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Le dernier voyage du Probo Koala

Probo Koala. En Côte d’Ivoire, son nom est maudit. En août 2006 à Abidjan, ce navire utilisé par la multinationale Trafigura avait fait déverser dans la ville des déchets contenant de l’hydrogène sulfuré et du mercaptan, semant la mort et la panique. Officiellement, 17 personnes ont été tuées et plus de 100.000 intoxiquées. A présent, vendu à un démolisseur pour 7,7 millions de dollars (5,39 millions d'euros), le navire Probo Koala va effectuer son dernier voyage. Destination finale: les vases de Chittagong au Bangladesh.

«Le bateau de la mort en route pour le cimetière», rapporte l’association Robin des Bois, qui suit de près l'affaire.

«Le Probo Koala est le symbole de l’exportation de déchets dangereux vers des pays qui ne disposent pas des moyens adaptés à leur traitement», souligne cette organisation de protection de l'environnement dans son dernier communiqué.

Au Bangladesh, les ouvriers chargés de la démolition du navire seront à leur tour exposés aux risques d'intoxication. Trafigura se servait du Probo Koala pour produire de l’essence de basse qualité à partir de produits pétroliers soufrés. A Abidjan, la multinationale s’est débarrassée des résidus toxiques.

«Il reste encore en Côte d’Ivoire 2.000 à 3.000 tonnes de déchets stockés en plein air dans des sacs qui s’éventrent, protégés des incursions directes par des clôtures précaires», rappelle Robin des Bois, qui plaide pour le rapatriement des déchets en Europe.

Et pour cause: avant d'arriver en Afrique, le Probo Koala avait été refusé dans des ports aux Pays-Bas et en Estonie. En dépit des plaintes auprès de la Commission européenne des associations Sherpa et Robin des Bois, la responsabilité de ces deux pays européens n'a jamais été reconnue.

En Côte d’Ivoire, le traumatisme est toujours présent —d’autant plus qu'il reste des zones d'ombre dans le procès qui s'y est déroulé. Or il s’agit d’un des dossiers judiciaires majeurs auxquelles les nouvelles autorités devront apporter des réponses claires, «afin que les Ivoiriens sachent définitivement ce qui s’est passé et pour que leurs vrais auteurs répondent de leurs actes», souligne Fraternité Matin d'Abidjan.

Deux personnes ont été condamnées à 20 et 5 ans de prison par une cour d’assises. Mais la non comparution du capitaine N’Zi Kablan, représentant local de la société Trafigura, fait scandale.

«La cour d’assises adopte une attitude qui n’est pas favorable à la manifestation de la vérité. Pour la simple raison que cette cour ne veut prendre aucune initiative visant à faire comparaître N’Zi Kablan», s’était indigné Ouattara Aboubacar Mavin, le président de l’Union des victimes des déchets toxiques d’Abidjan et banlieues (Uvdtab).

De plus, beaucoup de victimes ont été spoliées des indemnisations dues et leurs plaintes auprès des autorités ivoiriennes sont restées sans suite. Cent milliards de francs CFA (152 millions d'euros) ont été déboursés par Trafigura à l’Etat ivoirien. Mais selon Koffi Hanon Charles, président du Réseau national pour la défense des victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire, la répartition prévue de cette somme a fait l’objet de divers détournements en raison de la «cupidité et la mauvaise foi des membres de la cellule présidentielle mise en place à cet effet».  

Lu sur Robin des Bois, Fraternité Matin