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Coups de gueule, coup d’éclat, coup d’arrêt !

Après le coup d'éclat, le coup d'arrêt. Voilà comment résumer en quelques mots, ce qui s'est passé samedi dernier, entre le début de la session statutaire du Conseil national du Parti de l'Istiqlal et la fin de la séance extraordinaire du Comité exécutif, dans la soirée…
Et cette journée, qui fera sans doute date dans les anales de la politique politicienne marocaine, aura démontré que les garde-fous constitutionnels, les autorités d'arbitrage, les recours ultimes sont absolument nécessaires, notamment dans des étapes de construction et de consolidation de l'édifice institutionnel que le Maroc vit depuis l'adoption de la Constitution, le 1er juillet 2011…

Hamid Chabat, qui a mis sous pression le gouvernement d'Abdelilah Benkirane depuis sa prise de contrôle du PI, au début de la présente année, s'engageant dans une épreuve de force de plus en plus évidente au fil des semaines, a cru possible, après ses violentes diatribes contre le chef du gouvernement et son équipe, notamment lors du 1er mai dernier, de porter l'estocade finale en mettant à exécution sa menace de se retirer de la coalition parlementaire majoritaire, invitant dans le même temps les ministres PI à quitter le gouvernement sous direction PJD.
Les raisons, causes, prétextes et arguments n'ont point manqué depuis plusieurs mois au successeur de Abbas El Fassi pour en arriver à cet ultime geste de défiance, et l'on citera, notamment, la «faiblesse numérique» de la participation ministérielle istiqlalienne, (autant de représentants que le PPS, qui a obtenu trois fois moins de sièges parlementaires aux élections de novembre 2011), ou encore la personnalité même des représentants du PI dans cette équipe Benkirane, plus proches de l'ancien secrétaire général que de Chabat.

partie-istiqlal

On citera également la fin de non recevoir adressée par Abdelilah Benkirane et ses partenaires au mémorandum présenté par la seconde formation du gouvernement et du Parlement, lequel portait plusieurs propositions concrètes pour attaquer vigoureusement la situation de crise financière et économique que vivent l'Etat et le pays depuis plusieurs mois, notamment la réforme urgente de la Caisse de Compensation, la satisfaction des revendications sociales, l'alourdissement de la fiscalité pour les hauts revenus, l'instauration d'un nouveau Service Civil, etc…

Et, plus que tout cela, l'incroyable déferlement de discours, déclarations, attaques ad hominem que Hamid Chabat a orchestré, sinon produit lui-même contre le chef du gouvernement intuitu personae et contre le PJD, donnant ainsi à l'opinion publique l'idée que les deux grandes forces conservatrices du pays s'étaient engagées dans une compétition sauvage pour le pouvoir, à grands coups de gueule populistes et démagogiques.

Arrête ton char, Hamid…

Ce «coup d'éclat permanent» a cessé samedi soir, après un appel téléphonique royal à Chabat, qui a dû, «gros jean comme devant», ravaler ses prétentions et ses ambitions, entamer une reculade qui, incontestablement, l'affaiblit politiquement et qui marque, objectivement, les limites de l'autonomie décisionnelle dont jouissent aujourd'hui les forces partisanes censées être matures et responsables.

En retirant son soutien au gouvernement, l'istiqlal, sans trop de précaution, ni de vergogne, mettait ainsi le Roi Mohammed Vi dans la nécessité de recourir à l'article 42 de la Constitution, qui porte dissolution de la Chambre basse et recours à des élections législatives anticipées, Benkirane ne disposant plus de la majorité parlementaire nécessaire au soutien de sa politique.

CHABAT

En conseillant à Chabat de modérer ses ardeurs, de continuer à soutenir ses ministres (et les autres) et de lui faire parvenir un mémorandum portant «cahier de doléances», le Souverain, qui a de la sorte respecté à la lettre ses responsabilités constitutionnelles et joué son rôle d'arbitre et de recours, a non seulement sauvé la mise au chef du gouvernement, mais surtout, évité au pays de s'engager aujourd'hui dans une campagne électorale sans doute aussi prématurée que déplacée, eu égard au contexte intérieur de crise des finances publiques et de morosité économique, mais aussi régional, notamment du fait des manoeuvres algériennes contre notre unité nationale et notre intégrité territoriale.

Le moment n'est pas à la surenchère politicienne, aux promesses électoralistes, sans omettre l'éventualité que le PJD sorte de nouveau vainqueur de ces législatives anticipées, lui dont la popularité n'a été que très peu entamée depuis que son leader dirige le gouvernement de coalition formé en janvier 2012.

Mais, pour autant, doit-on considérer que Chabat et ses amis viennent d'essuyer une défaite à plate couture ?
Pas vraiment dans la mesure où l'offensive quelque peu désordonnée de Chabat aura eu pour effet de déstabiliser profondément Benkirane, de faire de lui un obligé du Roi qui lui a sauvé la mise et, in fine, de contraindre le PJD et les autres partis de la coalition à prendre enfin au sérieux les propositions et revendications du Parti de l'Istiqlal.

Mais il y a quand même un perdant, un grand perdant, le peuple marocain qui, dans les circonstances actuelles, s'afflige de disposer d'une classe politique aussi nulle et immature !!!

Fahd YATA

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La Nouvelle Tribune

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