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Tunisie : James Bond 007 saute sur une mine, à Châambi

Par Ridha Ben Kacem

Une « affaire » comme celle de Jebel Châambi, présente une véritable aubaine, vous vous en doutez, pour tous les services de renseignements du monde, de récolter, à peu de frais, le maximum de données, sur ces jihadistes. Sans y être allé, je peux affirmer, sans grand risque de me tromper, que les James Bond et autres OSS117..., doivent pulluler, du côté de Kasserine, au point d'être plus nombreux que les jihadistes et les membres des forces de sécurité tunisiennes, réunies. L'on ne s'étonnera pas, dans ce cas, de rencontrer, dans le tas, quelques trouffions algériens appointés par le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) qui est le service de renseignements algérien. Qui connait le général Mohamed Mediène alias Toufik ou Tewfik, patron de la DRS, depuis 1990, ne peut croire, un seul instant, qu'il manquerait l'occasion d'envoyer ses agents, exercer leur talent, en Tunisie. Combien sont-ils, voilà la question à 10 000 dinars algériens. Bref, ils sont là, vous pouvez en être sûr. La guerre de l'ombre ne fait que commencer, dans notre cher pays. Car, comme partout, ailleurs, où ils ont exercé, ils ont fini, tous, pas s'entretuer, le dernier d'entre eux finissant par se suicider de ne plus pouvoir trucider des collègues, à lui.

Mais l'on n'en est pas là, car le jeu ne fait que commencer et l'échiquier des espions internationaux n'a pas fini de se garnir de Mata Hari. Pourquoi s'étonner, dans ce cas, de voir nawaat lever un petit coin du voile qui, pudiquement, cache la vérité. Trois points capitaux, ressortent de cet article que je vous invite à lire en cliquant ici.

1 / les trafiquants d'essence, algériens et tunisiens, seraient impliqués dans l'affaire du Jebel Châambi. Ils auraient, non seulement, augmenté leurs livraisons de produits pétroliers, mais, également, assuré l'approvisionnement des Jihadistes, au Jebel Châambi, en contre partie d'un changement, dans la nature, des produits livrés, par les trafiquants tunisiens. En effet, les trafiquants algériens demandent que, dans le cadre, habituel, de leurs opérations de troc, d'être payés, désormais, par des produits pharmaceutiques, destinés aux jihadistes algériens.

2 / certains personnages, proches des sphères du pouvoir tunisien, seraient, non seulement au courant des dessous de cette affaire, mais en feraient, carrément, partie en tant que parties influentes, dans le processus.

3 / Ce qui serait en cause, ce ne serait, nullement, la sécurité du territoire tunisien, mais, plutôt, l'Algérie. Il s'agirait, en fait, de créer les conditions nécessaires et favorables, à la déstabilisation de l'Algérie.

Voila, en substance, et en résumé, le message qui nous a été livré, en ce vendredi, 10 mais, par nawaat. Quel crédit accorder à ce nouveau scénario de l'affaire connue sous l'appellation de Jebal Châambi ? Peut-on s'y fier ? Peut-on y croire, réellement ?

Commençons, si vous voulez, par le dernier point, celui qui nous livre l'objectif réel de cette opération. Nous savions, depuis longtemps, que dans la version américaine et Occidentale, du scénario« Printemps Arabe »,l'Algérie est destinée à rejoindre, d'une manière ou d'une autre, le processus de remise à niveau qqui touche l'ensemble de la région. Vous l'avez, certainement, remarqué, après avoir commencé par le maillon le plus faible, contrôlé par l'Occident, qui plus est, en l'occurrence, la Tunisie, le printemps arabe est vite passé à l'Egypte, autre pays inféodé à l'Occident, et cela a été un peu plus difficile qu'en Tunisie. Il faut avoir à l'idée que, les armées de ces deux pays sont équipées et formées par l'Occident. Il fallait, ensuite, passer à des pays, non inféodés à l'Occident, dont les armées sont équipées et formées, par la Russie. Dans cette logique, la Lybie est le maillon faible et, pourtant, cela n'a pas été facile du tout. Le pays qui venait, aux yeux de l'Occident, en second lieu, du point de vue facilité de l'opération, était la Syrie. Vous savez ce qu'il en est. Cela dure depuis plus de deux ans et ce n'est pas prêt de finir. Mais, l'Occident croit, maintenant, à tort ou à raison, que le régime de Hafez Al Assad est proche de sa fin. Il est, donc, grand temps, de passer à l'étape la plus difficile : L'Algérie.

