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France : François Hollande est-il un simple politicien ou est-il un vrai homme d'Etat ?

Il y a un an, dans une euphorie générale du peuple de gauche, François Hollande était élu à la présidence de la république française. Un an après, peut-on objectivement établir un bilan critique de son action à la tête de l'Etat ? C'est la question à laquelle répond notre compatriote Jacques Bationo. Docteur en philosophie, Jacques Bationo enseigne cette matière dans un Lycée de Rungis, dans la banlieue parisienne. C'est aussi et surtout un militant actif du Parti socialiste puisqu'il a été candidat aux dernières élections municipales à Rungis. Il est membre de la commission administrative du PS de la ville, et y occupe également le poste de chargé de communication.

« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux », dit l'Ecclésiaste ; et surtout, « un temps pour pleurer et un temps pour rire ». On ne pouvait pas mieux caractériser la situation qui était celle du Parti socialiste (PS) français quelques années avant l'élection présidentielle décisive de 2012.

Ce fut, en effet, pour le parti socialiste le temps du doute et du tâtonnement, le temps où on lui reprochait son incapacité à se doter d'un programme clair, d'être en décalage avec la réalité sociale française dans ses mutations et évolutions. On reprochait aussi à chacun des « éléphants » d'être resté campé sur ses positions, rendant impossible toute compréhension mutuelle.

Ce parti était alors celui de toutes les positions et, partant, de toutes les divisions. Victime de ce que le philosophe Karl Popper (1902-1994) appelle « le mythe du cadre de référence », chacun pensait détenir la vérité. Ce parti s'était lui-même suicidé au point que ses divergences de positions, qui devaient être un atout démocratique (le pluralisme), sont devenues des faiblesses.

Puis, tout en faisant son aggiornamento, vint le temps de la rénovation, du renouvellement, de la refondation. Que de débats, de conventions et de fora organisés, dont l'aboutissement fut l'élaboration d'un vrai projet politique et socialiste pour les françaises et les français.

Tant bien que mal, le parti s'est replié sur lui-même tout en s'ouvrant aux militants et aux spécialistes des différents domaines du politique et de l'économique. Il s'est refondu pour se redéployer dans la douleur en surmontant ses éternelles querelles internes.

Aussi, avant l'élection présidentielle de 2012, ce parti était-il prêt à proposer aux françaises et aux français un vrai projet de société, un vrai programme politique et, surtout, un candidat capable de les mener à la victoire, cette victoire dont nous fêtons en ce mois de mai 2013 le premier anniversaire.

Il est alors possible de jeter un regard derrière nous pour donner l'occasion à la réflexion de faire quelque analyse de la distance parcourue.

« On a souvent dit que le politicien pense à la prochaine élection, l'homme d'Etat à la prochaine génération ». Cette formule qui, comme une antienne, est récurrente dans les textes du philosophe américain John Rawls (1921-2002), est très explicite pour faire la part des choses entre le politicien et l'homme d'Etat, et nous aider, précisément, dans notre analyse. C'est qu'en effet, le mot politicien est bien négativement connoté.

Pour dire les choses simplement, il illustre bien la figure négative de l'homme politique, celle de la démagogie, de la quête de l'intérêt personnel, de l'opportunisme, et donc du machiavélisme. Ici, le politicien instrumentalise la chose politique. Dès lors, il agit envers le peuple, faisant de lui un moyen de sa quête et non une fin. Quant à l'homme d'Etat, son souci majeur est d'assurer une société bien ordonnée dans la liberté et la justice.

S'il nous fallait faire un bilan d'étape, après une année de présidence, comment qualifier le président Hollande ? Est-il un politicien ou un homme d'Etat ?

Pour ses détracteurs et l'opposition, la réponse se trouve être l'évidence même. Aussi, ne cesse-t-on pas de nous rabâcher la mollesse, l'inaction, le manque d'autorité de François Hollande ; sa présidence est qualifiée de non-présidence conduisant non seulement la France dans le mur, mais aussi mettant en péril l'axe franco-allemand considéré comme pilier de la construction de l'Union européenne.

Il faut avouer que les critiques dont on a affublées François Hollande, d'abord candidat aux primaires citoyennes du parti socialiste et ensuite candidat du parti socialiste, puis de la gauche à la dernière présidentielle sont les mêmes reproches que l'on continue de lui faire. L'objectif est toujours le même, ternir l'image du président Hollande, le faire passer pour ce qu'il n'est pas dans la perspective de l'élection de 2017.

Aussi, le moins que l'on puisse dire, c'est que ceux qui tiennent ce genre d'accusation ne sont-ils pas, à vrai dire, que de pitoyables politiciens. Quelques raisons, en effet, nous conduisent à les qualifier ainsi :

1- Une année d'exercice du pouvoir est-elle suffisante pour juger du travail du président ? La question a besoin d'être posée non pas tant pour défendre le chef de l'état français, mais pour rappeler ce qu'il est légitime d'attendre du temps politique.

