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Jbel Châambi, pour redorer le blason d’Ennahdha

Par Fatma Benmosbah
Qui se trouve derrière les événements du Jbel Châambi ? Une question à laquelle il faudra attendre longtemps encore pour obtenir une réponse claire et nette avec noms et preuves à l'appui.
L'Histoire de la Tunisie post révolution nous a quand même appris à écouter, observer, établir des liens entre des faits et tirer des conclusions qui, si elles ne sont pas la vérité totale , s'en rapprochent sûrement.

Partis islamistes, des missions bien précises ?
Tout a commencé avec le détournement des 'Révolutions' du printemps arabe par les Frères Musulmans, détournement orchestré par les Etats-Unis, l'Europe, Israël, la Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite.
En Egypte, il n'est plus un secret pour personne que les résultats des élections ont été changés en dernière minute pour placer le cheval d'Israël et des Etats- Unis en tête de liste.
En Tunisie, avant même les élections, le retour en grandes pompes de R. Ghannouchi s'était fait selon la même mise en scène que celle du retour de Khomeiny de Neauphle-Le-Château. Mais contrairement à Khomeiny qui, après avoir profité de l'appui de l'Occident pour prendre le pouvoir ( dans le but d'empêcher le parti communiste Toudeh et les forces progressistes iraniennes de réussir ), s'est retourné contre les Etats-Unis ( devenu le grand Satan ) et Israël, R. Ghannouchi a fait allégeance totale à ces deux derniers.
L'argent qatari coulant à flots dans les caisses du parti Ennahdha, il ne lui a pas été difficile de gagner les élections d'octobre 2011. L'appui financier des pays du Golfe et celui politique de l'Occident, laissent penser que parmi les missions dont a été investi le parti Ennahdha, les plus importantes sont :
a- Empêcher la démocratie de s'installer en Tunisie au risque de la voir devenir un exemple pour les autres pays arabes et musulmans écrasés par des dictatures rétrogrades et obscurantistes. En utilisant les Ligues de la protection de la Révolution pour terroriser la population, empêcher les meetings, créer une atmosphère d'insécurité, le parti au pouvoir se trouve le prétexte idéal du climat d'insécurité pour, comme l'a annoncé Samir Dilou, empêcher la tenue des élections. En pareille situation, il est certain que la Démocratie a encore beaucoup de chemin à faire pour s'installer.
b- Se ranger du coté de l'Occident et la ligue des Etats arabes dans la guerre contre la Syrie, en faisant de la Tunisie un vivier de jihadistes et de terroristes envoyés pour prêter main forte aux autres mercenaires venus des quatre coins du monde semer la terreur et la mort en Syrie. On parle de plus de 500 mosquées aujourd'hui occupées par des imams salafistes qui appellent au Jihad en Syrie sans que le gouvernement ne prenne de mesures fermes pour les en empêcher.
Qui sont ces 2000 Salafistes Jihadistes tunisiens dénombrés en Syrie ?

Nahdhaouis et Salafistes, si ce n'est toi c'est donc ton frère
Dès l'arrivée au pouvoir d'Ennahdha, les Tunisiens ont eu, chaque jour droit à un coup d'éclat de la mouvance Salafiste. Malgré une demande pressante de l'opinion publique d'y mettre fin, le gouvernement a continué à faire preuve d'un laxisme et d'une clémence tels à leur égard qu'il y a presque unanimité autour de la conviction que les Salafistes sont le bras armé d'Ennahdha. Les déclarations de R. Ghannouchi les décrivant comme ses enfants, ceux qui lui rappelaient sa jeunesse et, cerise sur le gâteau, la vidéo le montrant en train de discuter avec leurs chefs et leur prodiguer ses conseils pour arriver à établir un régime théocratique, ont fini par conforter les doutes des uns et des autres.
Jusque là, la machine qui semblait bien huilée, a continué à tourner sans problèmes. Mais, contrairement aux prévisions établies, la Syrie n'a pas ressemblé à la Tunisie, à l'Egypte, au Yémen et encore moins à la Libye. Depuis deux ans d'une guerre sans merci, les plus gros moyens financiers mis à la disposition des plus gros contingents de mercenaires et de terroristes mondiaux appuyés par les pays occidentaux les plus puissants pour commettre les plus horribles des atrocités n'ont pas abouti au renversement du régime. Il est là, bien en place, soutenu par son armée et sa population, les rênes du pouvoir bien tenues entre ses mains.
La réalité sur le terrain syrien a obligé aujourd'hui l'Occident aveugle de se sortir de sa cécité et de se rendre à l'évidence. On ne parle plus du départ de Assad mais de solutions politiques et de dialogue entre le régime et l'opposition.
Concernant les mercenaires venus de toutes parts, le verdict est tombé net comme un couperet. Après avoir été le fer de lance de cette bataille, les mouvements jihadistes sont dorénavant classés terroristes. Leur sort est maintenant scellé : soit la mort sur le terrain soit l'emprisonnement dès leur retour au pays.

