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Esclavage : les formes modernes de la pratique

L'esclavage a été aboli il y a 165 ans. Pourtant, selon le dernier rapport du département d'Etat américain, vingt-sept millions de personnes, dont près de six millions d'enfants, subissent aujourd'hui la servitude dans le monde. Aucun pays n'est épargné et le phénomène persiste aussi en France.
L'esclavage moderne comprend différents aspects : exploitation sexuelle, travail forcé, mendicité contrainte, exploitation domestique. Cette dernière forme d'esclavage est la plus secrète, car elle est pratiquée au sein des foyers, bien à l'abri des regards extérieurs.
Deux grandes associations françaises dédiées à la défense des victimes de la traite des êtres humains – le Comité contre l'esclavage moderne (CEM) et Esclavage tolérance zéro (ETZ, installé à Marseille) – estiment que le nombre des victimes en France doit se situer entre trois et cinq mille.
Selon les statistiques du Comité, quatre-vingt pour cent de ces victimes sont des femmes, souvent des fillettes et des adolescentes, pour la plupart originaires des pays d'Afrique du Nord, d'Afrique de l'Ouest, d'Asie et d'Europe de l'Est. « Un jour, un ami, un proche ou un intermédiaire, va dans le village où habitent les jeunes filles et promet à leurs parents de les scolariser en France contre une aide à la maison. Parfois, il fait miroiter le versement d'un salaire à la famille », raconte Sylvie O'Dy, présidente du Comité contre l'esclavage moderne, et auteur du livre Esclaves en France.
Toutes ces promesses se révèlent fausses. Arrivées en France, le plus souvent de façon clandestine, les jeunes personnes se retrouvent séquestrées dans les maisons de leurs exploiteurs, ne vont pas à l'école et sont contraintes à travailler de quinze à dix-huit heures par jour, sans congé ni repos. Elles vivent dans des conditions indignes, dorment par terre et mangent des restes. « La relation d'emprise avec leurs exploiteurs se met rapidement en place, témoigne la psychologue Nagham Hriech Wahabi, directrice d'Esclavage Tolérance Zéro. Les papiers d'identité de la jeune fille sont confisqués, les liens avec sa famille sont coupés ou strictement contrôlés. Les employeurs se comportent en propriétaires et utilisent toutes les méthodes pour briser la volonté de la personne qui peut subir des violences psychologiques et physiques, voire des agressions sexuelles et des actes de torture. »
Contrairement aux idées reçues, les drames de l'esclavage moderne existent dans tous les milieux sociaux. Les diplomates protégés par leur immunité ne représentent que vingt pour cent des cas suivis par le Comité contre l'esclavage moderne. Les 80% restants sont des gens ordinaires, riches ou pauvres. Ils exploitent leurs « petites bonnes » aussi bien dans les hôtels particuliers des beaux quartiers parisiens que dans les grands ensembles de quartiers défavorisés en banlieue.
Selon l'association ETZ, les cas des gens pauvres qui exploitent les gens encore plus pauvres qu'eux sont de plus en plus fréquents.
Dans la législation française, la traite des êtres humains est un délit punissable de sept ans de prison maximum et de cent cinquante mille euros d'amende. Mais les poursuites judiciaires se heurtent à de nombreux obstacles : absence de témoins et de preuves, prescription, immunité diplomatique.
L'esclavage domestique se joue dans les huis clos des domiciles privés, ce qui rend son repérage extrêmement difficile. Les juges, faute de preuves, hésitent à utiliser la qualification de « traite des êtres humains » dans les dossiers qu'ils instruisent. Ils lui préfèrent celle de « l'aide illégale à l'entrée et au séjour des étrangers en France ».
L'emprisonnement ferme est prononcé sporadiquement, les peines s'accompagnent le plus souvent d'un sursis et les dommages accordés aux victimes dépassent rarement quelques milliers d'euros. « On pourrait croire, soulignent la fondatrice du Comité contre l'esclavage moderne, Dominique Torrès, et l'avocate Emmanuelle Hauser-Phelizon, qu'il ne s'agit pas tant de protéger les droits fondamentaux de la personne que de garantir l'ordre social et économique.» Un avis que partage la Cour européenne des droits de l'homme qui, en octobre 2012, a condamné la France pour n'avoir pas mis en place « un cadre législatif et administratif » permettant de lutter contre la servitude et le travail forcé.
RFI

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