S'il est vrai que François Hollande ne bénéficie plus, depuis longtemps déjà, de ce qu'on appelle généralement l'état de grâce, il faut reconnaître qu'une année d'exercice du pouvoir n'est pas suffisante pour juger de son travail. Le temps politique peut sembler quelque peu long par rapport à l'impatience du peuple, mais c'est ainsi.

2- Ajouté à cela, la situation économique et sociale en déliquescence dont il a héritée. La droite a, de fait, beau jeu de critiquer, mais elle oublie que nous sortons de plus d'une décennie de gouvernance de droite avec un héritage économique et social des plus catastrophiques. L'action du président Hollande a justement pour objectif de rectifier les mauvais choix faits par la précédente présidence.

La réalité c'est que le président Hollande travaille à redresser la France et à la sortir du goulot. La preuve, c'est que son gouvernement ne cesse de prendre des décisions dans ce sens, s'inscrivant alors dans la droite ligne de son programme de campagne et des promesses faites aux français.

Ainsi, il a été mis en place :
- Le crédit d'impôt compétitivité emploi.
- La banque publique d'investissement.
- La création de postes dans l'éducation nationale.
- Les emplois d'avenir.
- Les contrats de génération.
- La loi sur la sécurisation de l'emploi.
- La suppression de la taxe Sarkozy de 1% sur la TVA.
- L'encadrement des rémunérations des patrons des entreprises publiques.
- L'augmentation de 25% de l'allocation de rentrée scolaire dès la rentrée 2012.
- La baisse de 30% des rémunérations du Président et des Ministres.
- La loi en faveur du mariage pour tous. La liste, certainement, n'est pas exhaustive, et l'information est disponible pour ceux qui voudraient en savoir plus.

Au plan international, on peu noter le retrait des troupes d'Afghanistan et, surtout, l'intervention au Mali qui a été pour le président Hollande l'occasion de montrer qu'il est un homme d'Etat qui tient la barre, démentant par là-même tous les ragots le qualifiant d'indécis.

Il faut aussi souligner que, sous la houlette de la France, le conseil de sécurité des Nations Unies a voté une résolution (la résolution 2100) pour le déploiement d'une force de casques bleus et de policiers au Mali. Avec cette intervention au Mali, François Hollande a fait montre non seulement de sa capacité à prendre les bonnes décisions au bon moment, dans l'urgence, mais aussi de son souci de changer la donne dans les rapports franco-africains.

L'intervention au Mali avait seulement pour objectif de restaurer l'intégrité territoriale d'un Etat souverain. Par ailleurs, la dissolution de ce que l'on avait toujours appelé « la cellule africaine de l'Elysée » s'inscrit bien dans cette démarche de rupture avec les méthodes d'un autre temps.

On l'aura compris, le président Hollande est un homme d'Etat par le fait même qu'il a une gestion du pays qui n'accorde pas la primauté à ses amis ou à ses intérêts propres, comme l'on a eu l'occasion de le vivre pendant la mandature précédente.

Au contraire, il pense d'abord aux françaises et aux français d'aujourd'hui et de demain. Son souci majeur, ce n'est pas la prochaine élection, mais c'est la sortie de la France du marasme économique et social dont il a hérité. Les mesures qui ont été prises, et dont j'ai énumérées quelques unes, n'ont d'autre but que de relancer l'économie et de freiner le chômage galopant.

A vrai dire, il ne semble pas judicieux du juger du bien ou, surtout, du mal de la présidence Hollande à seulement une année d'action. Certes, le bilan d'étape est permis, mais le jugement qui, de surcroit, condamnerait l'action de l'homme ne paraît pas juste. Il est vrai que c'est une élection qui a suscité bien des attentes et beaucoup d'espoir, il y a de l'impatience certes, mais il est un trop tôt pour en juger de son efficacité.

Justement, il faut attendre de voir quels sont les effets des actes qui ont été posés. Aussi, serait-il légitime de juger l'efficacité de son action au moins à mis mandat, et au plus, à la fin de celui-ci. Il est impossible, de fait, de renverser la situation héritée de la droite en une année d'exercice du pouvoir. Ne dit-on pas qu'à l'impossible nul n'est tenu ? Laissons donc le président Hollande poursuivre son ½uvre de redressement de la France. Pour l'instant, les décisions prises vont dans le bon sens, et il faut bien espérer que les effets de ces décisions soient à la hauteur des attentes des françaises et des français.

Pour cela, il faut que le gouvernement reste uni. Certes, au parti socialiste, l'on a été habitué à toutes les positions et, partant, à toutes les divisions. La divergence de position n'est pas mauvaise en soi, car la démocratie se définit aussi comme un perpétuel débat. Mais lorsque ces innombrables positions se muent en divisions et empêchent de parler d'une seule voix, cela devient suicidaire. Il faut donc donner le temps au débat et savoir dépasser les divergences.

