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Obama reçoit Issoufou, Yayi, Condé et Ouattara à la Maison-Blanche, le 29 juillet 2011. REUTERS/Jason Reed
Obama reçoit Issoufou, Yayi, Condé et Ouattara à la Maison-Blanche, le 29 juillet 2011. REUTERS/Jason Reed

Les démocraties africaines de Barack Obama

Le président américain a reçu le 29 juillet quatre chefs d'Etat africains qui doivent, selon lui, servir de modèles démocratiques au continent. Une déclaration qui manque de prudence.

Le président américain Barack Obama a reçu le 29 juillet  quatre chefs d’Etat africains à la Maison Blanche. Il s’agit des présidents Boni Yayi du Bénin, Mahamadou Issoufou du Niger, Alassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire et Alpha Condé de la Guinée.

Dans une déclaration à l’occasion de cette rencontre, il a dit notamment que «tous ces dirigeants ont été élus lors d’élections libres et justes». En soulignant aussi qu’«ils sont arrivés au pouvoir en étant soutenus par la volonté légitime de leurs peuples, et en tant que tels, ils peuvent servir de modèle au continent tout entier», il leur a promis que les Etats-Unis continueraient d’être des partenaires inconditionnels dans ce processus de démocratisation et de développement.

L’Afrique doit se démocratiser

Lors de sa mémorable visite au Ghana peu après son élection, Barack Obama avait fait connaître le fond de sa pensée sur la démocratie en Afrique, en prônant des institutions fortes plutôt que des hommes forts.

La démocratisation en Afrique est en effet chaotique depuis le début des années 90. Aux espoirs de changement ont succédé les grandes déceptions à l’épreuve de l’apprentissage démocratique. Dans ces conditions, on comprend la démarche du président américain: vouloir encourager les dirigeants des pays africains qui font des efforts sur la voie de la démocratie et du développement. Car l’Afrique doit se démocratiser.

Cependant, pour être plus en phase avec sa pensée, il eût fallu d’abord montrer de façon probante la mesure réelle de l’évolution desdits pays dans les domaines susmentionnés, avant d’auréoler ses dirigeants. D’autant que, pour servir de «modèle démocratique», au continent, il faut bien plus que des élections. Et encore faudrait-il que celles-ci soient véritablement «libres et justes», comme l’affirme Barack Obama.

C’est un secret de polichinelle: les Etats-Unis ont besoin de prendre pied dans le Golfe de Guinée, qui aiguise bien des appétits géopolitiques et stratégiques. Le choix des chefs d’Etat ne semble donc pas le fait du hasard. En outre, ils viennent tous d’être élus —à l’exception de Boni Yayi, qui vient lui d'être réélu… mais dans quelles conditions?

En Afrique, il faut la prudence du caméléon. Le président américain s’est donc bien trop avancé.

Obama s’avance trop

Dans les quatre pays des dirigeants africains que Barack Obama veut promouvoir, les élections qui ont eu lieu cette année ne sont pas exemptes de critiques —loin s’en faut—, à la notable exception du Niger. Preuve s'il en faut: nul n'a contesté le résultat du scrutin, pas même son malheureux rival.

En revanche, le Bénin lui a connu ses pires élections depuis 20 ans. Jadis qualifié de «laboratoire de la démocratie en Afrique» après la chute du régime marxiste-léniniste, le pays connaît aujourd’hui une régression démocratique. Cela ne tient pas seulement au triste spectacle des élections passées, où plus d’un million d’électeurs ont été laissés en rade, aux cafouillages de la Commission électorale nationale autonome (Cena) et de la Cour constitutionnelle. Cela tient surtout au fonctionnement des institutions de la République, qui laisse à désirer et mérite d’être revu et corrigé.

Les élections atypiques que la Guinée a vécues n’ont pas encore livré le fin mot de leur histoire. Jamais l’Afrique n’avait connu pareil bricolage électoral avec des interférences étrangères dans le processus, au gré des situations. Rien d’étonnant que des conflits plus ou moins graves aient surgi au lendemain même de l’avènement au pouvoir d’Alpha Condé. La tentative d’assassinat à laquelle il a échappé récemment montre combien il vaut mieux être prudent sur la nouvelle expérience guinéenne.

Concernant la Côte d’Ivoire, le scrutin du 28 novembre 2010 a déclaré vainqueur Alassane Dramane Ouattara à travers la mission de l'ONU dans le pays. La proclamation des résultats contraires par la Cour constitutionnelle au profit du président déchu, Laurent Gbagbo a conduit à la guerre dont on a connu l’épilogue. Pour autant, il s’avère difficile de dire de façon formelle que les élections ont été «libres et justes» dans le contexte de la crise ivoirienne de l’époque.

Les institutions, clé de la démocratie

La démocratie ne se mesure certes pas à l’aune d’une élection. En supposant même que tous ces pays aient organisé les élections les plus transparentes au monde, cela ne fait pas des démocrates ipso facto les dirigeants élus, tant qu’ils n'en ont pas apporté la preuve dans l’exercice du pouvoir et le respect du fonctionnement des institutions.

Barack Obama a pleinement raison d’insister sur la mise en place d’institutions fortes, puisque c’est d’elles que dépendent le bon fonctionnement de la démocratie. Mais il fait erreur en mettant des chefs d’Etat en vedette au lieu des institutions qui le méritent.

Car ce sont en effet ces dernières qui constituent le maillon faible de la démocratie en Afrique. Et pour cause; il suffit de les corrompre pour être élu président de la République.

Alors comment faire pour que l’Etat demeure éternellement à travers le bon fonctionnement de ses institutions, et que les hommes qui le dirigent soient de simples serviteurs au profit de leur peuple?  

Marcus Boni Teiga

 

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Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

Ses derniers articles: Lettre à mon cousin Barack  A-t-on vraiment voulu tuer Boni Yayi?  Il faut privilégier les Bleus évoluant en France 

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