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Modibo Sidibé : « Tout n’est pas mauvais dans l’héritage d’ATT » au Mali

Modibo Sidibé reconnaît qu’il y a eu sous ATT des « insuffisances en matière de gouvernance ». © DR

Candidat à l’élection présidentielle au Mali, Modibo Sidibé revient sur l’héritage de l’ancien président Amadou Toumani Touré, dont il a été le Premier ministre de 2007 à 2011. Et livre son analyse de la crise malienne.

 

 

Jeune Afrique : Êtes-vous candidat à la présidentielle de juillet ?

Modibo Sidibé : L’un de mes partisans m’a posé cette question, quelques jours après ma deuxième arrestation [après le coup d'État du 22 mars 2012, NDLR]. Et je lui ai fait cette réponse : « si je ne l’étais pas hier, je le suis aujourd'hui ». Ne serait-ce que pour remettre d’aplomb le Mali et redonner confiance aux Maliens. Alors oui, je suis candidat à la présidentielle.

 

 

Vous avez été Premier ministre d’Amadou Toumani Touré (2007-2011) dont la gestion est décriée. N’est-ce pas un héritage lourd à porter ?

Je ne suis pas sûr que tout soit négatif dans l'héritage d'Amadou Toumani Touré. D’énormes progrès ont été faits durant ses deux mandats. Regardez ce qui a été fait en matière d'infrastructures routières par exemple, des nouvelles routes à Bamako et dans chaque région. Au plan agricole aussi, nous avons pu produire suffisamment de céréales pour tout le Mali et on tendait vers l’autosuffisance alimentaire. Il y a eu la construction de nombreux centres de santé un peu partout dans le pays… Certes, il y a eu des insuffisances, notamment en matière de gouvernance, mais tout n’était pas mauvais.

 

 

Mais tout de même, aujourd'hui beaucoup de Maliens lui en veulent pour la gestion du pays. Et vous-même avez été arrêté trois fois....

Arrêté pour ma propre sécurité, si j'en crois les militaires qui sont venus me chercher ! Et lorsque nous avons été détenus - parce que nous étions plusieurs hommes politiques ou hauts fonctionnaires - jamais je n'ai été interrogé sur quelque sujet que ce soit par la police ou entendu par un juge.

Les Maliens ont été un peu perturbés dans un premier temps, mais ils ont vite compris que quelque chose ne tournait pas rond. Car dans le même temps, je faisais l'objet d'une campagne de calomnie sans précédent dans la presse : « on a retrouvé des urnes bourrées de bulletins au nom de Modibo Sidibé à Koulouba », « Modibo Sidibé a acheté 200 4X4 et les a caché dans son champ », « Modibo Sidibé a détourné 43 milliards »... C'est impossible de bourrer des urnes avec des bulletins à mon nom, puisqu’au Mali nous avons adopté le bulletin unique, où chacun coche le nom de son candidat. Personne n'a été capable de produire une seule photo de ces 4X4, parce que non seulement ils n'ont jamais existé, mais pire, trop occupé par mes fonctions, je n'ai jamais eu le temps d’avoir un champ. Quant aux 42 milliards de l'Initiative riz, ils n'ont jamais été gérés par la primature, mais par le ministère des Finances. Heureusement, mes partisans ne se sont pas laisser tromper par tout ça !

 

 

Onze mois de silence, c'est très long en politique... Ne pensez-vous pas que cela a démobilisé vos partisans ?

Il n’y a aucune raison de douter de la date de la présidentielle. Tout le monde est à pied d'½uvre pour qu'elles aient lieu.

Bien au contraire. C'est sur leur insistance que je me suis mis à l'abri. Et ils n'ont jamais baissé les bras. Ils ont été très actifs au sein du FDR [Front du refus, coalition de partis et associations hostiles au coup d'État, NDLR] et ils ont même créé un parti, les Forces alternatives pour le renouveau et l'émergence (Fare). Par la grâce d'Allah, je dirai même que mon électorat s'est fortifié.

 

 

Pensez-vous que la présidentielle pourra effectivement se tenir en juillet ?

Il n’y a aucune raison d’en douter. Le gouvernement a fixé une date et tout le monde est à pied d'½uvre pour qu'elles aient lieu. Ce que nous sommes en train de faire, c'est militer pour que la société civile soit associée à la préparation des élections, à la supervision des votes, aux dépouillements… Non seulement cela garantirait la transparence, mais c’est un moyen de promouvoir l’observation citoyenne. Car c'est ça notre problème : le Mali a gagné la démocratie, mais pas les citoyens.

 

 

Et à Kidal ? Comment y organiser des élections quand la région échappe encore au contrôle de l’État malien ?

Kidal fait partie du Mali, il est impossible de ne pas l'intégrer au processus électoral. Il faut que les groupes armés désarment et je pense que cela se fera. Des discussions en ce sens ont déjà lieu, j'ai confiance, je pense que nous finirons par trouver une solution qui satisfasse tout le monde.

 

 

Mais concrètement aujourd'hui, pensez-vous qu’à Kidal on a encore envie d’être Malien ? Il semble qu'il y ait quelque chose d'irrémédiablement cassé entre les habitants de cette zone et le pouvoir central...

Je ne pense pas non. Quoi qu'on dise, au Mali, il y a toujours eu et il y a encore cette envie de vivre ensemble et chacun soit s'impliquer pour que cela soit possible. Mais je le redis, il faut que les groupes désarment et qu’ils reconnaissent les principes fondamentaux de l'intégrité territoriale et de la laïcité du Mali.

Pourquoi parler d'autonomie avancée à Kidal ? Ce n'est pas ça le fond du problème.

 

 

Le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA, groupe armé touareg) évoque l'éventualité d'une autonomie avancée pour la région, qu’en pensez-vous ?

Pourquoi parler d'autonomie avancée ? Ce n'est pas ça le fond du problème. Les vraies questions, c'est comment faire pour que chaque région du Mali devienne un pôle de croissance ? Comment renforcer les collectivités ? Comment mettre de la cohérence dans l'ensemble ? C'est ça les vrais enjeux.

Le capitaine Amadou Haya Sanogo [chef de file des putschistes du 22 mars, NDLR] est président du Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité, que pensez-vous de sa nomination ? Pensez-vous qu’il continue à influer sur la politique ?

Cette structure dépend directement du palais présidentiel. Il vaut mieux que tout cela reste cantonné à Koulouba.

 

 

À la prochaine présidentielle, vous aurez des adversaires coriaces, notamment à Ibrahim Boubacar Keïta et Soumaïla Cissé. Quels sont, selon vous, leurs points forts et leurs points faibles ?

Je n’ai pas l’intention de faire campagne en commentant ce que disent et font les autres candidats. Chacun exposera son programme et les Maliens jugeront.

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Propos recueillis par Malika Groga-Bada

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