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Pénurie de cartes d’identité : SOLUTION EN VUE

D'importantes commandes d'imprimés devraient, sous peu, satisfaire une demande qui explose et mettre fin aux queues et aux trafics 

C'est un secret de polichinelle, le trafic de documents administratifs, notamment de la carte d'identité, des extraits d'état civil, du permis de conduire, des cartes grises de voiture et même des faux diplômes, gangrène l'administration malienne depuis de longues années.

Mais c'est l'octroi et le trafic autour de la carte d'identité qui sont aujourd'hui au centre de toutes les préoccupations. En ces temps d'état d'urgence et de contrôles renforcés, la demande du précieux sésame explose sans que l'offre suive. Ce hiatus est pain béni pour les spéculateurs de tous crins et exacerbe le courroux des demandeurs. Et, dans les faits, le document est plus facile à acquérir auprès d'agents véreux ou d'intermédiaires qui s'appuient sur des relais ayant leurs entrées dans les rouages de l'administration, qu'en suivant les circuits conventionnels.

 

De bonnes adresses. Dans le grand public, la conviction est bien ancrée qu'une rétention sciemment entretenue ces temps-ci serait à l'origine de la pénurie artificielle de cartes d'identité observée dans les commissariats de police. Mme Tounkara Fatima Lalia, rencontrée durant nos investigations, sans le confirmer, regrette les nombreuses difficultés pour se procurer actuellement une carte d'identité. Il faut, selon elle, du courage et de bonnes adresses au sein de la police. Le demandeur doit se réveiller très tôt le matin, avoir des connaissances dans la police ou donner un bakchich au bon endroit pour avoir satisfaction. Sur le montant de ce pot de vin, les avis divergent selon la personne interrogée : il oscillerait entre 5000 et 20.000 Fcfa. Il faut rappeler qu'en temps ordinaire une carte d'identité dûment acquise ne coûte que 1700 Fcfa, en tout et pour tout.

A Bamako, assure pourtant Labass Djiré, le major du commissariat de police du 7ème arrondissement que nous avons rencontré, il n'y a pas de crise de pièces d'identité à la section « carte d'identité » de son commissariat. Par contre, il assure avoir souvent rencontré de faux extraits d'acte de naissance et de faux diplômes. Ce sont, précise-t-il, des Maliens de souche qui prêtent moyennant finances leurs documents d'état-civil à des ressortissant de pays tiers pour se procurer une carte d'identité ou un passeport malien. « Un Ivoirien s'est présenté à nous ce matin avec un extrait d'acte de naissance d'un citoyen malien afin de se procurer une carte d'identité.  Je lui posé des questions et à partir de cette audition je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'un étranger. Et nous l'avons déféré devant les tribunaux compétents pour trafic de document », témoigne Labass Djiré.

Notre situation de pays en guerre contre les narcotrafiquants a influé sur l'accroissement de la demande de cartes d'identité, indique le policier. « Le matin à l'ouverture des bureaux, nous donnons la priorité aux personnes âgées, suivent les fonctionnaires demandeurs de cartes d'identité et le reste est servi par ordre d'arrivée. Chaque jour, notre commissariat délivre ainsi environ 80 cartes d'identité », souligne Labass Djiré. « Un moment, il y avait des intermédiaires au bras long qui demandaient de fortes sommes d'argent à certaines personnes qui voulaient être servies en premier. Depuis que j'ai mis à la disposition de la police judiciaire de mon arrondissement un de ces intermédiaires, les rabatteurs se sont mis à carreau », constate-t-il.

Au commissariat du 10è arrondissement, un agent de police raconte qu'un Camerounais s'est présenté à leurs bureaux avec 200.000 Fcfa proposés pour la confection d'une carte d'identité malienne en son nom afin de se procurer un passeport dans la perspective d'un voyage vers les Etats-Unis. « Nous l'avons interpellé mais il est parvenu à se tirer d'affaire avec l'intercession d'un gradé d'une autre unité », poursuit l'agent qui, comme son collège du 7è, dément toute pénurie de cartes.

