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009_9 (2) by Sara&Joachim via Flickr CC
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Bénin, une démocratie qui marche

Terre promise du «laboratoire de la démocratie en Afrique» depuis les années 90, le Bénin fait figure de modèle pour la stabilité de son régime.

Les Béninois se rendront aux urnes le 27 février prochain : pour la cinquième fois consécutive ils éliront leur président de la République. Depuis 1991, le pays a déjà connu quatre élections présidentielles et trois alternances au pouvoir sans hiatus, en l’occurrence en 1991, 1996 et 2006.

Pourtant, à toutes ces échéances électorales, la Commission électorale nationale autonome (CENA) n’a jamais fait usage d’une liste électorale informatisée. La confection de la Liste électorale informatisée (LEPI) étant encore en cours, sur fond de vives polémiques entre le régime du président Boni Yayi et l’opposition quant à la transparence du recensement des électeurs.

La fin du «laxisme-béninisme»

En dépit de quelques fraudes souvent enregistrées, des dons et libéralités destinés à acheter la conscience des électeurs, les institutions de la République, notamment la CENA, la Cour constitutionnelle, et la Cour suprême qui ont voix au chapitre en matière électorale, ont toujours su transcender les considérations sociopolitiques partisanes pour cerner les enjeux. Et les prétendants à la magistrature suprême se sont toujours pliés aux décisions de la Cour constitutionnelle qui ne sont, du reste, susceptibles d’aucun recours.

Il en est ainsi des autres institutions concernant les élections municipales et législatives. Toutes choses qui font du Bénin un havre de paix et de stabilité depuis la fin du régime marxiste-léniniste en 1989 que les Béninois avaient baptisé, non sans humour, le «laxisme-béninisme».

Une transition réussie vers le multipartisme

Le Bénin peut être considéré, à juste raison et toutes proportions gardées, comme une démocratie qui marche en Afrique. L’ancien «Quartier latin de l’Afrique» du fait de la qualité de ses ressources humaines du temps de la colonisation, l’«enfant malade de l’Afrique» à cause de la kyrielle de coups d’Etat qu’il a connus et de sa sombre période marxiste-léniniste qui a duré 17 ans, a en effet eu l’ingéniosité d’organiser en 1990 la première Conférence nationale souveraine en Afrique, au plus fort de la crise sociopolitique qui sévissait dans le pays.

Grâce à cette conférence des forces vives de la nation qui a rassemblé à Cotonou, la capitale économique du Bénin, près d’un millier de représentants de toutes les composantes de la nation du 19 au 28 février 1990, il est passé sans effusion de sang du Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB), parti unique sous le régime dictatorial du général Mathieu Kérékou, à un régime démocratique multipartite, au moyen d’une transition démocratique et pacifique.

Du coup, le Bénin est devenu le «laboratoire de la démocratie en Afrique», et l’expérience béninoise a fait école au Togo, au Burkina, au Niger, au Mali, au Congo, en République démocratique du Congo, au Tchad, en Centrafrique, au Gabon…

Même si les Béninois n’arrêtent jamais de se plaindre de leurs institutions —le pays a d’ailleurs la palme d’or de la fronde depuis le temps de la colonisation française—, elles tiennent encore bon à ce jour. Ces institutions se fondent en effet sur les grands principes de la Constitution du 11 décembre 1990.

Outre la démocratie et le multipartisme, la liberté d’expression et de presse, et le respect des libertés individuelles et collectives, la Constitution donne le droit à tout citoyen béninois d’origine étrangère de se présenter à l’élection présidentielle. Pour obtenir cette citoyenneté, il suffit de résider pendant dix ans dans le pays et d’en faire la demande. Les deux premières présidentes de la Cour constitutionnelle du Bénin, Mmes Elizabeth Pognon et Conceptia Ouinsou, sont d’ailleurs d’origine togolaise et haïtienne respectivement.

La presse et la société civile en scène

Aujourd’hui au Bénin, on compte cinquante quotidiens officiellement reconnus par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) et une panoplie de périodiques, toutes tendances confondues. La presse, qui a joué un rôle d’avant-garde —en lieu et place de l’opposition interdite et en exil— dans les mutations pro-démocratiques de la fin des années 80, est totalement libre. Sauf qu’elle est entravée par les dures réalités économiques qui restreignent un peu sa liberté.

A cette vivacité de la démocratie béninoise, il convient d’ajouter le dynamisme de la société civile, très active et vigilante sur les questions de respect de la Constitution et des principes démocratiques. Laquelle société civile veille sur les agissements de la classe politique comme de l’huile sur le feu.

La présidentielle de mars prochain qui promet d’être très disputée, et qui mettra aux prises, entre autres, les trois grosses pointure actuelles de l’arène politique nationale, en l’occurrence le président sortant Boni Yayi, son rival et candidat malheureux de 2006 Maître Adrien Houngbédji, et Abdoulaye Bio Tchané, sera une élection-test pour confirmer ou infirmer l’ancrage et le bon fonctionnement de la démocratie béninoise. Mais surtout si le Bénin mérite bien encore d’être considéré comme le laboratoire de la démocratie en Afrique.

En tout cas, si en matière de démocratie on peut dire que tous les pays sont en voie de développement —y compris les pays développés—, il n’en demeure pas moins qu’on ne saurait tolérer des entraves à ce progrès de la démocratie en Afrique en particulier. Reste aux institutions de la République et aux acteurs politiques ainsi qu’aux citoyens à jouer pleinement le rôle qui leur incombe, et cela dans les règles de l’art.

Serge Félix N'Piénikoua

Serge Félix N'Piénikoua

Journaliste béninois, il collabore régulièrement avec Le Bénin Aujourd'hui, hebdomadaire de Cotonou.

Ses derniers articles: La Côte d'Ivoire a besoin de vérité  Goodluck Jonathan, Monsieur Bonne Chance  Bénin, une démocratie qui marche 

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