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Le Nil à Khartoum, au Soudan. REUTERS/Str New
Le Nil à Khartoum, au Soudan. REUTERS/Str New

Tensions dans le bassin du Nil

L'Egypte et l'Ethiopie sont à couteaux tirés. La cause de leur différend: l'eau. Le terrain de leur conflit: le bassin du Nil.

L'Ethiopie, le Kenya, l'Ouganda, le Burundi, le Rwanda et la Tanzanie sont depuis 2010 signataires d'un nouveau traité du partage des eaux du Nil. Ce texte remet en cause un précédent traité qui datait de 1929, élaboré par la Grande-Bretagne au nom de ses colonies arrosées par le fleuve et amendé en 1959 par l'Egypte et le Soudan.

Ce premier traité de partage accordait la part du lion à l'Egypte et au Soudan, qui à eux seuls jouissaient d'environ 90% des eaux du Nil. L'Egypte disposait également d'un droit de veto pour s'opposer à tout projet sur le fleuve. Le nouveau texte signé par les six pays contestataires renie complètement le précédent, supprime le droit de veto égyptien et surtout ne définit aucun quota d'accès à l'eau.

Pour enfoncer le clou, l'Ethiopie a lancé début avril 2011 le chantier de son Grand barrage du Millénaire. Il se situera dans l'Etat du Benshangdul Oumuz, à 40 km de la frontière soudanaise. Le Millenium dam devrait être prêt pour 2014. Il produirait plus de 5.000 mégawatts, retiendrait près de 63 milliards de m3 d'eau et deviendrait le premier barrage d'Afrique.

Les craintes de l'Egypte

Il n'en fallait pas plus à l'Egypte pour avoir des sueurs froides et se lancer dans une croisade sur le Nil. Le gouvernement de Moubarak avait déjà confié que «la création d'un système remettant en cause le quota des eaux du Nil constituerait une menace mortelle». Avec une population de plus de 70 millions d'habitants, l'Egypte redoute des pénuries d'eau d'ici à 2017.

Elle s'est donc lancée dans une grande tournée des Etats du bassin du Nil pour les faire changer d'avis. L'Egypte a aussi demandé à l'Ethiopie l'autorisation de mener des études d'impact du barrage. En vain. Elle a donc fini par refuser d'apporter le moindre soutien financier au projet. L'Ethiopie devra assumer seule les 80 milliards de birrs (environ 4 milliards d'euros) que devrait coûter le chantier.

Entre les deux pays, le torchon brûle. A l'inauguration du chantier, le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, a manifesté sa déception:

«Compte tenu des bienfaits qu'apportera le barrage du Millénaire à l'Egypte et au Soudan, ils auraient dû participer à hauteur de 20% aux frais de construction.»

«C'est un projet gagnant-gagnant pour tout le monde, a ajouté quelques semaines plus tard Hailermariam Dessalegn, ministre des Affaires étrangères éthiopien. En régulant les flots, le barrage permettra de limiter la sécheresse et les inondations. Il facilitera aussi la navigation sur le Nil. Nous sommes un pays indépendant prêt à coopérer, mais il n'y a pas de raison que l'Egypte mène des études unilatéralement.»

Le tournant de la révolution égyptienne

Depuis le changement de régime après la chute d'Hosni Moubarak, l'Egypte opte pour une autre stratégie et tente un rapprochement diplomatique. Le Premier ministre, Essam Abdulaziz Shariff, a effectué une nouvelle tournée des pays du bassin du Nil. Après l'Ouganda, il s'est arrêté en Ethiopie.

«Les deux pays vont instaurer de nouveaux rapports, non seulement en ce qui concerne l'eau mais aussi d'autres sujets de coopération», affirme un diplomate égyptien. L'Egypte et l'Ethiopie ont donc convenu de la mise en place d'une commission bilatérale qui gérerait tous les projets concernant le Nil.

«C'est un bon début, confirme Dina Mufti, porte-parole du ministère des Affaires étrangères éthiopien. Il faut voir où cela nous mène mais c'est un grand changement.»

Pas un mot néanmoins sur le barrage du Millénaire. Désespérée, l'Egypte semble changer d'attitude et tenter une approche plus subtile que la confrontation. Mais elle a longtemps négligé ses relations diplomatiques avec l'Afrique subsaharienne et en paie le prix. Aujourd'hui, d'autres Etats sont bien plus influents que l'Egypte en Afrique de l'Est, comme la Chine. Israël soutient également plusieurs projets de barrage en Ethiopie et en Ouganda, en espérant un jour accéder aux eaux du Nil.

Gaëlle Laleix

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Le peuple Omo sacrifié pour un barrage éthiopien

 

Gaëlle Laleix

Gaëlle Laleix. Journaliste française. Spécialiste de l'Afrique. Installée à Addis Abeba.

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