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Le flop de la campagne touristique tunisienne

Dire que la campagne actuelle pour la promotion du tourisme en Tunisie divise, est un euphémisme. Depuis son lancement le 9 mai 2011 en France, les avis divergent sur son efficacité et sa pertinence tant du point de vue de la diaspora que des touristes français.

Qui plus est, le moment a été mal choisi, car la Tunisie, en dehors d’être malgré elle impliquée dans le conflit libyen en accueillant près de 50.000 réfugiés, traverse une série de remous internes politiques et sociaux. 

«On a bien réfléchi, on a pesé le pour et le contre […]. Ces événements sont sérieux pour nous les Tunisiens mais, d’un point de vue touristique, il n’y a aucun risque et pas de problème de sécurité», estime Syrine Cherif, responsable de l’agence tunisienne Memac Ogilvy, qui a conçu la campagne.

Outre l’humour et l’autodérision qui caractérisent cette campagne —d’un goût douteux pour certains—, plusieurs éléments invitent à critiquer sa conception.

Certes, le ministre du Tourisme du gouvernement provisoire, Mehdi Haouas, qui a commandé cette campagne de promotion 2011, disposant d'une enveloppe de trois millions d'euros, n'avait pas une mission facile étant donné les bouleversements que connaît la Tunisie.

Par ailleurs, pour le lancement de la campagne «I Love Tunisia», en ligne depuis le 14 février sur Internet et sur les réseaux sociaux, le ministre du Tourisme aurait fait appel à un communicant français, Bastien Millot, conseiller régional UMP (Union pour le mouvement populaire) de Picardie et compagnon de route de Jean-François Copé, le premier secrétaire du parti de la majorité en France.

Une collaboration française qui dérange l’opinion tunisienne. Cette dernière reste désormais prudente quant à l’implication des politiques, diplomates et conseillers français dans son processus démocratique. «Je ne connaissais pas personnellement le ministre du Tourisme», assure Bastien Millot, 39 ans, président directeur général de l’agence Bygmalion.

«C’est le Club du XXIe siècle (un cercle d’influence qui réunit des chefs d’entreprises et des banquiers) qui nous a mis en contact. C’est vrai que certains présentent Bygmalion comme une boîte proche de l’UMP, j’ai travaillé dix ans comme collaborateur de Jean-François Copé et il m’arrive encore de le conseiller à titre amical, mais le ministre du Tourisme ne m’a jamais dit qui m’avait recommandé», a-t-il précisé.

Au total, 927.000 touristes sont arrivés en Tunisie durant les quatre derniers mois, soit une baisse de 42 % par rapport à la même période de l’année 2010.

En dehors des moyens déployés pour cette campagne, le gouvernement s’est quelque peu précipité et a largement négligé l'impact d'une telle publicité. Le directeur général de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT), Habib Amar, avait pourtant déclaré avant le début de cette campagne pleine de promesses:

«Cette révolution, va permettre au tourisme de se relever, après avoir souffert de longues années de maux structurels. Nous avons multiplié par deux et demi le budget alloué à la promotion du tourisme, soit 60 millions de dinars (plus de 30 millions euros) dont 26 millions seront consacrés à la campagne destinée au marché européen.» 

Un investissement certes conséquent, mais un résultat médiocre.

Lu sur Nawaat, Télérama, Info-Tunisie