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Sahara occidental : Vers la reconnaissance de la RASD ?

Par Ridha Ben Kacem

Ce qui était, jusque-là, tabou, du temps de Ben Ali, est devenu possible, grâce au rapprochement entre le Croissant-Rouge tunisien et son homologue algérien. Le soutien, au peuple du Sahara occidental, traité, prudemment, de la part des officiels tunisiens, du temps du dictateur déchu, vient de connaître un bond, et pas des moindres, si nous tenons compte de l'impartialité tactique des gouvernants tunisiens à l'égard de la cause du peuple sahraoui, et de la nature des relations, plutôt exemplaires, avec le Maroc. Mercredi, 8 mai, à Souk Ahras, une délégation tunisienne, composée de plusieurs militants du Croissant-Rouge tunisien, a fait escale au chef-lieu de la wilaya de Souk Ahras, avant de prendre la route, à destination des camps des réfugiés sahraouis, dans la banlieue de Tindouf, au sud ouest de l'Algérie.

La délégation du croissant rouge tunisien, faisant partie d'une caravane humanitaire, a été reçue, dans une ambiance festive, par les responsables locaux algériens. Des quantités importantes de médicaments, de couvertures, de produits alimentaires, d'effets vestimentaires, de tentes, seront acheminées, par le croissant rouge tunisien, vers le Sahara occidental, en collaboration avec le comité de la wilaya de Souk Ahras, du croissant rouge algérien, qui a prévu, à son tour, d'acheminer des aides, pour les sahraouis, en partenariat avec l’Union nationale des Femmes algériennes (UNFA). Mohamed Laïd Agouni, le président du comité de wilaya de Souk Ahras, a déclaré, à ce sujet : «C'est la première fois que le Croissant-Rouge tunisien s'implique, de manière directe, dans le soutien humanitaire au peuple sahraoui et ça ne peut qu'honorer la mission de nos deux organisations.»

Après Souk Ahras, la caravane humanitaire de solidarité avec le peuple sahraoui, est arrivée, samedi 11 mai, à Bechar où elle a été accueillie par les autorités locales et des citoyens dans une ambiance tout aussi, festive, a constaté un journaliste de l’agence Algérie Presse Service (APS). L'arrivée de la caravane, organisée par le croissant rouge algérien (CRA), en partenariat avec l’Union nationale des Femmes algériennes (UNFA) et le Croissant rouge tunisien (CRT), aux camps de réfugiés sahraouis, coïncidera avec la célébration du 40ème anniversaire de la création du front Polisario et du déclenchement de la lutte armée du peuple sahraoui, pour le recouvrement de son indépendance. C'est là, un symbole fort, qui ne peut ne pas avoir de répercussions politiques. La date d'organisation de cette caravane, ne semble pas avoir été choisie au hasard. On ne se serait pas pris, autrement, si l'on voulait engager, officiellement, la Tunisie, dans un processus d'alignement sur la position officielle, en ce qui concerne la question sahraoui.

La confirmation de cette lecture nous est donnée par Dr Nahdi Kawthar, représentante du Croissant rouge tunisien, à cette caravane, et responsable régionale du CRT, pour la région de Jendouba : « La participation, pour la première fois, du croissant rouge tunisien, vient, comme confirmation, du soutien du peuple Tunisien, à la cause du peuple sahraoui, et s'inscrit au titre du partenariat solide existant entre le CRT et le CRA »,a-t-elle souligné. « Notre présence, à cette caravane, en plus de son caractère de solidarité humaine, avec le peuple sahraoui, vise aussi la préparation, en étroite coordination, avec les responsables du croissant rouge sahraoui, du rallye international de solidarité avec le peuple sahraoui, prévu en février 2014, depuis Jendouba, via Souk-Ahras, à destination des camps de réfugiés »,a-t-elle ajouté. Ce rallye ne peut être organisé, sans l'aval des autorités tunisiennes. C'est là, en effet, une autre manifestation du concept de la diplomatie/sport, inauguré, en 1970 parles USA et la Chine.

Le 11 mai, c'est-à-dire, le jour, même, ou l'on a enregistré l'arrivée de la caravane de solidarité, à Bechar, l’Association marocaine de défense des droits de l'homme, basée à Paris, publie un communiqué dans lequel elle dénonce le fait que, de plus en plus, de violations, des droits humains, sont enregistrés au Sahara occidental. « Les derniers événements, concernant le conflit du Sahara occidental, sont accompagnés d'interventions violentes, de la part des forces de l'ordre marocaines, faisant plusieurs blessés » parmi les militants sahraouis, a déploré l'Association de défense des droits de l'homme (Asdhom), indiquant que des responsables sahraouis d'associations de défense des droits de l'Homme « ont été intimidés et inquiétés, jusque dans leurs domiciles ».

