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Autant le dire… : Perte de l'autorité de l'Etat, à qui cela profite-t-il ?

Si aujourd'hui, on a tendance à faire croire que l'Etat n'a plus d'autorité et que c'est de sa faute à lui seul, ce n'est forcément pas le cas. Car, dans la perte de l'autorité de l'Etat telle qu'elle se présente actuellement, nous sommes tous responsables.

A commencer par la cellule familiale. Autant le dire...nos enfants manquent d'éducation à la base. Si bien que l'école, la société de façon générale n'y peut plus rien. Un ami racontait un jour que lors d'une causerie avec des enseignants, certains d'entre eux ont confessé qu'ils ont peur des enfants.

Alors qu'ils sont sensés les éduquer. On est où, là ? Quand l'enfant ne respecte plus son père, sa mère et ses parents à la maison, quand ils ne lui font plus peur, il ne faut pas lui demander de respecter d'autres personnes, surtout quand il ne les connait pas. Autrement, la première perte de l'autorité parentale, puis de l'Etat, a débuté par là. Qu'on le veuille ou pas. Ensuite, il faut aussi le dire, sous la révolution, tout le système éducatif a tellement été bouleversé que l'école depuis ces années a perdu de toute son autorité. N'est-ce pas en ce moment que les élèves pouvaient appeler leurs maitres ou professeurs « camarade » ? Dans les quartiers devenus secteurs, les Comités de défense de la révolution (CDR), devenus Comités révolutionnaires (CR) sous la Rectification, qui n'étaient très souvent de « petits garçons » avaient réussi par imposer leurs « lois » à tel point que la vraie loi n'avait plus de rigueur. A l'école, l'éducation civique « a foutu le camp » au profit d'une certaine éducation révolutionnaire doctrinale. Ainsi, depuis ces années, on a pensé que l'Etat était très fort, alors qu'en réalité, c'est parce qu'il faisait régner la terreur et que quelque part, les gens « se cherchaient ».

Avec l'avènement de la démocratie, surtout qu'elle est mal comprise, on a pensé que l'heure est venue de dire et de faire ce que chacun veut. En oubliant que la démocratie, c'est l'expression des droits et des devoirs. Quand on y ajoute les mouvements de lutte contre l'impunité qui, très tôt, ont réussi à faire croire que les pouvoirs publics ne punissaient pas assez ceux qu'on indexait comme détourneurs de biens publics, la coupe devenait assez pleine pour que l'Etat ne soit pas assez fort. On peut encore se rappeler de la montée au créneau d'Alidou Ouédraogo, alors président de l'Union interafricaine des droits de l'Homme (UIDH) et du Mouvement burkinabé des droits de l'Homme et des peuples (MBDHP) lorsque de présumés voleurs ou bandits de grands chemins ont été abattus par des forces de sécurité. On revendiquait les droits de ces derniers.

Ce qui est tout à fait normal, mais l'opinion en ce moment, avait-elle bien compris le message que suppose la présomption ? On peut bien en douter puisque certains avaient laissé comprendre tout simplement que des coupeurs de routes ou bandits à mains armées avaient des droits. Comme s'ils avaient le droit de voler et de tuer.

Puis est venue cette crise sociopolitique de 2011 au cours de laquelle, l'Etat dans le but ultime de ne pas conduire le pays au chaos a laissé faire certaines choses : notamment en donnant suite favorable à des revendications qui n'en valaient pas la peine ; en négociant avec des mouvements d'humeur qui ne le méritaient pas ; en s'abstenant de réprimer certains manifestants qui en faisaient trop, etc. Chacun, une fois de plus s'est dit qu'on pouvait faire ce qu'on veut, dire ce qu'on veut, revendiquer ce qu'on veut et comme on veut. La justice ? Oui, on l'a accusée d'être à la solde des plus forts. Malheureusement, elle a un fonctionnement que très peu de Burkinabè comprennent. Si bien que personne ne lui fait véritablement pas confiance. Résultats : les Burkinabè non seulement font ce qu'ils veulent, pire, se rendent justice eux-mêmes. Ainsi, on dit que l'Etat a perdu son autorité. Mais à qui cela profite-t-il, puisque personne n'est à l'abri d'une vengeance populaire ?

Dabaoué Audrianne KANI

L'Express du Faso

Le Faso

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