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Sur un marché d'Hargeisa, la capitale du Somaliland. REUTERS/Str Old
Sur un marché d'Hargeisa, la capitale du Somaliland. REUTERS/Str Old

Le Somaliland, 20 ans et toujours sans passeport

Le Somaliland célèbre l'anniversaire de son indépendance de la Somalie. Depuis vingt ans, cette région autonome s'administre dans le calme. Cela ne suffit pourtant pas à obtenir la reconnaissance internationale.

Le Somaliland fête en grande pompe le vingtième anniversaire de son indépendance. Il ne s'agit pas de l'affranchissement du protectorat britannique, mais du détachement de la République de Somalie. Une indépendance autoproclamée après trois ans de guerre civile qui a fait près de 50.000 morts et environ 500.000 réfugiés.

Pour justifier son existence en tant qu'Etat, le Somaliland, au Nord-Ouest de la Somalie, s'appuie sur deux faits historiques. D'abord, durant la période coloniale, il était un protectorat britannique et jouissait donc d'un statut très différent de ce qui est devenu la Somalie. D'autre part, lors de sa libération des Britanniques, le territoire du Somaliland ne s'est pas rallié immédiatement au reste de la Somalie et a bien constitué une entité nationale à part entière, pendant... neuf jours.

Cela ne suffit pas à la communauté internationale, qui se contente pour l'heure de reconnaître le Somaliland comme une région autonome.

Tous les attributs d'un Etat

Depuis mai 1991, le Somaliland a bien mené sa barque et s'est donné tous les attributs nécessaires à une reconnaissance. La région autonome a surpris par sa capacité à maintenir la paix, la sécurité et la démocratie constitutionnelle. Entre 1992 et 1995, les Nations unies avaient envoyé une opération en Somalie (Unosom). Cette mission avait accepté sans résister le refus du Somaliland de laisser entrer des forces militaires étrangères sur son territoire, reconnaissant que «le processus de réconciliation pacifique avait progressé de manière impressionnante et qu'une véritable administration fonctionnelle était en œuvre».

Une fois la guerre civile terminée, des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés sont revenus sur leur territoire. Le Somaliland a également mené d'importantes campagnes de déminage pour se libérer des dizaines de milliers de mines antipersonnelles qui le hantaient. Les milices claniques ont été intégrées à la police et aux forces armées unifiées.

Un système politique multipartite et la tenue d'élections ont fait du Somaliland une exception dans la Corne de l'Afrique. La région a passé haut la main le test de l'élection présidentielle en 2010. Avec 50% des suffrages, Ahmed Mohamed Silanyo, alors leader de l'opposition, est devenu président du Somaliland. Le scrutin s'est déroulé dans le calme absolu.

Plusieurs Etats ont également instauré des relations bilatérales avec le Somaliland, bien qu'elles ne soient pas reconnues officiellement. Djibouti et l'Ethiopie ont autorisé le Somaliland à ouvrir des bureaux de liaison sur leur territoire. Addis-Abeba a aussi ouvert un bureau commercial à Hargeisa, capitale du Somaliland, et fait transiter près de 20% de son commerce par Barbera, principal port de la région autonome.

Certains pays européens ont signé des accords avec Hargeisa pour organiser le rapatriement d'immigrants en provenance du Somaliland. Et enfin l'investissement étranger au Somaliland a largement augmenté. Des compagnies en provenance d'Afrique du Sud, d'Ethiopie, de Suisse, d'Allemagne et des Emirats arabes unis sont dorénavant installées sur le territoire séparatiste.

La délicate question des frontières

Pourtant, la communauté internationale refuse toujours de reconnaître le Somaliland en tant qu'Etat. En 2005, la région séparatiste a officiellement demandé à devenir membre de l'Union africaine, sans succès.

Toucher aux frontières africaines reste toujours sensible. La situation en Somalie est trop instable pour que la communauté internationale cautionne un tel changement. Les artisans de la paix préfèrent agir par étapes. D'abord instaurer un gouvernement stable à Mogadiscio, puis se saisir de la question du Somaliland. Le gouvernement transitoire de Somalie, TGF, revendique toujours son autorité sur l'ensemble du territoire somalien, Somaliland et Puntland compris.

Ce même gouvernement transitoire, en place depuis maintenant plusieurs années, jouit aussi des faveurs de la communauté internationale, qui y voit un espoir de stabilité. Petit à petit, il a donc gagné les échelons de la reconnaissance. Il siège maintenant à l'ONU, à l'Union africaine et à la Ligue des Etats arabes. La Somalie a donc accès à des tribunes internationales que le Somaliland n'effleure même pas.

Par peur de déstabiliser la zone, la communauté internationale préfère jouer dans l'ombre. Faire pression sur la Somalie pour qu'elle ne touche pas à au Somaliland et donner au Somaliland des ersatz de marques d'estime internationale. Ce qui compte, c'est que le statu quo soit préservé.

Gaëlle Laleix

Gaëlle Laleix

Gaëlle Laleix. Journaliste française. Spécialiste de l'Afrique. Installée à Addis Abeba.

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