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Le président ougandais menace les médias

Dans une lettre publiée le 17 mai 2011 dans le quotidien d’Etat New Vision, le président ougandais Yoweri Museveni a fermement condamné les médias pour leur couverture des manifestations qui secouent le pays depuis le lendemain de sa réélection, le 27 février dernier.

«Les médias locaux et internationaux tels qu'Al-Jazeera, la BBC, le Daily Monitor ou NTV qui portent aux nues ces gens irresponsables sont les ennemis du rétablissement du pays et ils seront traités en tant que tels. Pourquoi ne rendent-ils pas compte également des effets négatifs [des manifestations]?», écrit-il.

Il a également marqué son soutien à l’action des forces de police qui n’ont eu de cesse de réprimer, parfois dans la violence, les protestations:

«Ceux pour qui les manifestations "walk-to-work" étaient inoffensives avaient tort. La police a eu raison d’entraver ces mouvements […] Certes, la police a commis des erreurs […] Mais le problème initial est l’irresponsabilité des groupes d’opposition.»

Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 25 ans, a prêté serment la semaine dernière pour son quatrième mandat présidentiel, alors que des milliers d’opposants saluaient avec ferveur le retour au pays de leur leader Kizza Besigye. Celui-ci revenait en effet d’un séjour au Kenya, où il était soigné après avoir été blessé par les forces de l’ordre lors d’une de ces manifestations.

Plus inquiétantes encore que les propos du Président, les déclarations que la ministre de l’Information, Kabakumba Masiko, a tenu à la BBC, affirmant qu’elle ferait amender une nouvelle loi contre les journalistes considérés comme des «ennemis de l’Etat»:

«Si vous regardez la manière dont les médias ont traité ce qui se passe actuellement dans notre pays, vous vous rendrez compte qu’ils incitent les gens et essaient de montrer que l’Ouganda est impossible à gouverner et s’embrase comme si l’Etat était prêt à s’effondrer.»

Le mois dernier, Museveni avait clamé son intention de faire passer une loi refusant la libération sous caution des personnes arrêtées pour avoir participé à des émeutes, ou «saboté l'économie».

Pour Tom Rhodes, du Committee for the Protection of Journalists, les journalistes courent un véritable danger. En effet, les professionnels des médias connaissent de nombreuses difficultés à effectuer leur travail et la répression policière qui cible les manifestants ne les épargne pas, ainsi que le montre l’agression par des soldats de dix journalistes qui couvraient le retour de Kizza Besigye au pays le 12 mai 2011.

Lu sur Daily Monitor, BBC, New Vision Online