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Libertés et religion, les questions qui fâchent…

Le Royaume, qui a ouvert le champ des droits de l'homme, pourra-t-il aller jusqu’au bout de cet engagement ? Cette question vient automatiquement à l'esprit à chaque fois qu'on est amené à considérer que l'exercice d'une liberté pourrait s'avérer contraire à certaines lectures ou compréhension des principes de la religion musulmane. 

Dans ce cas, c'est le système institutionnel et politique qui serait, quelque part, se sentir gêné ! Et, entre le respect des droits de l'homme tels qu'universellement reconnus et les dogmes de la religion musulmane, le département des Habous se trouve dans l'embarras. Récit d’une polémique dont l’essentiel est, sans doute, ailleurs. 

A la base, il y a l'article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le Maroc est signataire. Cette disposition universelle inclut les stipulations suivantes : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé. [...] La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection [...] de la morale d’autrui ». Le Pacte protège aussi la liberté d’association et d’opinion, et inclut des limites strictes à la possibilité qu’ont les gouvernements signataires de restreindre ces droits. Pour les démocrates, cette disposition constitue une véritable source d'inspiration, pour ne pas dire d'existence.

Au Maroc, l'Islam est la religion d'Etat et le sujet se veut certainement sensible et délicat. De là découle la question, que posent certains, de savoir si Islam et droits de l'homme sont compatibles, voire conciliables.

 

Les faits

 

Ainsi, nombre de citoyens, d'associations ne veulent plus aujourd'hui de l'Article 490 du Code pénal qui prévoit une peine d’un mois à un an de prison pour toute relation sexuelle en dehors du mariage entre deux personnes adultes. L'argument avancé est que l'article en question constitue une véritable atteinte à la liberté sexuelle qui est un droit consacré par la législation internationale. A partir de cette stipulation, certains admettent le droit pour leurs mères, leurs s½urs et leurs filles de disposer librement de leur corps.

Abdellah Nahari, l'imam oujdi, qui avait qualifié ce genre de personnes de ''cocus'', vient d'être innocenté de son accusation d'incitation à la haine. Par rapport également à la liberté sexuelle, la pièce de théâtre faisant l’éloge du sexe féminin, qui a comme interprète Latifa Ahrar, a fait couler beaucoup d'encre. Rappelons que cette production est une adaptation marocaine de la pièce “Monologues du Vagin”, écrite par l’américaine Eve Ensler en 1996 et traduite en 46 langues.

 

Allant encore plus loin, le MALI (Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles)qui certes, n'exista que quelques semaines avant que sa fondatrice ne s'installe en Slovénie (!!!), avait osé, au nom des libertés individuelles, incité à manger publiquement durant le mois de Ramadan. Là encore, le message se voulait sans ambiguïté aucune.

Ceux qui se qualifient de laïcs, et avec eux tout un groupe d'opportunistes et de carriéristes à double langage, se disent déterminés ''à lutter jusqu'à la sécularisation de l'Etat et l'instauration d'un élargissement des libertés individuelles au Maroc'', soulignant que ''les libertés sexuelles, de croyance, d'avortement, de manger en public les jours du Ramadan ou du droit de disposer librement de son corps, l'égalité homme/femme au niveau de l'héritage, la suppression de la dot, l'abolition de la peine de mort…constituent leur véritable champ de bataille''. Seule pour l'instant, l'homosexualité, n'est pas ouvertement évoquée et encore moins revendiquée.

Ombre et lumière 

 

Dans un autre ordre d'idées, on ne veut plus également du châtiment de l'apostasie, tel que prévu par le corpus juridique qui la considère comme un crime passible de la peine de mort. Cette disposition juridique conforme à la religion musulmane a fait polémique à la suite de la publication d'un « avis» des Oulémas à la demande du Conseil National des Droits de l'Homme, (voir infra la position du ministre des Habous et des affaires religieuses Ahmed Toufiq).

Ahmed Assid, l'intellectuel amazigh, lui, ne s'est pas empêché de s'attaquer à un Hadith du Prophète (PSL) en le qualifiant d'incitation au terrorisme. Une position qui lui a valu une volée de bois vert de la part des différents milieux religieux. Unanimes, ils ont tenu à lui démontrer, arguments à l'appui, qu'en la matière, il n'avait rien compris ou il n'avait pas voulu comprendre !

Au-delà de l'Islam officiel, et notamment du côté des Islamistes, on préfère ne pas s'affoler. Leur argument est que s'il y a vraiment aujourd'hui un combat à mener, ce serait normalement dans le sens inverse. Ils avancent à ce niveau que, concrètement, l'identité musulmane du Marocain est mise à rude épreuve, car tous les Moharramates (les interdits en Islam) sont tolérés: l'alcool, l'usure dans la finance, la prostitution, la pédophilie, la corruption, la drogue, les jeux de hasard…

Ils posent la même problématique à l'égard des séries mexicaines, syriennes et turques, connues pour l'usage compulsif et osé des relations hommes/femmes, voire hommes/hommes dans certaines séries américano-mexicaines diffusées (et rediffusées) sur les différentes chaînes nationales.

Ceci dit, au niveau de l'Islam populaire, le Marocain n'est pas mal à l'aise dans sa spiritualité et sa foi dans un pays où l'Islam est religion d'Etat.

Quant au socle institutionnel, il évolue en fonction des questions et problèmes posés, tantôt pour l'ouverture, tantôt pour le dogme…

H.Zaatit 

Encadré 

L'apostasie et Ahmed Toufiq… 

Le ministre des Habous et des Affaires Islamiques, Ahmed Toufiq, estime que l'avis émis par le Conseil des Oulémas concernant l’exécution de l’apostat, et dans la foulée d’autres questions relatives au mariage, au divorce, à l’avortement, à l'héritage et à la foi, remontent à 2009, soit deux ans avant l’adoption de la nouvelle Constitution. Et de poursuivre que le Conseil supérieur des oulémas est “l’institution la mieux placée pour savoir que la liberté de culte fait partie des principes immuables de l’Islam, comme l’affirme le verset coranique : ''Il n’y a point de contrainte en religion”. Le ministre boutchichi explique dans le même sens que ''le Conseil sait mieux que quiconque que le hadith, souvent invoqué comme argument pour l’exécution de l’apostat, est l’objet d’une controverse entre oulémas et ne peut, en aucun cas, remettre en cause le principe de liberté de culte auquel renvoient clairement les versets coraniques”. Ahmed Taoufiq tient à rappeler toutefois que ''les oulémas marocains contemporains sont réputés pour leurs compétences en matière de fatwas tenant compte des mutations qui s’opèrent dans le monde”.

 

La Nouvelle Tribune

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