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Entretien avec Hachemi Ghozali, fondateur du magazine Rukh

Pierre Rabhi en entretien avec le rédacteur adjoint Jean Morizot et le fondateur Hachemi Ghozali

 

Rukh est un jeune magazine dédié aux nouvelles tendances intellectuelles autour du Moyen-Orient, un creuset de réflexions de qualité sur l'évolution des sociétés arabes contemporaines. Son fondateur, Hachemi Ghozali, revient pour La Nouvelle Tribune sur sa création, ses ambitions et ses engagements. 

 

La Nouvelle Tribune : Tout d'abord, pouvez-vous nous expliquer la genèse de ce magazine et en particulier l'origine du nom Rukh ?

 

Hachemi Ghozali : RUKH est un projet de longue date. Depuis 2010, je réfléchissais à la création d’un magazine, qui à l’époque devait porter sur l’afro-politanisme. En 2011, avant de quitter Tokyo à l’époque du tsunami, j’y avais lancé un bulletin économique pour les conglomérats japonais investissant dans le monde arabe. C’est après les révoltes populaires que j’ai senti l’opportunité et le besoin d’une nouvelle tribune. Avec une équipe de créatifss, nous avons réfléchi des mois durant. Le souhait était de cristalliser l’esprit d’une génération et d’une époque, et de rendre le monde arabe et ses partenaires fiers de ce qu’ils accomplissent au quotidien et de ce qu’ils pourraient faire. Le « Rukh » est le ph½nix des Mille et Une Nuits. C’est un oiseau mythologique, symbole de renaissance et gardien de l’arbre de la connaissance ; nous l’avons utilisé comme symbole...

 

Vous avez choisi de mettre en avant des contributions très variées sur le Moyen-Orient, quel est votre fil conducteur ? 

 

RUKH est à l’image de ses lecteurs : engagé, audacieux, provocateur, voyageur...pour reprendre le nom de ses chapitres. Nous rêvons à un laboratoire d’idées : oui, dans une seule et même revue, on peut trouver de la mode pointue, des articles universitaires et de la bande dessinée en noir et blanc. On y donne la parole à des israéliens arabes, à des asiatiques... Nous ne considérons pas RUKH comme une tribune politique, mais comme un forum qui fédère. D’abord les Maghrébins, car moi-même algéro-tunisien ayant grandi au Maroc, j’estime qu’il y a beaucoup à faire pour l’union entre ces trois pays. Ensuite un pont à bâtir entre LES mondes arabes, de Rabat à Doha, qui ne partagent souvent qu’une langue...

 

 

La région connaît des transformations profondes depuis le début des Printemps arabes, quels sont les impacts et évolutions que vous décelez sur les modes de pensée ?  

Pour embrayer sur ma réponse précédente, les révoltes populaires ont mis à nu le fossé qui existe entre certaines régions du monde arabe. Certains interlocuteurs émiratis ou algériens vont s’estimer étrangers à ces printemps car ils n’ont pas les mêmes défis à court terme, mais ce n’est pas mécanique. C’est à moyen terme et long terme que les Arabes, et quand je dis Arabes j’inclus l’assimilationnisme et toutes les confessions religieuses, vont prendre conscience qu’ils tendent vers un même but. Quelles évolutions? D’abord la crise religieuse me semble être un faux débat. Oui, Alexis de Tocqueville disait au 19ème siècle que l’influence de l’islam sur la morale des peuples d’Orient est trop certaine pour qu’on ne doive point lui attribuer leur grandeur ou décadence, mais le monde arabe a toujours vécu en bonne intelligence depuis des siècles avec ses voisins sur des problématiques religieuses. Le défi immédiat est plus socio-économique et culturel, et c’est notre rôle de l’expliquer.

Ma propre mère a été éduquée par des bonnes s½urs dans la Tunisie des années 1960. C’est ce genre d’histoires que je veux raconter à nos lecteurs.

 

couvrukh

 Comment abordez-vous les particularités culturelles, sociales et politiques des différentes composantes des sociétés moyen-orientales ?

 

Il faut garder en tête que nous n’aspirons pas du tout à une uniformisation du monde arabe. Qui dit mondialisation, ne dit pas grégarisme, mais partage...Nous n’allons pas cravacher pour trouver à tout prix un créateur à Alger ou un diplomate en Arabie Saoudite à interviewer, nous jouons sur les qualités et les défis de chaque région. Comme l’Europe, le monde arabe est une mosaïque particulière, on voit que la littérature est de qualité en Algérie, les peintres de talent foisonnent au Maroc, et la haute couture a de grands ambassadeurs au Liban comme Elie Saab et Rabih Kayrouz.

Bien sûr, nous voulons favoriser le développement de la culture dans chaque pays. Mais autre chose : qui dit progrès, ne dit pas forcément développement. C’est pourquoi RUKH navigue dans le passé pour voir ce qu’il a à nous offrir, et imagine dans la rubrique Visionnaire des projets à la limite de la science-fiction, qui, même s’ils ne verront jamais le jour, donnent à penser sur ce qui ne va pas dans la région.

 

Y a-t-il des tendances transversales qui dépassent ces clivages ?

 

Le problème du monde arabe, c’est qu’il se vend mal. Il suffit de voir comment on en traite les thématiques dans les médias pour s’en rendre compte. Il y a aussi des passifs entre les nations. Et cela touche les Arabes eux-mêmes qui ont une certaine réserve vis-à-vis de leurs voisins, alors qu’ils peuvent éprouver de l’admiration pour des cultures comme l’Amérique ou le Japon.

Les milliers de jeunes qui crient “visa!” à chaque visite de Président étranger en témoignent...

 

harakat

 RUKH invite tous types de contributeurs à partager leur vision du monde arabe : ici, les créatrices maroco-libanaises Nisrine et Sara Harakat entourent le réalisateur Rachid Dhibou (Hallal, Police d’Etat), l’Ambassadeur de France en Jordanie Denis Bauchard, et l’agro-écologiste algérien Pierre Rabhi.

Je suis convaincu que le voyage, l’échange culturel, peuvent être une voie transversale pour outrepasser ces clivages entre les peuples maghrébins et moyen-orientaux. Quand on est une Tunisienne qui a vécu trois ans au Caire, ou un Marocain né à Oran, forcément cela impacte la mentalité.

Quel regard portez-vous sur « l'exception marocaine » dans ce contexte ?

 

Le Maroc est un pays à part, bien sûr. J’y ai passé mon enfance et y retourne régulièrement. J’avoue que ce n’est que récemment que j’ai intégré sentimentalement et intellectuellement la particularité marocaine. Une nation ouverte vers l’Atlantique, qui a un gros héritage subsaharien dont nous parlerons pour des thématiques religieuses. C’est aussi une monarchie, qui n’a pas été occupée par les Ottomans, en ce sens le Maroc est très différent de la Tunisie et de l’Algérie qui ont un côté plus latin et méditerranéen. Ses défis sociaux sont aussi très différents. Mais n’est-ce pas une chance d’avoir une telle variété dans notre région?

 

 

Propos recueillis par Zouhair Yata

 

 

La Nouvelle Tribune

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