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Les pêcheurs africains élèvent la voix

Pour la flotte de pêche européenne, les eaux poissonneuses d’Afrique de l’Ouest sont un véritable eldorado. Selon Greenpeace Afrique, sur les 1,2 million de tonnes de prises qu’elle effectue hors des zones maritimes de l’Union européenne (UE), la plus grosse partie (environ 400.000 tonnes) provient de là. Mais le risque de surexploitation des fonds inquiète les populations locales africaines.

Appuyés par l’organisation de défense de l’environnement, des pêcheurs originaires du Sénégal, de la Mauritanie et du Cap-Vert ont fait au mois d'avril 2011 une tournée européenne (Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, France, Autriche et Espagne) pour exprimer leurs frustrations mais aussi proposer des solutions. Sur son blog, Greenpeace Afrique fait le récit de cette tournée européenne baptisée «Des voix africaines».

La Commission européenne semble s’être rangée de leur côté. Dans le cadre du partenariat de pêche UE-Afrique, la commissaire européenne à la pêche, Maira Damanaki, plaide pour une «nouvelle génération d’accords», rapporte le site Euractiv.

Mais les résistances sont fortes. Le 13 mai à Bruxelles, lors d’une réunion européenne des ministres de l’Agriculture, la France, l’Espagne et le Portugal se sont opposés à une révision des accords de pêche (PDF) concernant les prises hors des eaux de l’UE. Dans une lettre commune, les représentants de ces trois pays ont considérés «comme essentiel le maintien des accords de pêche existants, et la possibilité d'une extension des possibilités de pêche». Tous trois ont d’ailleurs signé des accords avec le Sénégal, le Maroc et la Mauritanie.

La Commission européenne présentera officiellement ses propositions vers le 13 juillet. Mais selon le porte-parole de la commissaire à la Pêche:

«Les négociations pour une nouvelle politique de la pêche promettent d'être houleuses.»

Dans un communiqué récent, Greenpeace Afrique lance un plaidoyer pour une exploitation durable dans le cadre d'accords de pêche équitable. Pour Oumy Sène, la chargée de campagne Océans pour Greenpeace Afrique:

«L’UE doit devenir un acteur responsable, promouvoir de bonnes pratiques de pêche, une gouvernance efficace afin de maintenir et renforcer la pérennité des moyens de subsistance provenant de la mer pour tous.»

Harouna Ismael Lebaye, un pêcheur installé sur la côte mauritanienne, témoigne:

«le système actuel de pêche est à vrai dire irrationnel. J’aimerais demander aux Européens de nous aider et de cesser d’envoyer des chalutiers de fond, plus particulièrement les bateaux qui détériorent notre écosystème. Je suis pêcheur depuis 21 ans et je suis effrayé à l’idée d’abandonner ce métier.»

Lu sur Greenpeace AfriqueEuractiv.fr