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Qui sauvera l'éléphant du zoo d’Abidjan?

La liste des animaux disparus du zoo d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, sera bientôt plus longue que celle de ceux qui  vivent encore dans ses cages. Des 230 fauves, reptiles, mammifères présents en 2006, il n’en reste aujourd’hui que 150 —seulement 25 espèces—, raconte le quotidien ivoirien Fraternité Matin dans son édition du mardi 2 août.

Rien qu’en 2011, pendant les combats qui ont agité la ville, le parc animalier a perdu ses trois lions, ses babouins et plusieurs biches. Les fauves sont morts de faim, les autres d’absence de soins vétérinaires.

Mais la crise politique ivoirienne n’est pas la seule cause de ces décès en chaîne. L’an passé, les cinq dromadaires offerts par Mouammar Kadhafi ont également disparu. En 2006, des déchets toxiques déversés sur la capitale ont eu, entre autre, raison d’un couple de buffles.

Le parc animalier ivoirien est en outre confronté à un manque de moyens chronique, affirme son directeur Yapo Dyékoué. Car l’entretien de ses équipements et de ses hôtes coûte cher:

«Un lion adulte consomme 10 kg de viande fraîche par jour», rappelle Dyékoué. Et les 70 crocodiles mangent quelques 120 poulets par jour.

Or, le ticket d’entrée au zoo d’Abidjan, vendu aujourd'hui 46 cents d'euros, n’a pas augmenté depuis la création du parc en 1930. Le nombre de visiteurs est évalué à 100.000 par an. Selon le journal marocain Le Matin, il pourrait chuter de 80% en 2011. D'autant que dans son interview à Fraternité Matin, Yapo Dyékoué estime que les Africains ne voient pas l’utilité d’un tel parc:

«(ils) n’ont pas cette culture-là. Celle de payer pour voir des animaux, les apprécier, etc. Et pourtant, on la leur enseigne dans les écoles. Ils préfèrent plutôt les consommer. Certains visiteurs nous le disent: "Qu’est-ce que vous faites avec des animaux ici, ce serait bien dans une sauce…".»

Le zoo a 81 ans, et pas sûr qu’il fête un jour son centenaire si des mesures ne sont pas prises rapidement. Budgétaires d’abord: l’équipe de direction du zoo estime la somme nécessaire à l’entretien du parc à 45.700 euros annuels, alors que le budget qui leur est versé est systématiquement inférieur.

Néanmoins, lors d’une visite au parc animalier en juillet, le nouveau ministre de l’Environnement Dagobert Banzio a entretenu l'espoir du personnel du parc en affirmant sur RTI, la télévision d'Etat:

«Il faut donner au zoo les moyens pour que les animaux puissent évoluer dans un cadre normal».

La diversité des espèces du zoo doit également être améliorée, selon Yapo Dyékoué. Par exemple, les crocodiles trop nombreux coûtent cher en nourriture sans participer à la variété des espèces.

En revanche, le zoo ne dispose plus que d’un éléphant. Seul, il s’ennuie et… ne risque pas de se reproduire. Ainsi, le pachyderme, symbole du pays, pourrait bientôt ne plus faire partie des espèces représentées dans le zoo de la capitale…

Lu sur Fraternité Matin, Le Matin, RTI