la démocratie. Mais, au fait de délices, les ventres sont vidés et les poches désargentées. De plus, la violence se fait quotidienne et la sécurité rare voire, inexistante, sur les hauteurs. Que s'est il, donc, passé pour que l'on arrive là où nous sommes, au jour d'aujourd'hui ? Qui est, réellement, responsable de nos maux et de nos malheurs ?

Le peuple de Tunisie, se disperse, à mesure que se disperse sa raison. Sa raison d'être ou de ne pas être, telle est l'éternelle question. La dispersion est mortelle en ce qu'elle entraine la multiplication des voies et des chemins qui ne conduisent, nulle part. Le peuple s'est piégé dans l'ancien labyrinthe du minotaure. Mais l'intrigue n'est pas prête d'être résolue. Qui peut prétendre livrer le fin mot d'une histoire écrite dans l’ordre inverse de la chronologie ? Le peule est, à la fois, auteur et victime de l'intrigue, selon le principe des préquelles. Le peuple sait-il, au moins, qu'une préquelle n'est qu'un antépisode d'une ½uvre littéraire, dramatique, filmique ou vidéo ludique, dont l’histoire précède une ½uvre antérieure, dont il n'a pas pris connaissance, au moment où il a décidé de se révolter ? Connait-il, au moins, qui dans l'ombre, tisse les fils de ses mésaventures passées, présentes, et futures ?

Dans les méandres de la préquelle, le peuple partage le sort de ceux qui sont plongés, contre leur gré, dans le flashback et l'analepse. La misère du peuple est une longue litanie ou une évocation, après coup, d'un évènement antérieur, au point de l'histoire, révolutionnaire où l'on se trouve, aujourd'hui. La différence est l’étendue du temps et de l'espace, meublés tous deux, de monstres cachés. La séquence impersonnelle de la préquelle constitue une ½uvre autonome et un passage du peuple vers nulle part. Le peuple comprend, maintenant, que sa Révolution, n'est pas un épisode indépendant. Que cette magistrale ½uvre est comprise dans une ½uvre monumentale, qui ne dit pas son nom. Dépité et curieux, le peuple, comme le désir du condamné à trépas, voudrait connaitre le nom de l'innommable qu'il a vécu, sans lui donner de nom. Eh bien, Monsieur le Peuple, levez-vous pour entendre la sentence : Votre mésaventure, cela s'appelle, un midquel. Etes-vous satisfait, Monsieur le Peuple de Tunisie, de la sentence rendue ? Justice vous est-elle faite, Monsieur le peuple de Tunisie ? Non ? Alors sachez, Monsieur le peuple qu'un midquel se déroule au milieu d’une autre ½uvre et que son action se situe entre le début et la fin d’une ½uvre qui a été écrite, bien avant le midquel, en question. Il s’agit, souvent, de développer une intrigue qui semblait secondaire dans l’½uvre précédente, celle d'Obama & C°, ou, simplement, de développer le point de vue d’un autre personnage, en l'occurrence, vous, Monsieur le peuple tunisien, espiègle d'esprit.

Libre à vous, Monsieur le peuple de Tunisie, de croire que votre Grande Révolution est un interquel, qui se déroule entre deux ½uvres, de votre longue histoire, un interquel que vous auriez, précédemment, écrit. Nul témoin, n'est là, Monsieur le peuple, pour confirmer ou infirmer vos racontars. Libre à vous, monsieur le peuple, de prétendre que votre préquelle est une longue saga, sans fin, s'étalant sur des millénaires, et non un banal épisode, d'un interquel qui vous échappe et que vous ne maitrisez pas, que vous ne maitrisez plus. Que diriez-vous, dans ce cas-là, Monsieur le Peuple, à Rabelais qui a écrit Gargantua, publié en 1534, après Pantagruel, publié en 1532, alors que Gargantua est le père de Pantagruel ? Depuis le temps que je lis l'un et l'autre je n'ai rien trouvé de sensé à dire, à ce jour ! C'est pourquoi, je préfère ne rien dire, et je me tais. Pensez-vous, Monsieur le Peuple, que Ben Ali soit le père de Bourguiba ? Se pourrait-il, Monsieur le Peuple, que Leila soit la mère enfanteresse de la Grande Elyssa ?

