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ماكدونالدز - marrakech mcdonalds, by austinevan via Flickr CC
ماكدونالدز - marrakech mcdonalds, by austinevan via Flickr CC

Comment McDo reconnaît-il les non-musulmans?

Au Maroc, pendant le ramadan, les fast-foods aux enseignes internationales comme McDonald’s, Pizza Hut ou KFC restent ouverts la journée. Ils ne servent qu’aux «non-musulmans».

- Bonjour, je voudrais un menu Royal Cheese avec Coca et un sundae caramel s’il vous plaît.

- Ce sera tout monsieur? Sur place ou à emporter?

Jusqu’ici, dans un McDo de Rabat, cet échange entre un client et une serveuse de la franchise américaine de fast-food installée au Maroc depuis 1992 est pour le moins banal. Rien pour l’instant n’indique que nous sommes en terre musulmane et que la scène se déroule en pleine journée de ramadan.

- Sur place s’il vous plaît.

- Euh, monsieur, êtes-vous musulman?

- Comment?

- Oui, pouvez-vous me montrer votre carte d’identité nationale?

- Pourquoi donc?

- Et bien pour savoir si vous êtes musulman ou pas; nous ne servons que les non-musulmans, sinon, ce sera uniquement à emporter.

De grandes affiches placardées à l’entrée des McDo sont d’ailleurs là pour le rappeler.

Voilà donc la parade surréaliste qu’ont trouvée les restaurateurs pour servir ou non certains clients. Ils se transforment en agent d’autorité qui peuvent exiger des papiers d’identité, et pire, s’érigent en gardiens de la foi musulmane, à l’image des escadrons de la morale chez les Mollahs d’Iran.

La foi verrouillée à la naissance

Ils justifient leur action en application de l’article 222 du code pénal marocain, qui stipule que «tout individu notoirement connu pour son appartenance à l’Islam qui rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le Ramadan est passible de un à six mois d’emprisonnement et d’une amende».

Pourtant, au Maroc, il n’existe pas de papiers d’identités confessionnels. Les serveurs du McDo interprètent alors à leur guise ce qui est inscrit sur la carte d’identité, le passeport, voire le permis de conduire. Si le ou la client(e) se prénomme Mohamed ou Fatima, ce sera le refus de servir.

Mohamed ou Fatima sont de ce fait «notoirement reconnus musulmans», qu’ils soient athées ou qu’ils aient embrassé une autre religion. Le choix confessionnel des Marocains est ainsi verrouillé à la naissance, c’est-à-dire de naître forcément musulman et de le rester —à défaut d’être juif. D’ailleurs, renier sa foi musulmane est considéré comme un acte d’apostasie punie pénalement par la loi.

Et même pour les juifs marocains, les choses ne sont pas si simples. Le restaurateur ou le vendeur d’un débit d’alcool ne prend généralement pas la peine de déchiffrer la foi du client par son prénom. Seule la nationalité justifie l’interdit, à moins de produire une carte de séjour pour les résidents étrangers ou un passeport pour les touristes. Les binationaux et les étrangers ayant la nationalité d’un pays arabe ou connu pour être musulman font face aux mêmes tracasseries.

Le diktat du «regard d’autrui»

Lors d’un talk-show de la radio casablancaise privée Atlantic, une juriste a doctement expliqué que l’article 222 du code pénal est non seulement en harmonie avec la nouvelle Constitution marocaine qui réaffirme que l’islam est la religion d’Etat (on l’avait compris), mais que cette loi est «avant-gardiste car elle prévoit des exceptions» (!).

Cette femme de loi —qui rappelle avec emphase que la loi n’interdit pas de manger en cachette (encore heureux)— en veut pour preuve qu’en plus des mineurs qui ne sont pas en âge de procréer, seules les personnes malades et les femmes menstrues peuvent rompre le jeûne en public.

Faut-il alors être contraint de prouver en tant que mineur son incapacité à procréer (on se demande bien comment), produire un certificat médical ou faire état de son cycle menstruel à la caisse des McDo?

Non, car il est «préférable que ces personnes mangent loin du regard d’autrui», précise la juriste, qui sort des clous de la loi pour livrer sa propre exégèse théologique reprenant l’antienne qui veut que manger en public est choquant pour ceux qui observent le ramadan.

Ce sera donc encore une fois «à emporter», pour éviter la fitna, ce désordre social, destructeur des bonnes mœurs, de la morale et de la foi si craint des fidèles.

La laïcité n’est-elle pas la mère de tous les vices et de la dépravation venus d’Occident, pour les islamistes, les conservateurs, mais aussi l’Etat, qui campe sur cette «constante de la nation» qu’est l’islam pour régir la vie sociale et politique du royaume?

Mais alors, des chrétiens attablés au McDo ne sont-ils pas susceptibles de choquer eux aussi les musulmans? A cela, point de réponse, si ce n’est d’avouer que le Maroc navigue en pleine schizophrénie entre ouverture sur le monde et repli identitaire et religieux.

Ali Amar

 

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Ali Amar

Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

Ses derniers articles: Patrick Ramaël, ce juge qui agace la Françafrique  Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey  Maroc: Le «jour du disparu», une fausse bonne idée 

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