Historiquement, le problème du Sahara Occidental a, toujours, été le principal obstacle à l'édification du Maghreb, tant les positions, algérienne et marocaine, sont, radicalement, opposées, sur cette question. La Tunisie, du temps de ZABA, a essayé de garder une position de neutralité, afin de conserver ses bonnes relations, avec les deux pays. En aparté, Ben Ali ne cachait, pas cependant, son appui à la position marocaine tel que le révèle Wikileaks (Voir, à ce propos, la vidéo, ici-bas).

Après la révolution, un changement de nature, dans l'attitude tunisienne, a été observé, déjà, sous le gouvernement Béji Caïd Essebsi. « Il est important de trouver une solution politique et définitive à cette question, conformément à la légalité internationale », a déclaré Beji Caïd Essebsi, à Rabat, Le 15 mars 2011. Selon le communiqué du cabinet royal, le roi Mohamed VI a affirmé, à son interlocuteur tunisien, « la nécessité de consolider les fondements de l’UMA, en tant que choix stratégique incontournable, et en tant que mécanisme de coopération et de solidarité entre les cinq Etats ».Cinq Etats, pas six. Or la légalité internationale, évoquée par BCE, prévoit l'organisation d'un référendum d'autodétermination, comme stipulé dans les résolutions onusiennes, que le Maroc refuse d'organiser, depuis plus de 20 ans. À partir de 2003, certains documents de l’ONU qualifient, d'ailleurs, le Maroc, d’«autorité administrante»,ce qui lui donnerait, ainsi, le droit d’exploiter les ressources naturelles du territoire, par exemple, d’autoriser des concessions pétrolières. Cependant, le gouvernement de la République arabe sahraoui démocratique (RASD), se revendique, lui aussi, puissance administrante, du territoire. Dans un rapport publié en 2006, par Kofi Annan, alors Secrétaire général des Nations unies, il est indiqué qu’aucun État membre de l’ONU, ne reconnaît la souveraineté du Maroc, sur le Sahara occidental. C'est, aussi, cela, la légalité internationale.

Le 28 avril dernier, Le chef du gouvernement provisoire, Ali Larayedh, a affirmé, à Tunis, que la position de la Tunisie, à l'égard de la question du Sahara occidental, « est de soutenir toute solution juste et équitable, qui jouit de la confiance de toutes les parties ». Dans un entretien à l'agence de presse algérienne, à la veille de sa visite de travail, le 29 avril 2013, en Algérie, Ali Larayedh a précisé que le rôle de la Tunisie, était de « faciliter les solutions favorables à toutes les parties de nature à renforcer l'édification du Grand Maghreb arabe ».Ali Larayedh reprend, ainsi, à son compte, la position adoptée par BCE. Ali Larayedh a souligné, par ailleurs, que la Tunisie « soutient tout ce qui est susceptible de contribuer à l'édification du Maghreb arabe, conformément aux aspirations des peuples maghrébins ».Ali Larayedh semble opposer, de la sorte, le Maghreb des peuples au Maghreb des régimes politiques. J'aimerais bien connaitre sa recette pour construire un Maghreb des peuples, en s'appuyant sur le Maghreb des régimes politiques en place.

Mais, indépendamment de toute spéculation, l'on sent que la position officielle tunsienne, commence à basculer de la neutralité, traditionnelle, vers la prise de positon, officielle. C'est qu'un événement important a marqué le début du mois d'avril 2013, en Tunisie. En effet, le comité tunisien de solidarité avec le peuple sahraoui a été créé, en marge des travaux du Forum social mondial, qui s'est tenu en Tunisie, et qui a vu une forte participation Sahraoui, à ses travaux. La cérémonie de création du comité s'est déroulée en présence de la délégation sahraouie, au Forum, conduite par Mohamed Cheikh Lahbib, Secrétaire général de l'Union des travailleurs sahraouis, de représentants des différentes composantes de la société civile tunisienne, du Président de la coordination européenne de solidarité, avec le peuple sahraoui et plusieurs responsables d'associations de solidarité avec le peuple sahraoui de France, d'Espagne et d'Italie. A cette occasion, les intervenants ont souligné la nécessité de « briser le black out »,imposé à la lutte du peuple sahraoui. De son côté, le président du comité algérien de solidarité avec le peuple sahraoui, Mahrez Lamari, a réitéré le soutien, immuable, de l'Algérie, au peuple sahraoui. A cette occasion, Mohamed Fadhil, représentant de l'Union des étudiants de Tunisie, a affirmé, que la cause du peuple sahraoui, fait l'objet de « black out médiatique, effroyable ».

Comme on le voit, la position, officielle et non officielle, de la Tunisie, est en train de se rapprocher, de plus en plus, de celle de l'Algérie. Il n'est pas question, ici, d'apprécier ou non cette évolution, mais, juste de la mettre en exergue. On pourrait s'attendre, au cours des prochains mois, à ce que cette évolution se confirme, officiellement, il ne serait pas étonnant, à ce que des relations officielles soient établies avec les représentants des peuples sahraouis. Au, fait, il est temps, pour les tunisiens, de faire connaissance avec ce dossier, qui leur a été, longtemps, occulté.

par Ridha Ben Kacem le 12 mai 2013

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