L'Algérie est, non seulement équipée de matériel militaire russe, de très haut niveau, mais elle en maitrise, parfaitement, l'usage et l'utilisation. De plus, les citoyens algériens, n'iraient, jamais, manifester dans les rues d'Alger, contre leurs propres forces de sécurité, sachant ce qu'ils leurs doivent, pour avoir sauvé l'Algérie, du chaos, durant la décennie 1990. La seule manière de procéder, pour l'Occident, est de s'appuyer sur un pays, comme la Tunisie, pour déstabiliser, l'Algérie, à partir de sa frontière Est, par exemple. Un tel scénario exigerait, bien évidemment, que les autorités de la Tunisie, ferment l'½il, ou, encore mieux, qu'elles s'impliquent, dans le dispositif. Plusieurs indices plaideraient, en faveur d'un tel scénario :

1 / Le trafic d'essence n'a, jamais, été aussi florissant, puisqu'il n'est plus cantonné aux régions de l'Ouest tunisien. L'essence algérienne se vend, maintenant, à Tunis, même. Cela ne peut se faire sans une sorte de« feu vert »,tacite.

2 / Contre toute évidence, les autorités tunisiennes, ont, toujours, minimisé la menace jihadiste, allant jusqu'à, plus ou moins, cautionner l'envoi de jihadistes, en Syrie.

3 / Les jihadistes tunisiens se concentrent et se rencontrent, essentiellement à l'Ouest du pays, du Kef à Kasserine. Il est évident que ce n'est point là, le centre du pouvoir, en Tunisie. Par contre, leur présence, à l'ouest du pays, devient logique, dans un scénario de déstabilisation de l'Algérie.

Présenté ainsi, le scénario de la future opération de l'Occident, de déstabilisation de l'Algérie, à partir de la Tunisie, devient plausible. Mais il y a un grain de sable qui vient chambouler cet échafaudage, d'architecture machiavélique, et que nous verrons, plus loin. Revenons, si vous voulez, sur l'article de nawaat, pour en étudier, dans le détail, le contenu. Les Héros de cet article d'investigation, sont un agent secret algérien et un trafiquant d'essence et d'autres produits, qui auraient révélé des secrets, que l'on peut qualifier de secrets d'Etat, aux investigateurs de nawaat. L'on est en droit de s'étonner que de tels personnages de l'ombre, d'habitude muets, comme des carpes, aient, aussi, facilement livré des secrets qui les auraient brûlés. Mais, bon, passons. Voyons, de près, les deux aspects de la question :

1 / Pour ce qui est du trafic de produits pétroliers, l'on sait que l'activité« trabendiste », n'est pas nouvelle, dans la région, mais, semble avoir été orientée, depuis quelques mois, dans le sens du troc« pétrole contre médicaments ».Citant des témoignages« concordants »,le journaliste de nawaat indique que ce sont les trabendistes algériens travaillant, depuis longtemps, avec leurs correspondants tunisiens, qui ont imprimé cette nouvelle orientation. Ils se sont mis à demander des produits pharmaceutiques, comme l'Efferalgan, Panadol, Gripex, du fil chirurgical, des compresses et des produits stérilisants. Les trabendistes algériens, aux dires du trafiquant tunisien, interviewé par nawaat, ont expliqué que l'émir Aqmi, de Tébessa, paie, aux prix fort, les trabendistes qui l'approvisionnent en produits destinés, à traiter les« moudjahdines ».Cette activité de« pétrole contre médicaments »aurait aidé à rompre l'isolement des zones encerclées, par les forces de sécurité, tunisiennes, depuis quatre mois, à Jebel Châambi, affirme l'auteur de l'article. Les barons du trabendo, les approvisionneraient, ainsi, depuis le début de l'année en cours, en produits alimentaires, eau potable, couvertures, tentes, certains produits électroniques, comme des potables et des puces et médicaments, sur la base de commandes préalables, faites par les trabendistes algériens.

2 / Quant à l'agent secret algérien, le journaliste de nawaat, l'a rencontré, à Tejerouine, à 35 kilomètres au sud du Kef et 90 kilomètres, au nord de Kasserine, soit 80 kilomètres, au nord de Jebel Châambi. Il semblerait, en fait, que cet agent algérien, infiltré en Tunisie, enquête, depuis décembre dernier, sur les cellules et les camps d'entrainement terroristes, installés ou au cours d'installation, le long de la frontière tuniso-algérienne. Selon le journaliste de nawaat, il a choisi d'être loquace, confortant, ainsi, l'idée de« message »qu'il voulait envoyer aux autorités tunisiennes. Il a pu révéler, au journaliste tunisien, l'existence de (traduction) « tunisiens. L'agent secret algérien, aurait révélé un autre fait de haute importance, pour celui qui sait lire entre les lignes. Le général Boustila, commandant de la gendarmerie nationale, algérienne est en train de superviser, en personne, les enquêtes des agents secrets algériens, en Tunisie. Il aurait, ainsi, organisé une grande réunion, au niveau de la cinquième région militaire algérienne, à Constantine, pour évaluer les rapports, en provenance de Tunisie, et élaborer une stratégie, pour empêcher l'entrée des groupes armés, en territoire algérien.

