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Maroc et Tunisie en course pour l'Union méditerranéenne

Alors qu’on pressentait la Tunisie, forte de sa nouvelle place sur la scène euro-méditerranéenne, à la tête de l’Union pour la Méditerranée (UPM), voici que le Maroc présente son candidat, Youssef Amrani, au poste de secrétaire général, prenant ainsi de vitesse les Tunisiens.

Créée en 2008 l’initiative de Nicolas Sarkozy, l’organisation intergouvernementale, qui compte 43 membres, traite pour l'essentiel de questions énergétiques et environnementales. Depuis la chute de Moubarak, qui coprésidait le projet avec le président français, et celle de Ben Ali, l’autre pilier fondateur, l’UPM, gratifiée de «projet mort-né» par les analystes politiques, avait perdu de sa superbe et sombrait dans l’oubli.

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Taieb Fassi-Fihri, a annoncé publiquement le dimanche 15 mai 2011 la candidature d'Amrani, indique le portail d'informations Kapitalis:

«Le Maroc a présenté cette candidature lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays arabes méditerranéens, tenue dimanche en marge de la réunion extraordinaire du conseil ministériel de la Ligue arabe».

Youssef Amrani, actuellement secrétaire général du ministère marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, serait soutenu par l’ensemble des pays arabes depuis que les autorités marocaines ont ouvertement sollicité le soutien du Conseil des ministres arabes des Affaires étrangères et de la Ligue de Etats arabes.

Le vendredi 8 avril 2011, le lobbyiste tunisien Ghazi Mabrouk avait été reçu en audience au Palais de l'Elysée, à Paris, par l’ambassadeur de France chargé de l’UPM, Serge Telle. Le diplomate tunisien, spécialisé dans les relations euro-méditerranéennes, est le précurseur et le premier président exécutif de la première convention euro-méditerranéenne.

Il a fait part de son étonnement et de sa déception quant à l'annonce faite par le Maroc, mais il dénonce surtout l'absence de soutien de la part du gouvernement provisoire tunisien, qui tarde à faire valoir sa nouvelle situation géopolitique et ne profite pas des occasions qui lui sont offertes pour redéployer sa diplomatie:

«Je ne comprends pas le gouvernement provisoire tunisien. La voie était balisée et ce gouvernement n’avait pas daigné bouger pour saisir cette possibilité. J’avais usé de mon positionnement et de mes introductions en France et à Bruxelles pour obtenir leur soutien en faveur de la Tunisie.»

Il revient par ailleurs sur ses multiples démarches pour appuyer la candidature tunisienne:

«J’avais insisté sur l’utilité pour la Tunisie d’appuyer une candidature tunisienne au secrétariat général de l’UPM, afin que celle-ci constitue de facto un relais futur de la Tunisie en direction des  réseaux et centres de décision européens: pas de réponse».

Ghazi Mabrouk fait part de sa nostalgie de l'époque où, sous Habib Bourguiba, la Tunisie était un moteur de la diplomatie arabe:

«C’est un retournement des choses. Il est bien loin le rayonnement de la Tunisie et le temps où, sous Bourguiba, elle était à la tête de la plupart des instances internationales: la présidence de l’Assemblée générale des Nations unies, le secrétariat général de la Ligue des Etats arabes, le secrétariat général de l’Organisation de la conférence islamique (Oci), la présidence de la Banque arabe pour le développement de l’Afrique (Badea), et autres…»

Pour lui, le gouvernement provisoire s'égare en préoccupations minimalistes et nombrilistes:

«Dès lors, il paraitrait évident que le gouvernement provisoire tunisien serait plus préoccupé par la politique politicienne, le "sauvetage du système", la protection de certains intérêts, le bras de fer feutré entre les clans et les groupes d’influence, dont d’aucuns ont déjà dénoncé l’existence. Le positionnement de la Tunisie à la tête de l’UPM s’avérerait bien loin de leurs préoccupations, préférant l’urgence des distributions de postes à des proches des uns et des autres, au sein des instances du pays, avant que cette période transitoire ne prenne fin, avec la nouvelle Constituante.»

Une réunion prévue le 25 mai 2011 au siège de l’organisation à Barcelone (Espagne) pourrait désigner définitivement le nouveau secrétaire général. Depuis la démission en janvier du Jordanien Ahmed Massa’deh, ce poste est resté vacant et l'UPM, toujours coprésidée par la France et l’Egypte.  

Lu sur Kapitalis