Il faut peut-être aussi éviter de tomber dans le piège de l'antisarkozisme forcené. L'antisarkozisme peut conduire au dogmatisme, or le dogmatisme est aveugle. Il faut faire ce que l'on sait faire en tant que socialiste, c'est-à-dire une politique de gauche tout simplement. Mais faire une politique de gauche, par ailleurs, ce n'est pas défendre le parti de l'Etat paternaliste, l'Etat providence. L'Etat, aujourd'hui, ne doit pas se contenter de résorber la misère, car il faut aussi le faire, il faut faire de la solidarité.

Mais en même temps, les français ne veulent pas être assistés. C'est pourquoi l'Etat doit également mettre en place les moyens empêchant la société de créer cette misère. Cela passe surtout par la création d'emplois durables, la construction de logements sociaux et la lutte contre la flambée des prix de l'immobilier, frein à l'accès à la propriété pour une certaine classe moyenne.

Il fut une époque, lorsque Dominique Strauss-Kahn était encore écouté au parti socialiste, celui-ci avait introduit dans le débat la notion de « socialisme du réel ». Il exhortait alors à « un minimum de révolution dans notre manière de regarder les choses ».

Il ne s'agit pas, dans cette révolution, d'adopter la politique de la tabula rasa, il ne s'agit pas d'envisager un bouleversement total et radical de la société française ; mais il s'agit, en fonction des mutations internes de cette société française, mutations internes elles-mêmes liées à la mondialisation, de penser autrement le discours socialiste pour l'adapter à la réalité sociale française. Il faut recadrer le discours et l'idéologie par rapport aux attentes de la société pour agir en conséquence. Il faut moderniser le discours pour que l'action soit plus en phase avec la réalité.

C'est tout le sens qu'il faut donner à cette notion de « socialisme du réel », car écrit encore Dominique Strauss-Kahn, « adopter le socialisme du réel que je préconise, ce n'est pas se résigner au pragmatisme et à l'ordre établi : il s'agit de faire face à la réalité pour pouvoir la changer. » De fait, il s'agit de faire le bonheur des français avec eux et non sans ou malgré eux. Cela nécessite avant tout d'adopter face au bonheur la position réaliste d'un idéal, un horizon, et de le considérer comme un principe régulateur. Lorsqu'on a compris cela, on a aussi compris que ce bonheur considéré comme visée doit être tout simplement approché. Pour cela, il faut cibler dans la société les poches de malheurs et essayer de les enrayer au coup par coup.

Ce qui suppose, par conséquent, qu'il faille accorder à l'Etat la place qui lui convient. Celle d'un Etat interventionniste certes, mais qui laisse la place, une place non moins importante, aux libertés individuelles et à l'initiative privée. L'Etat doit donc agir comme un ingénieur social. L'urgence aujourd'hui, ce n'est pas nouveau, c'est le chômage et le mal logement.

Durant cette dernière décennie, le parti socialiste est le seul parti qui a su innover dans l'espace politique français, avec les primaires citoyennes. Des primaires qui, en 2007, avaient empêché François Hollande d'assumer son rôle de candidat naturel étant alors premier secrétaire du parti, ce qui avait toujours été la coutume.

Ces primaires citoyennes ont pu être vécues par lui comme une injustice. Mais les primaires constituent un acte démocratique incontestable. La preuve, c'est que cela a permis à Hollande de prendre sa « revanche » en étant désigné candidat du parti en 2012. C'est comme si justice avait été faite. Mais si le parti socialiste est capable de telles innovations politiques, le président Hollande et son gouvernement sauront s'en inspirer pour trouver les moyens de la politique de redressement tant attendue par les françaises et les français.

On ne peut pas dire que le travail qui a été fait depuis une année ne va pas dans ce sens, et il semble très injuste de considérer que le président Hollande est inactif. Il faut surtout faire attention à ne pas remettre en cause, ce que tente de faire la droite, la légitimité démocratique dont bénéficie Hollande qui, faut-il le rappeler, a été élu avec un programme et un projet. Depuis une année, c'est ce programme qu'il tente de mettre en ½uvre, même si cela n'est pas toujours bien compris. L'on pourra toujours faire le bilan définitif à la fin de son mandat.

En tout état de cause, le peuple français aura tout le temps d'en juger lors de la prochaine présidentielle. De même que le délit est sanctionné par les tribunaux de justice, la faute morale par la conscience, ne dit-on pas que la faute politique est sanctionnée par les électeurs ? Qu'il en soit donc ainsi, c'est la loi de la démocratie.

Jacques Batiéno, Professeur de philosophie, Rungis, (France)

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