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Des témoins devenus accusés

C'est hier en début d'après-midi que le procès (en cassation) de Achour Abderrahmane, l'homme par qui le scandale du détournement de 32 milliards de dinars de la BNA a éclaté en 2005, impliquant de nombreux chefs d'agence et de hauts cadres de la Sûreté nationale, et qui a été renvoyé par le tribunal criminel près la cour d'Alger à la prochaine session, devait être ouvert au tribunal criminel près la cour d'Alger. L'affaire avait fait couler beaucoup d'encre en raison des complicités dont a bénéficié Achour Abderrahmane auprès des banquiers et des hauts cadres de la Sûreté nationale, qui l'ont couvert et aidé à quitter le territoire national en direction du Maroc d'où il a été extradé, une année plus tard, alors qu'il était sous le coup d'un mandat d'arrêt. Achour Abderrahmane avait réussi à obtenir de la Sûreté nationale un document qui le blanchit des faits qui lui sont reprochés et qu'il a exhibé au Maroc pour se défendre contre son extradition vers l'Algérie. L'enquête judiciaire avait commencé par l'inculpation de trois hauts gradés : l'ex-chef de la sûreté de wilaya de Tipasa, Zouai Hachemi, un de ses commissaires, Hacène Bessai, tous deux accusés d'avoir falsifié le rapport contre Achour Abderrahmane, ainsi que Abdelhamid Sbih, ancien directeur de la clinique des Glycines de la Sûreté nationale, décoré par le défunt Ali Tounsi du grade honorifique de divisionnaire, auquel il est reproché d'avoir remis ce document à Achour Abderrahmane et à l'entourage de l'homme d'affaires. Les deux premiers officiers ont été placés sous mandat de dépôt alors que le troisième sera maintenu sous contrôle judiciaire pendant quelques mois, avant d'obtenir un non-lieu au cours de l'instruction.  Durant l'enquête judiciaire, un témoin, Aziz Driès, avait clairement affirmé avoir été présent lors d'une rencontre, en été 2004, entre Abdelhamid Sbih et Achour Abderrahmane, ce dernier se plaignait de l'enquête ouverte à son encontre par les services de la police judiciaire de Tipasa. Le juge peu convaincu Il déclare avoir vu Achour Abderrahmane remettre une enveloppe blanche de format moyen, dont il ignore le contenu. Lors du premier procès durant lequel Abdelhamid Sbih avait été entendu comme témoin, le tribunal a prononcé l'acquittement pour Hachemi Zouai, une peine de 4 années de prison avec sursis contre Hacène Bessai et 4 autres contre Achour Abderrahmane, assorties d'une amende d'un million de dinars. Hier, la surprise a été créée par l'ancien commissaire Hacène Bessai. «Je n'ai pas d'avocat. Le mien, maître Khaled Bourayou, m'a dit qu'il ne pouvait assurer ma défense», dit-il au juge. Ce dernier s'offusque : «Pourquoi avoir attendu aujourd'hui pour nous dire cela ? Vous auriez dû prendre un autre avocat pour vous défendre...» L'accusé : «Je n'ai pas les moyens pour le faire. J'ai fait appel à Me Bourayou parce qu'il était mon voisin. Cela fait 7 longues années que je suis suspendu de mon poste. Je ne perçois pas de salaire, comment vais-je payer un avocat ?» Le juge ne semble pas convaincu : «C'est maintenant que vous le dites ?», lui lance-t-il. L'accusé : «Je n'ai même pas reçu de convocation. C'est en lisant la presse d'hier (dimanche dernier) que j'ai su que mon procès était programmé. La dernière fois, le procureur de Tizi Ouzou m'avait informé le jour même à 11h. J'ai pris le bus et je suis arrivé vers 15h. Le procès était déjà renvoyé. J'ai informé les policiers et les autorités judiciaires.» Son ancien collègue, Hachemi Zouai, est défendu par Me Dahmani, du barreau de Annaba, alors que Achour Abderrahmane a constitué trois avocats : maîtres Adli, Snoussi et Guettaf. Affaire renvoyée Le juge est embarrassé. Il veut juger l'affaire, mais l'absence d'un avocat pour défendre Bessai le met dans l'embarras. Il demande aux avocats si l'un d'eux accepte d'être désigné d'office. Silence dans la salle. Il a fallu quelques remarques acerbes du magistrat pour qu'une avocate se présente pour se constituer pour le commissaire. «Je serais dans l'obligation de renvoyer le procès parce que même si je vous donne une semaine, nous ne pourrez comprendre le dossier», déclare M. Belkherchi. Me Adli, avocat de Achour Abderrahmane, s'avance : «Ce procès doit être renvoyé. L'arrêt de la Cour suprême comporte une erreur matérielle que le procureur général a reconnue. Les deux accusés sont condamnés définitivement. Ils doivent être ici en tant que témoins seulement.» Le juge : «Ce n'est pas à moi qu'il faut dire cela. Je m'en tiens à l'arrêt de la Cour suprême. C'est le procureur général qui est concerné.» Me  Dahmani : «Monsieur le juge, il y a eu cassation auprès de la Cour suprême du fait du pourvoi de Achour Abderrahmane, puisque le parquet général a été débouté. La décision contre Zouai et Bessai est devenue définitive. Ils ne peuvent être rejugés une seconde fois.» Mais le magistrat précise : «Moi, je me réfère à l'arrêt de renvoi dont le contenu dit le contraire de ce que vous avancez.» Le juge décide de se retirer pour délibérer sur le renvoi ou non de l'affaire. A cet instant, les avocats lui demandent de lever la procédure de prise de corps pour les deux anciens policiers, mais aussi pour... Achour Abderrahmane, qui purge de nombreuses peines de prison (dont la plus importante de 18 ans de prison) dans le cadre de plusieurs poursuites judiciaires. Après une quinzaine de minutes de délibération, le juge décide du renvoi de l'affaire à la prochaine session criminelle et la mise en liberté des deux ex-officiers de police, en refusant la demande introduite au profit de Achour Abderrahmane.  

El Watan

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