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Les mariages de mineures en augmentation au Maroc

Les chiffres révélés par le ministère de la Justice marocain pour l'année 2010 révèlent 41.098 mariages de jeunes filles mineures, soit une progression de 23,59% par rapport à l'année précédente. (33.253 en 2009, soit 10,58% de l’ensemble des unions.)

Le ministre de la Justice marocain Mohammed Taïeb Naciri a rendu public ce rapport sur les mariages de mineures lors d’un colloque à Moulay Driss Zerhoun ayant pour thème (discutable) «Le mariage des mineures au Maroc et l’application saine du code de la famille». Evoquant la part de demandes approuvées par les juges en charge des affaires matrimoniales en 2010 concernant des mineures nées en 1993 et 1994, le taux d'approbation atteint 98,49% des cas.

«Ces chiffres sont une honte pour notre pays. Ces mariages de mineures constituent une violation des droits de l’enfant. On peut assimiler ces actes à de la pédophilie autorisée. Il est scandaleux de marier des enfants âgés de seulement 9 ans. Il est regrettable de constater qu’il n’y a pas de sanctions pénales pour réprimer ces actes. Les autorités sont témoins de ce phénomène qui prend des dimensions préoccupantes et ne font rien pour le contrecarrer. Il s’agit d’un véritable détournement de la loi. Le procureur a l’obligation de protéger le mineur et ce conformément à la Convention internationale des droits de l’enfant», s’indignait Fouzia Assouli, présidente de la Ligue démocratique pour les droits de la femme (LDDF).

Ces autorisations de mariage de mineures au Maroc risquent de compromettre le Code de la famille (PDF) adopté en 2004. Dans celui-ci, la loi semble pourtant claire car l’article 19 stipule:

«L’aptitude au mariage s’acquiert pour l’homme et pour la femme jouissant de leurs facultés mentales, à 18 ans grégoriens révolus.»

Malheureusement, une dispense d’âge est prévue par l’article 20 du même Code. Les mariages de mineures sont soumis à une autorisation du juge qui entend le père et la mère pour s’assurer que le mariage ne représente pas de danger pour la jeune fille (les garçons ne sont pas concernés par ces unions). Puis le juge ordonne une expertise médicale ainsi qu'une enquête sociale. Toutefois, il apparaît qu'un simple «constat médical» remplace souvent l'expertise requise.

«Il faut mobiliser la société civile et différents départements ministériels à savoir les ministères de la Justice, de l’Intérieur, du Développement social, de l’Éducation nationale et des Finances pour mettre fin à ces mariages. Les différents acteurs devront travailler en continu pendant au moins une année pour sensibiliser les citoyens qui vivent dans les régions enclavées et dans plusieurs villages du Moyen-Atlas tels que Imilchil, Anegfou où des jeunes fillettes sont mariées par la simple lecture de la Fatiha», indique Fouzia Assouli.

Elle revient sur les multiples cas non recensés de mariages de mineures, particulièrement dans les sous-régions plutôt pauvres où l'union religieuse, la Fatiha, prime sur le civil et où les jeunes filles n'ont pas d'autres choix que d'épouser des hommes plus vieux.

En dehors du risque sanitaire (les adolescentes étant plus sujettes aux maladies sexuellement transmissibles), ces mariages précoces sont souvent synonymes de grossesses et de naissances prématurées, ainsi que d'asservissement domestique et sexuel.   

Lu sur Aujourd'hui Le Maroc, Actu-Maroc