Que croire, que penser et que dire, Monsieur le peuple, devant tant d'incertitudes ? Sans certitude, il ne vous reste plus, Monsieur le Peuple de Tunisie, qu'à espérer que la suite de votre Grande Histoire, s’appuie sur des évènements, déjà, connus et présentés par les personnages des vidéos, ici-bas. Qu'à espérer, aussi et également, que la préquelle vise à dévoiler, selon leurs origines, leur mémoire et leurs convictions, quelques uns de ces personnages, les plus mauvais, cela s'entend. Mais, mauvaise nouvelle, Monsieur le peuple, en général, les préquelles sont désavantagées, du point de vue du souffle narratif de l'Histoire, pour ceux qui la vivent, au présent et qui savent, pertinemment, que les personnages qui conditionnent l'avenir, présents, dans l’½uvre de départ, ne peuvent, en aucun cas, mourir. Et s'ils ne meurent pas, que fait-on, dans ce cas là, Monsieur le Peuple ? On efface tout et on recommence ? On revient, en arrière, comme au cinéma ? On se projette, en avant, en ignorant les dangers de la route du temps ? Oui, que fait-on, Monsieur le peuple ? Pouvez-vous éclairer ma lanterne, avant que je m'égare, pour toujours ?

Je suis sur une pente glissante, une route savonneuse, accélérant, le rythme de mon c½ur. Souvent, je crois que je suis le Peuple et je me parle pour meubler mon propre silence mortel. Mais, en d'autres lieux, en d'autres temps, je comprends, que j'en suis, plutôt, la malheureuse conscience, en pleurs. Je m'adresse, dans ce cas, la parole en m'interpellant fortement : « Monsieur le peuple de Tunisie »,pour conjurer le sort. Mais, que mon« souvent » l'emporte et le désarroi, me projette, hors du temps et de l'espace, sur le voie, définitive, de la folie furieuse de ma propre mort. Dans l'un, comme, dans l'autre cas, le peuple n'est plus que l'ombre de lui-même, sous un soleil de plomb. Embardée après ruade, accablé, le peuple constate qu'il tourne en rond. Le rond-point du point d'interrogation sans exclamation, sans virgule, ni tréma.

Loin, dans sa mémoire, Le peuple voit défiler des têtes, mal faites, revêtues de masques de fer. De Rictus en rictus, Le peuple s'apprête à désigner, à la Grande Histoire, les noms de ceux qui ont détourné le cours de son histoire, à leur profit. Recenser tous ces personnages de soleil et d'ombre, n'est pas chose aisée. Voici, tout de même, une longue liste, non exhaustive, de personnages qui ont contribué, de près ou de loin, à planter le décor de la vie du peule, au quotidien, en ce mois de mai 2013. Le peuple des humbles se fait une raison en se nourrissant de sa propre raison du plus faible, face au plus fort. LA LISTE ! Ne perdez pas de vue la liste, il y va de votre survie, comme peuple de Tunisie. Fourragez bien, dans votre mémoire collective, pour désigner le ou les coupables, à qui, l'Histoire, fera porter le CHAPEAU de nos malheurs. Ces personnages, qui peuplent et dépeuplent, les deux versions de la même vidéo, l'une statique, l'autre animée. Scrutez bien ces têtes de morts-vivants, et désignez vos coupables, pour que le peuple puisse se réconcilier avec lui-même et avec son destin. Ainsi soit-il, ainsi, en fût-il, ainsi en sera-t-il. Il faut, du moins, l'espérer.

Par Ridha Ben Kacem le mardi 14 mai 2013

 

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