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L'Assemblée nationale française, à Paris, le 12 juillet 2011. REUTERS/Gonzalo Fuentes
L'Assemblée nationale française, à Paris, le 12 juillet 2011. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Bas les masques!

En juillet 2011, une partie de la classe politique française a montré son vrai visage: celui du national-conservatisme. Par Alain Dolium.

De l’apéro saucisson-pinard à l’Assemblée Nationale, au souhait d’interdire les groupes de rap composés d’artistes issus de l’immigration, en passant par les commentaires xénophobes sur la candidate à la présidentielle française de 2012 Eva Joly (d‘origine norvégienne), issue du parti écologique français; tout est prétexte à montrer ses biceps pour les nationaux-conservateurs.

Le phénomène n’est pas circonscrit à la France, puisqu’en plus de la déclaration de Nicolas Sarkozy en février 2011 sur la première chaîne nationale sur le thème «Le multiculturalisme est un échec», Angela Merkel et David Cameron ont pris les mêmes positions. Dernier évènement en date: l’ignoble tuerie du 22 juillet en Norvège, avec un tueur aveuglé par sa haine de l’islam et de la société multiculturelle qui, selon lui, «pourrit la Norvège».

En France, les nationaux conservateurs ne voient guère plus loin que les origines, qu’elles soient culturelles ou sociales. «Dis-moi d'où tu viens... je te dirais jusqu'où tu peux aller», chuchotent-ils. Malheureusement, ce déterminisme mesquin, ce conservatisme suicidaire s’est installé à tous les étages de la société française, plus pyramidale que jamais, reniant le pacte républicain.

Le national-conservatisme recrute de manière évidente à droite, mais son influence se fait également sentir à gauche. Bien que divisés entre la frange dure de la droite populaire (UMP), les partisans du Front national (extrême droite) ou l’aile néo-réactionnaire du Parti socialiste (gauche), les nationaux conservateurs se disputent en fait le même positionnement politique, dissimulant derrière un «parler vrai» de façade leur projet de restauration d’un ordre social ancien. Ils défendent de concert une vision racornie de la France, une vision ethnicisée qui ne dit pas son nom, bien qu’elle prétende se revêtir des atours de la République.

Réduire le poids des rentes de situation

De même, ils entendent maintenir la société française dans un corset d’immobilisme, en abolissant toute remise en cause de l’ordonnancement social de notre pays. Rien ne leur est plus odieux que la remise en cause des privilèges et des situations acquises. La méritocratie ne leur sied que si elle ne remet pas en cause le fonctionnement du système. A leurs yeux, nous n'appartiendrons jamais au même monde, à la même caste.

Le national-conservatisme fait peu de cas de la nouvelle génération de femmes et d’hommes revendiquant un parcours de vie plus qu’un pedigree social acquis dès la plus tendre enfance et avalisé rue d’Ulm (où se trouvent les locaux de l’Ecole normale supérieure) ou rue Saint Guillaume (Sciences Po Paris). C’est que ses adeptes bénéficient le plus souvent d’une rente de situation et souhaitent la conserver quoi qu’il en coûte à notre pays.

Les nationaux conservateurs se soumettent aux lois d'un capitalisme patrimonial et financier au bord de l'implosion, quand c'est une économie entrepreneuriale, responsable et soutenable qu'il nous faut inventer. Ils organisent la vie politique comme un système vertical, quand c'est une démocratie ouverte, plus horizontale et rendant davantage de comptes aux citoyens qu'il nous faut ériger. Ils défendent les situations acquises par principe, même quand elles sont contraires à tout progrès économique, social et démocratique.

C'est en définitive ce national-conservatisme qui organise la rupture, un à un, des câbles de l'ascenseur social. La marche du progrès social s'interrompt et le sentiment d'appartenance à un destin commun s'efface peu à peu, pour laisser place à un repli identitaire instrumentalisé par des semeurs d’illusion. Le dernier point des nationaux conservateurs est l’adoption d’une posture décliniste: «c’était mieux avant» pourrait être leur cri de ralliement.

Or, les atouts de la France sont ceux d'une grande nation: une démocratie relativement stable, une démographie dynamique, un rayonnement culturel, un territoire intrinsèquement compétitif, des structures éducatives étendues, une qualité de système de santé et d'infrastructures routières, la vitalité des industries immobilières, agroalimentaires, aéronautiques, automobiles et pharmaceutiques.

Assurer un renouvellement démocratique

Il faut d’urgence construire un pôle de l’innovation démocratique, écologique et sociale déterminé à affronter les nationaux conservateurs. Le programme commun de ce pôle doit être de lever les blocages de la société française pour favoriser l’émancipation des individus et le bien commun. La question du renouvellement démocratique y occupe donc la première place, puisqu’il s’agit de s’appuyer sur les citoyens pour mettre en place une transformation profonde de notre société.

Ecoutons les lanceurs d’alerte, qui nous indiquent, dans tous les domaines les failles de notre République. Ils nous parlent de dérèglement climatique, de dérive oligarchique de l’économie, de confusion des pouvoirs, de misère sociale, de désamour européen. Après l’écoute viendra le temps de l’action.

Notre ambition pour la France ne doit pas être seulement de voir notre pays survivre à cette crise, mais bien plutôt que chaque Français puisse donner sa pleine mesure et accéder aux meilleures opportunités pour lui-même et pour ses enfants. Voilà l’enjeu de la présidentielle.

Alain Dolium

Responsable des questions d’innovation et de développement économique au Mouvement démocrate français (MoDem). Conseiller national de son parti politique

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The Root est un magazine de commentaire en ligne sur l'actualité américaine à travers divers points de vue afro-américains. C'est un site du groupe Slate.

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