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Le prince Moulay Hicham, cousin du roi Mohammed VI, à Rabat en octobre 2001. AFP
Le prince Moulay Hicham, cousin du roi Mohammed VI, à Rabat en octobre 2001. AFP

Moulay Hicham, le prince qui veut réformer la monarchie

Cousin de Mohammed VI, Moulay Hicham plaide pour une monarchie réformée.

Mise à jour du 14 novembre 2012: Dans un entretien diffusé hier sur la chaîne internationale France 24, le le prince Moulay Hicham , cousin du roi Mohammed VI, plaide pour une transition démocratique réelle au Maroc vers une monarchie parlementaire franche. Selon lui, c'est la seule solution face à l'aggravation des inégalités socio-économiques qui représentent un grave danger.

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Personnage séducteur, brillant, décontracté, parfois ténébreux, Moulay Hicham, cousin germain de Mohammed VI et troisième dans l’ordre de succession du trône alaouite, a repris du service dans les médias internationaux depuis le déclenchement des révolutions arabes: sur France 24, France 2, dans les colonnes du Monde, le quotidien français, et dans El Pais, le quotidien espagnol, notamment.

Ce retour du «prince rouge» sur la scène médiatique intervient après un long retrait marqué par la déception de voir la transition démocratique tant espérée au Maroc mourir dans les arcanes du Palais.

«C'est une figure atypique dans l'establishment du monde arabe. Prince authentique, cousin germain du roi Mohammed VI du Maroc, Hicham ben Abdallah el-Alaoui, dit Moulay Hicham, est aussi, par sa mère, le petit-fils de Riyad es-Solh, le premier des Premiers ministres libanais issu de l'une des plus grandes familles sunnites du pays, le cousin du prince saoudien Al-Walid bin Talal et un "ami d'enfance" du roi Abdallah de Jordanie. Ce lignage ne l'empêche pas de professer des idées démocratiques. Chercheur aux Etats-Unis, homme d'affaires dans le Golfe et en Thaïlande, investi dans le business écolo, c'est un homme dont la parole est libre» écrit L’Express, le magazine français, à qui il a accordé une interview dans laquelle il rappelle les grands principes démocratiques qu’il défend, tout en restant fortement convaincu que seule une monarchie rénovée peut assurer un avenir serein au royaume.

«Je reste convaincu qu’un changement dans le cadre d’une monarchie réformée représente la solution la moins coûteuse pour le Maroc. Je mentirais si j’affirmais que la biologie est étrangère à cette inclinaison», estime non sans franchise le prince, sur la défense de son rang et de son lignage.

Entre le prince et le roi, la distance s'est creusée

Sa proximité a souvent été perçue comme trop déstabilisatrice pour Mohammed VI qui a très tôt refusé de constituer le tandem que certains réformateurs envisageaient pour conduire le Maroc vers la modernité. Si Moulay Hicham conserve son titre et son rang d’altesse, il est toutefois banni de la maison royale, accusé de caresser le rêve d’être associé aux affaires d’Etat dès lors qu’il dira de son cousin qu’il «fait l’erreur d’asseoir son pouvoir sur une logique sécuritaire et ultraconservatrice» à défaut de vouloir l’engager «autour des notions de citoyenneté et d’émancipation».

Entre les deux hommes, nés à quelques mois d’intervalle, la distance s’est creusée très tôt. Au total, leurs parcours divergents feront d’eux des êtres différents, aux styles antagonistes.

Pour beaucoup, le prince est l’antithèse du roi. Si Mohammed VI est de caractère discret et peu disert avec la presse, Moulay Hicham est expansif et volubile. Le roi est parcimonieux dans ses déclarations, presque toujours officielles et cadrées par un protocole sévère. Il n’expose que rarement ses idées, tandis que Moulay Hicham fait état des siennes avec appétit. Il intervient dans des colloques aux thèmes ardus, fait étalage de son érudition, publie des tribunes enflammées dans la presse internationale et accorde des interviews jusqu'à satiété. Il vient de s’offrir sa fondation éponyme.

Moulay Hicham a souvent dit que «le Maroc est passé d’une monarchie répressive à une dictature institutionnalisée à laquelle la classe politique a donné l’onction de la légalité et de stabilité».Provoquant ainsi des sueurs froides à ceux qui avaient fini par orchestrer son assassinat médiatique: ses ennemis au cœur du pouvoir lanceront une campagne de dénigrement sans précédent contre «celui qui veut être calife à la place du calife» le poussant à l’exil aux Etats-Unis.

Déjà sous Hassan II, lorsque «le prince rouge» publie en septembre 1996 un article dans Le Monde Diplomatique consacré au Maroc, c’est un coup de tonnerre qu’il provoque au sein de l’intelligentsia marocaine qui s’entiche de ses idées réformatrices, notamment lorsqu’il fustige l’inadaptation du régime face aux dangers qui guettent le pays, gangrené par le népotisme, la corruption et les inégalités sociales.

Pourtant, Moulay Hicham n’est pas le «Philippe Egalité du Maroc», en référence au prince Louis Philippe d’Orléans qui pour se faire élire à la Convention révolutionnaire française, ira jusqu’à voter l’exécution de Louis XVI. Si le mouvement du 20 février 2011 et certains partis de la Gauche radicale demandent l’élection d’une Constituante et non une simple Commission consultative pour réviser la Constitution, le prince estime dans L’Express que c’est «irréaliste et signifierait la fin du régime. Historiquement, les assemblées constituantes servent à consommer la fin d’un régime.»