Selon l'agent secret algérien, les données, récoltées, en Tunisie et traitées, en Algérie, auraient été, régulièrement, transmises aux services de renseignements tunisiens, dans le cadre de la coordination, entre la Tunisie et l’Algérie, dans la lutte anti-terroriste.« Mais, toujours, selon cet agent algérien, le comportement des tunisiens a paru

Voilà, vous savez tout. Maintenant, pour vous aider à vous faire votre propre opinion, je vais vous livrer les éléments disponibles qui, quelque part, mettent, en cause cet échafaudage, à la fois, troublant et plausible. Attention, je dis bien, plausible, pas forcément véridique. Vous avez bien compris que l'on a, ici, deux sources d'information : Un agent secret algérien et un trafiquant trabendiste tunisien. Il serait utile de tester leurs affirmations.

1 / Pour ce qui est des renseignements, livrés par le 007, made in Algeria, si je comprends bien, Le« scénario Chaambi »était évitable, par une action militaire, de deux jours, au plus, grâce aux données fournies, gracieusement, par les services secrets algériens, à leurs homologues, tunisiens. Fort bien. Cela signifie, par voie de conséquence, que les services secrets algériens sont d'une redoutable efficacité. D’où cette question : Qu’attendent-ils pour éliminer les« jihadistes »qui pullulent, encore, en Kabylie, depuis des années, et, en particulier, l'Emir de Tébessa. La Kabylie semble, parfois, échapper, au contrôle du pouvoir central d'Alger. Pourtant, il ne s'agit là, que d'une petite région, que les services secrets algériens auraient pu contrôler, haut la main, s'ils étaient aussi redoutables qu'indiqué dans cet article de nawaat. Qu'en est-il, en réalité ? Comment expliquer une telle discordance entre les dires et les faits, discordance, tout aussi, troublante, vous ne trouvez pas ?

2 / Pour ce qui est d'Al Capone de Tejerouine, là aussi, les faits réels, semblent contredire la thèse de la possible implication des autorités de Tunis, dans l'extension et la diversification du trabendo. S'il est vrai que l'on a bien vu l'arrivée, à Tunis, des milliers de jerricanes, remplis de pétrole algérien, il est tout, aussi, vrai que les autorités tunisiennes ont intensifié, depuis le début de l'année, justement, la lutte contre ce trafic transfrontalier. Ce fait est en totale contradiction avec les affirmations de nawaat et met à mal le scénario de« L'essence contre les médicaments ». Il faut savoir, en effet, que plus de mille procès, de contrebande d’essence et de produits dangereux, d’une valeur globale de 175,8 millions de dinars ont été intentés, par les services de la Douane tunisienne, tout au long, des trois premiers mois de 2013. C'est ce qu'a, annoncé, ce vendredi 10 mai, le directeur de la Garde douanière tunisienne, le colonel Hafedh Azizi, lors d’un point de presse, au siège du gouvernement. Le colonel Azizi a dévoilé, à cette occasion, que la Garde douanière tunisienne a saisi, lors du premier trimestre, de cette année, 2,7 millions litres d’essence de contrebande, d’une valeur totale de 4 millions de dinars, en plus de 247 tonnes de produits conventionnés. Les taux les plus élevés, de ces procès de contrebande, ont été enregistrés dans la région du grand-Tunis, ainsi, que dans les gouvernorats de Nabeul, Zaghouan et Bizerte. A titre indicatif, 455 procès d’une valeur de 126 millions de dinars, ont été enregistrés, rien qu'à Tunis.

Loin de moi, l'idée de me faire l'avocat du diable, mais l'on ne peut pas défendre une cause avec des arguments branlants. Quand la logique des faits, sans faille, fait défaut, mieux vaut s'abstenir que donner l'impression de s'acharner à mouliner contre le vent. J'apprécie nawaat, mais, je voudrais attirer son attention, sur le fait, qu'en l'absence de recoupements des sources d'information, contradictoires, il est difficile d'accorder crédit à ce que l'on vous dit. Car, dans ce cas, rien n'empêche que l'on vous manipule, à votre insu. Ainsi, j'aurais pu remettre, aussi, en cause l'argument médicamenteux. S'il est vrai, en effet, que l'industrie pharmaceutique tunisienne est, de loin, plus performante que son homologue algérienne, il est, tout aussi vrai, que l'Algérie, qui importe 70% de sa consommation, en médicament, ne connait pas de pénurie, en la matière, et ce, pour, pratiquement, tous les produits. Pourquoi, donc, l'Emir de Tébessa, en serait réduit à payer, dix fois leur prix, les produits pharmaceutiques tunisiens, alors qu'il lui suffit de s'approvisionner, en Algérie ? Mais, en fin de compte, chers lecteurs, à vous de vous faire votre propre opinion, sur cette question.

Affaire à suivre, donc...

Par Ridha Ben Kacem le 11 mai 2013

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