Jbel Châambi, le scénario salvateur
Maintenant que la guerre touche à sa fin et que l'on se dirige vers une solution politique dans laquelle le grand vainqueur sera le régime syrien, comment le parti Ennahdha va-t-il redorer son blason auprès d'une opinion convaincue de son implication dans la guerre contre la Syrie et de son soutien sans failles aux soi-disant 'rebelles syriens' ? Comment va-t-il justifier son étroitesse de vue et sa mauvaise grille de lecture géopolitique ? Comment va-t-il justifier sa complète adhésion aux mensonges sionisto-atlantistes pour en finir avec la cause palestinienne et les parties qui la soutiennent ? Comment va-t-il effacer l'image qu'il véhicule d'un parti fasciste, rétrograde et belliqueux et se refaire une image de parti démocrate, moderne et pacifiste ? Comment va-t-il justifier les procès qui vont s'ouvrir à l'encontre des salafistes jidhadistes à leur retour alors qu'ils sont partis si ce n'est avec son appui, c'est du moins avec son accord tacite ?
Sur fond de questionnements sur la gestion de cette nouvelle donne, les évènements du Jebel Chaambi tombent à point. Des mines posées un peu partout sur les champs du Jebel, des forces de l'ordre qui en font les frais, un gouvernement qui commence par les empêcher d'intervenir, le temps que toute l'opinion soit bien montée contre les ''terroristes'', puis l'intervention très médiatisée de R. Ghannouchi qui, reprenant les idées de Bourguiba qu'il déteste tant à son compte, condamne toute forme de jihadisme si ce n'est celle contre le sous-développement, et voilà le parti convaincu de caracoler en tête du peloton des combattants contre l'obscurantisme et le terrorisme. Répondant aux propos de R. Ghannouchi , M. Caïd Essebsi a déclaré que 'celui qui prétend que les évènements de Jebel Chaambi ne sont pas si graves, ne sait pas ce qui se passe et ne sait pas ce qu'il dit '. Nous serions plutôt enclins à préciser 'il sait ce qui se passe et sait pourquoi il dit ce qu'il dit '.
Le mouvement islamiste Ennahdha réussira-t-il à se refaire une virginité ? Aux réponses de l'opposition, des faiseurs d'opinion sur les médias et du public des réseaux sociaux, rien n'est moins sûr. Entre le ballet incessant des charlatans prédicateurs, entre les appels des forces de l'ordre pour la levée de la mainmise de ce mouvement sur leur ministère, entre l'investissement des points névralgiques du tourisme par les Salafistes, entre l'échéance électorale tous les jours reportée, entre une Constitution continuellement falsifiée, entre une économie au plus bas, entre une sécurité de plus en plus mal assurée … La bataille va être très rude.

Il ne faut cependant pas tirer de conclusions hâtives. Ennahdha a encore plus d'un tour dans son sac. Lors de sa visite à Washington fin avril, l'Emir du Qatar s'est vu retirer le dossier de l'opposition syrienne qui a été remis entre les mains de l'Arabie saoudite. Qu'à cela ne tienne, l'opportunisme nahdhaoui est toujours de mise. Alors qu'importe si, faute d'avoir livré la marchandise promise aux Occidentaux, il prenait l'envie au protecteur qatari de couper les vivres à son allié, son aile salafiste ira chercher les financements nécessaires à sa survie et à sa campagne électorale chez les amis Saoudiens. Chourou et Ellouze seront toujours là pour assurer le service d'accueil des prédicateurs saoudiens entrant sur le territoire tunisien, chargés de valises au contenu douteux.

Par Fatma Benmosbah le 11 mai 2013

Tunisie Focus

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