Pour lui, la dynastie de ses ancêtres, réputée descendre du prophète Mahomet et régnant sur le Maroc depuis le siècle du Roi Soleil «est à la fois une institution d’arbitrage et le symbole de l’identité de la nation».

Faut-il renoncer à la «sacralité»?

«La "sacralité" n’est pas compatible avec la démocratie. On peut concevoir que la personne du roi soit inviolable parce qu’il est le représentant de la nation. On peut conserver une commanderie des croyants si celle-ci est dotée d’une dimension morale, un peu comme la reine d’Angleterre est la chef de l’église d’Angleterre et le "defender of the faith". Mais il faut renoncer au caractère sacré de la personne du roi. Si on garde cette notion-là, copiée sur l’absolutisme français, au milieu d’un dispositif institutionnel par ailleurs démocratique, tout sera biaisé. A terme cela ne marchera pas», explique Moulay Hicham.

De ce point de vue, il est en porte-à-faux avec Mohammed VI, qui dans son discours du 9 mars 2011 a lui-même tracé les contours de la réforme constitutionnelle: la notion de sacralité de la monarchie est gravée dans le marbre et demeure non négociable. A qui s’applique alors le «principe de reddition des comptes», s’interrogent les démocrates qui rêvent d’une rupture nette avec un régime attaché à la suprématie du trône sur les institutions?

Le site participatif reforme.ma, qui permet aux internautes de donner leur avis sur chaque article de la Constitution à la manière des «like» et «unlike» de Facebook, montre bien que l’article 23 qui dit que «la personne du Roi est inviolable et sacrée» est loin d’emporter la majorité des suffrages.

A l’évidence, Moulay Hicham a affiné ses idées sur le rôle que doit jouer le trône à l’aune de l’accélération de l’Histoire dans le monde arabe. En mai 2001, dans l’amphithéâtre de l’Institut français des relations internationales (IFRI), son exposé sur les dérives dynastiques dans le monde arabe avait fait grand débat. Pour limiter les risques d’un pouvoir absolutiste, il proposait un «pacte monarchique familial» qui réduit la responsabilité du souverain par le contrôle de ses actes par les membres de la famille royale.

En clair, si les aptitudes à régner de Mohammed VI s’avéreraient insuffisantes, le clan alaouite pourrait dès lors le destituer à l’issue d’une procédure d’impeachment (mise en accusation). Mieux, pour concilier cette éventualité au mode de transmission du pouvoir royal, il proposait que soit révisée la sacro-sainte règle de la primogéniture qui régit la succession.

C’est la première fois que le prince écornait aussi directement la légitimité inconditionnelle de son cousin. Son idée iconoclaste, inspirée du modèle saoudien, était loin de convaincre les démocrates peu favorables à voir se reconstruire de nouvelles formes d’autocraties féodales aux dépens d’une véritable séparation des pouvoirs à l’espagnole. Pire, elle laissait entendre, aux yeux de ses détracteurs, qu’il se positionnait de facto comme l'alternative désignée à Mohammed VI, sans aucun fondement démocratique. Il faut cependant reconnaître que le prince s’est toujours défendu de se positionner en rival de son cousin.

Pour préciser sa pensée et probablement aussi pour faire quelque peu oublier son idée controversée de pacte monarchique, il proposera plus tard d’organiser au Maroc une «sorte de conférence nationale» pour ouvrir un large débat sur l’avenir des institutions du pays censées corriger les erreurs de ceux qui «dirigent le pays à vue».

«En France, le chef de l’Etat et le Premier ministre sont l’un et l’autre issus de la souveraineté populaire. Au Maroc, il y a deux légitimités, celle des urnes et celle de la tradition. On ne peut pas transposer la logique et la philosophie de la cohabitation et du domaine réservé. Il faut tourner la page, et le faire sans ambiguïté. Le Maroc doit s’inspirer des expériences des monarchies européennes tout en préservant ses traditions et sa culture», estime aujourd’hui le prince Hicham Moulay.

Un entourage royal «glouton»

«Soit la réforme tourne court car elle ne va pas assez loin, et la contestation continuera. Soit le roi choisit d’aller au bout du processus, mais dans ce cas il risque de se voir demander des comptes, en particulier sur les choix de son entourage», note Moulay Hicham.

Effectivement, la contestation est de ce point de vue très marquée contre la caste dirigeante du royaume accusée d’user d’un pouvoir écrasant dans une logique de prédation économique.

«Les pratiques de corruption existaient durant le règne de Hassan II. Elles se sont institutionnalisées avec le roi Mohammed VI» pouvait-on lire dans un télégramme diplomatique de novembre 2009 intitulé «Un conte aux proportions royales», obtenu par Wikileaks et révélé par Le Monde et El Pais.

«La corruption occupe une part non négligeable des télégrammes américains émanant du Maroc. Ils donnent l'image d'une pratique répandue dans le royaume, qui concerne les civils comme les militaires, ignore les classes sociales et touche jusqu'au palais royal», commente Le Monde.

Dans ces conditions, les avertissements de Moulay Hicham, s’ils sonnent juste, paraissent néanmoins bien optimistes, lui qui appelle à une évolution graduelle du régime marocain et non à une révolution: le Maroc a accueilli favorablement l’invitation qui lui a été faite pour rejoindre le club des monarchies du Golfe qui fait feu de tout bois pour enrayer les mouvements révolutionnaires qui menacent ses régimes. Un signe que la logique sécuritaire l’emporte encore très largement sur la volonté de démocratisation réelle.

Ali Amar

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Ali Amar

Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

Ses derniers articles: Patrick Ramaël, ce juge qui agace la Françafrique  Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey  Maroc: Le «jour du disparu», une fausse bonne idée 

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