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La masse monétaire poursuit sa décélération

Après une progression de 5,2 % à 1 006 milliards de dirhams en 2012, contre une hausse de 6,4 % en 2011, la masse monétaire M3, l'ensemble des valeurs susceptibles d'être immédiatement converties en moyen de paiement, poursuit en ces débuts d'année sa décélération en affichant, à fin mars 2013 une hausse de 2,6 %, contre 5,3 % à la même période de l'année dernière. “Cette évolution est liée essentiellement à la baisse de 12,5 % des titres d’OPCVM monétaires (…) et au ralentissement des rythmes de progression de la monnaie fiduciaire à 3,8 % après 7,2 %, et des dépôts à vue auprès des banques à 1,5 % contre 7,4 %”, explique BAM dans une note relative aux indicateurs clés des statistiques monétaires du mois de mars 2013.

Cette décélération de la croissance de la masse monétaire est perceptible depuis fin 2007. L'agrégat M3 a affiché en 2007 et 2008 des croissances respectives de 17,4 % à 710 milliards de dirhams et de 13,5 % à 806 milliards de dirhams. Pour pouvoir appréhender cette décélération, il faut analyser l'évolution des contreparties de M3 : les créances sur l'économie, les créances nettes sur l'administration centrale et les avoirs extérieurs, autrement dit les sources de création de la monnaie.

Au niveau des créances sur l'économie, après les croissance à deux chiffres sur la période 2007 (+23 %) et 2008 (+19,3 %), celles-ci se sont inscrites sur une tendance baissière n'affichant qu'une hausse de 8,7% en 2009, 4,7 % en 2010, 10,3 % en 2011 et 5,7 % en 2012. On voit ainsi une forte corrélation entre l'évolution des crédits à l'économie et celle de la masse monétaire. Cette dernière varie en fonction des facilités à faire des crédits et donc en partie en fonction du niveau des taux d'intérêt. Ainsi, durant les années 2006, 2007 et 2008, années de fortes croissance des crédits à l'économie, tirées particulièrement par le crédit immobilier qui a connu une très forte progression durant cette période en raison des mesures d'encouragement à l'acquisition de logement et de la baisse des taux d'intérêt, l'agrégat M3 affichait une croissance solide (Cf. tableau). La situation s'est inversée au cours de ces dernières années à cause d'une conjoncture économique difficile, qui laisse peu de visibilité aux agents économiques. En atteste le net ralentissement des crédits d'équipement constaté au cours de ces dernières années, enregistrant même un recul de 2,02 % à 138 milliards de dirhams en 2012.

Impact des avoirs extérieurs

Outre la conjoncture économique, la flambée des prix de l'immobilier a fini aussi par freiner la dynamique des crédits immobiliers (hormis dans le segment social) au moment où les banques, faisant face à un resserrement de leurs liquidités et une montée des risques, durcissaient les conditions de crédit. Et c'est pour atténuer la situation de trésorerie du système bancaire que Bank Al-Maghrib a multiplié ses interventions sur le marché pour permettre aux banques de continuer à financer l'économie nationale. Toutefois, comme l'a répété très souvent le Wali de Bank Al-Maghrib, ce sont les entreprises qui font actuellement moins appel aux crédits bancaires. Il reste que l'absence de visibilité pour les opérateurs économiques et le niveau élevé des prix immobilier limitent l'ardeur des agents économiques à recourir aux crédits bancaires. Or, c'est le crédit qui est la principale source de création de la monnaie et donc de l'évolution de l'agrégat M3.

Outre les crédits à l'économie, les avoirs extérieurs s'inscrivent depuis quelques années sur une tendance baissière significative, reflétant la dégradation des comptes extérieurs du Royaume. Ils sont ainsi passés de 207 milliards de dirhams en 2007 à 140 milliards de dirhams à fin 2012. Ainsi, l'évolution des avoirs extérieurs contribue à la décélération de la masse monétaire. La tendance risque de ne pas s'inverser rapidement à ce niveau, à cause notamment du déficit abyssal de la balance commerciale qui ne cesse de s'aggraver sous l'effet de l'évolution des prix des carburants et des produits agricoles, à un moment où la crise affecte les principales sources d'entrée de devises du Royaume (transferts des MRE, recettes touristiques, IDE, etc.).

Enfin, signalons que les décélérations enregistrées au niveau des créances sur l'économie et le repli des avoirs extérieurs sont faiblement compensées par les évolutions des créances nettes sur l'administration qui ont augmenté de 22 % et 17,7 % au cours des deux dernières années.

En résumé, le retour à une croissance durable de la masse monétaire dépendra fortement de la reprise d'une croissance économique durable, hypothéquée aujourd'hui par une conjoncture internationale difficile.

MD

La Nouvelle Tribune

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