Les demandeurs qui courent depuis des semaines derrière cette introuvable carte d'identité entre gendarmerie, commissariat, préfecture et sous-préfecture,  s'étonneront de ces propos rassurants. Il semble, en effet, que la rupture de stocks est avérée. Le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile le général Tiéfing Konaté, interpellé sur la question la semaine dernière à l'Assemblée nationale, avait lui même reconnu à demi-mot la pénurie en expliquant le déficit d'imprimés de cartes d'identité par des arriérés que l'Etat doit à l'imprimeur du document, l'industriel Alou Tomota. Le général Konaté assurait toutefois que l'Etat venait de verser près de 200 millions de Fcfa au fabriquant des cartes pour débloquer la situation.

 

Dotation conséquente. L'inspecteur général de police Alioune Badara Diamouténé, le patron de la police, essaie lui aussi de comprendre le phénomène de rush sur la carte d'identité. Il liste ainsi la période pré-électorale avec des partis politiques qui encouragent leurs partisans à se doter d'une pièce d'identité dans la perspective de la présidentielle et des législatives (au cas où la carte NINA ne verrait pas le jour), les contrôles fréquents liés à la situation d'insécurité, le recrutement dans l'armée. Les déplacés du Nord désireux de regagner le bercail en ont aussi besoin pour franchir les différents postes de contrôle. Ces différents facteurs ont contribué à accroitre le déficit d'imprimés de la carte d'identité et favorisé des trafics dans les lieux de délivrance.

Le niveau de gravité de la situation a incité le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile a tenir vendredi une séance de travail avec les directeurs généraux de la police nationale, de la gendarmerie nationale ainsi que le directeur des finances et du matériel du département, a indiqué Alioune Badara Diamouténé. La rencontre a étudié toutes les possibilités pour circonscrire la crise de cartes d'identité. Ainsi il a été décidé de commander chez le fournisseur, 100 000 cartes d'identité pour le mois de mai, 100 000  autres en juin, 75 000 en juillet, 50 000 en août et enfin 30 000 en septembre, précise le directeur général de la police.

Notre interlocuteur promet que  toute personne qui remplit les conditions, pourra se faire établir une carte. Sous peu, annonce-t-il, les citoyens n'auront plus besoin de faire la queue pour avoir une carte d'identité car d'ici à 2014, le problème aura disparu.

La prolongation de la durée de validité de la carte d'identité peut-elle un impact sur la crise actuelle ? Adama Baradji, le commissaire de police du 10ème arrondissement, suggère à ce propos aux autorités d'étudier l'expérience de certains pays voisins comme le Sénégal et le Burkina Faso où une carte d'identité est valable respectivement 7 et 10 ans.

Dans ce cas, souligne Baradji, il faut que les titulaires des cartes d'identité prennent mieux soin du document et ne le chiffonnent pas n'importe comment. La police, répète-t-il, n'est pas à la base de l'actuelle pénurie des cartes d'identité. En réalité, elle en est aussi victime car le taux d'imprimés alloué à chaque commissariat est insuffisant par rapport à la demande. Mamadou Sanogo dit Badian confirme indirectement cet argument. Il raconte être allé au commissariat du 10ème arrondissement à 3 heures du matin pour se faire faire une carte d'identité. Mais il y avait ce jour-là tant de gens qui faisaient déjà la queue que notre homme s'est déporté vers la gendarmerie où il a fait établir sa carte sans problème majeur. Mais là aussi, il a vu des gens pressés qui proposaient d'eux-mêmes aux gendarmes de l'argent pour ne pas attendre. Quand il leur a fait remarquer que leur attitude contrevenait à la loi, ils lui ont ri au nez en soutenant que ce n'était pas de la corruption mais juste la rétribution d'un petit service qui avait fait gagner du temps au demandeur, et rien d'autre.

La pénurie accentue la corruption mais ne la créée pas. Et même lorsque la pénurie d'imprimés ne sera plus qu'un mauvais souvenir, le trafic se poursuivra suivant d'autres modalités, si les responsables n'y mettent pas le holà.

Abdourhamane TOURE

 

L'essor

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