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Light through an iron shutter by Geraint Warlow via Flickr CC
Light through an iron shutter by Geraint Warlow via Flickr CC

Le jardin des délices de DSK à Marrakech

Le palais oriental digne des Mille et une nuits de Strauss-Kahn à Marrakech nourrit tous les fantasmes.

Un appartement place des Vosges, à Paris, une maison dans le quartier chic de Georgetown, à Washington, et surtout un riad (le jardin, en arabe) digne des Mille et une nuits à Marrakech... Les biens immeubles marqués du sceau du luxe sont l'un des péchés mignons de Dominique Strauss-Kahn (DSK), le patron du Fonds monétaire international (FMI) aujourd’hui inculpé de tentative de viol à New York.

DSK a passé une partie de son enfance au Maroc (à Agadir précisément), dans les années 1950, où il a usé ses fonds de culotte à l'école Bosc de l'ancien quartier Talbordjt. Il y cultive toujours des amitiés solides avec les hommes d’influence du royaume, comme beaucoup de politiques français.

Le Maroc est resté son terroir de cœur, à lui qui assure plaisamment ne pas vouloir choisir entre le «couscous et le strudel», en référence à ses origines juives séfarades et ashkénazes. En octobre 2008, des centaines de messages de soutien ont été envoyés par les Marrakchis au directeur du FMI alors accusé de népotisme au profit d'une femme qui s'est révélée être sa maîtresse, avant d’être blanchi de cette accusation.

Un bijou d’architecture mauresque

Lors des vacances, comme ce fut le cas pour Noël dernier, DSK et sa femme, la journaliste Anne Sinclair épousée en troisièmes noces en 1991, s'envolent pour Marrakech pour se ressourcer dans leur riche demeure nichée dans les ruelles de l’antique médina. Ce petit bijou d’architecture mauresque datant du XIXe siècle, d’une superficie au sol de près de 1.300 m2, doté de deux cours intérieures et d'une piscine, n'est pas qu'un lieu de villégiature: DSK en avait même fait l'une des antichambres de la campagne présidentielle de 2012.

Le couple DSK-Sinclair y reçoit à l'occasion les barons de la gauche et leurs amis —Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Paul Huchon—, les conseillers en communication Stéphane Fouks et Ramzy Khiroun, l'avocat Jean Veil, le chanteur Patrick Bruel, le journaliste Michel Field ou le philosophe Bernard-Henri Lévy, leur voisin de quartier, propriétaire de l'immense palais de la Zahia.

Anne Sinclair raconte son passage à Marrakech en juillet 2009 sur son blog. On y apprend qu'elle s'efforce de parler un peu l'arabe et que ses petits-enfants adorent les promenades en calèche...

Situé dans le quartier Sidi Mimoun, à 500 mètres de la célèbre place Jamaâ el-Fna, le riad offre une vue imprenable sur le minaret de la Koutoubia, la «Tour Eiffel de Marrakech» pour reprendre la formule d’usage des guides touristiques de la ville. Un «jardin des délices» très secret, dont l'histoire, l'emplacement et la valeur composent un véritable rêve d'Orient.

Le riad est transmis de génération en génération au sein d’une famille de notables de la ville jusqu'en 1944, date à laquelle il est enregistré au cadastre sous le nom de «riad Moulay Abdallah». En 1989, un entrepreneur en fait l’acquisition pour la somme de 167.000 euros. La propriété comprend alors huit pièces, plus un salon et une cuisine, ouvrant sur deux patios avec jardins luxuriants.

En 1997, il devient la propriété de Laura Gomez, ex-femme de Kyle Eastwood, le fils de Clint. Ce petit coin de paradis doté de dépendances arborées aurait été acquis environ 500.000 euros par Anne Hélène Sinclair et Dominique Gaston Strauss-Kahn le 30 octobre 2000.

Un labyrinthe d’alcôves luxueuses

Un récent reportage de L’Express en décrit le faste oriental:

«L'entrée, encadrée par deux colonnes de marbre, débouche sur une première cour intérieure, bordée, sur deux côtés, d'appartements de plain-pied. C'est l'endroit réservé aux invités. Le tout est embelli par une végétation luxuriante, à l'ombre d'un énorme palmier. Au-delà de cet espace doté d'une piscine, on pénètre dans la demeure proprement dite. Les salons et appartements du couple se distribuent au rez-de-chaussée et à l'étage, sur quatre côtés, autour d'un deuxième patio intérieur. Là, une fontaine centrale, des parterres de cyprès, orangers, bananiers et rosiers apportent fraîcheur et agrément. L'ensemble est chapeauté par une grande pergola.»

Dans un ouvrage paru en 2006, DSK expliquait l’origine du riad: «Anne possédait une maison à Valbonne, dans le Midi. [...] Elle l'a revendue pour acheter, il y a cinq ans, un riad au cœur de Marrakech. Tout était à refaire. Il n'y avait ni eau ni électricité. Aujourd'hui, c'est parfait. Marrakech, c'est ma base arrière.»

La femme de DSK en donnait une toute autre explication: la somptueuse maison avait, selon elle, été acquise grâce à ses indemnités de départ de la chaîne de télévision TF1 où elle a reçu les plus grands de ce monde (dont le roi Hassan II) dans sa célèbre émission 7 sur 7.

Pour embellir leur palais, les Strauss-Kahn n’ont pas lésiné sur les moyens. Ils ont fait appel aux meilleurs artisans locaux pour restaurer à l'identique les plafonds en cèdre, les stucs et les zelliges. Le chantier a duré environ dix-huit mois et considérablement dopé sa valeur. Scène cocasse rapportée par L’Express: en 2002, le maire de Marrakech, pressé de signer le permis d’habiter de la demeure, s’exécute le parapheur posé sur le capot d'une voiture garée devant le palace de la Mamounia…

Une machine à fantasmes

Un épisode de plus qui a eu pour effet d'alimenter la machine à fantasmes autour de ce riad avec son immense parc et son labyrinthe d'alcôves luxueuses, objet de toutes les rumeurs et de toutes les attaques depuis que DSK est aux prises avec la justice américaine.

Bernard Debré, député UMP, le parti du président Sarkozy, est sorti de ses gonds avec une rare violence. Sur son blog, il se déchaîne contre le directeur général du FMI«Quand vous sortirez de prison, disparaissez dans votre riad, ne vous justifiez pas, ne dites plus rien. Vous avez été une fausse valeur, un obsédé sexuel, un escroc intellectuel. Vous avez sali votre pays.»

Ce qui n’a pas manqué de faire réagir la presse marocaine:

«Si DSK est un "obsédé sexuel" pour Monsieur Debré, pourquoi ce dernier veut-il qu’il vienne dans son riad de Marrakech? Est-ce que les femmes marocaines valent moins que les Françaises et les Américaines?», réplique le site Demain.

Ali Amar

 

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Ali Amar

Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

Ses derniers articles: Patrick Ramaël, ce juge qui agace la Françafrique  Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey  Maroc: Le «jour du disparu», une fausse bonne idée 

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