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Zimbabwe - Comment le Royaume-Uni a sauvé la vie de Mugabe

Il y a longtemps que le régime de Robert Mugabe n’a pas bonne presse. Le dictateur zimbabwéen est au ban de la communauté internationale, accusé d’incompétence, de corruption et d’atteintes les plus graves aux droits de l’homme.

Pourtant, sans l’aide des Britanniques, celui qui préside aux destinées du Zimbabwe (ex-Rhodésie du Sud) depuis 1980, n’aurait jamais pu vivre assez longtemps pour arriver au pouvoir. BBC News Africa révèle en effet ce 1er août que le Royaume-Uni a sauvé la vie de Mugabe.

L’histoire remonte à la fin des années 70, quand Robert Mugabe et Joshua Nkomo, le leader du Zimbabwe African People’s Union (Zapu) combattaient le gouvernement blanc de Ian Smith, le Premier ministre d’alors.

Mugabe, soutenu par les Chinois, avait basé les forces de la Zimbabwe African National Union (Zanu) à la frontière du Mozambique, tandis que le mouvement de Nkomo campait dans la Zambie voisine. Depuis 1965, le gouvernement de Ian Smith, constitué de la minorité blanche du pays avait déclaré unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie, et Londres observait, à distance, la guerre entre les différentes parties.

Un conflit qui prit un tournant décisif lorsque le 3 septembre 1978, un avion transportant 56 passagers a été abattu. Dix-huit personnes ont survécu au crash, mais dix d’entre elles ont été massacrées au sol par la guerilla. Cinq mois plus tard, la Zapu de Nkomo, accusée d’avoir fomenté cet attentat, abat à nouveau un avion civil transportant 59 passagers.

Le gouvernement de la minorité blanche décrète alors la vengeance. Une mission est montée pour assassiner Joshua Nkomo. Mais le raid échoue. Plusieurs tentatives pour éliminer Robert Mugabe se solderont également par un échec. Les suspicions se portent alors sur le gouvernement britannique, que les services secrets rhodésiens accusent d’avoir averti les rebelles indépendantistes Mugabe et Nkomo.

BBC Africa se base sur une note confidentielle, transmise au gouvernement rhodésien par un conseiller du secrétaire au Foreign Office d'alors (le ministère britannique des Affaires étrangères), David Owen, et qu'ils ont pu se procurer:

«Le Dr Owen voit des difficultés dans un tel plan d’action.»

A l’époque, rappelle encore BBC News, le gouvernement britannique opposé à celui de Ian Smith cherchait une solution pacifique à la guerre en Rhodésie. En prévenant les deux chefs rebelles d’attentats contre leur personne, il tenait à s’assurer qu’ils participeraient bien aux pourparlers de paix de Lancaster House, qui se sont déroulés à Londres en 1979.

Aujourd’hui, Owen confirme :

«Je pense que l'assassinat n'était pas la solution pour ramener la paix. Mugabe était à ce moment-là, je pense, le véritable choix du peuple rhodésien. Qu'est-ce qui a mal tourné? Si nous avions pu éviter que Mugabe soit le choix numéro 1, l'histoire du Zimbabwe aurait été bien meilleure.»

David Owen, qui porte aujourd’hui le titre de lord, est convaincu que ce que la Grande-Bretagne a fait était juste. Même si l’histoire a mal tourné et que Robert Mugabe a plongé le pays dans la pauvreté endémique, avec un régime devenu l’une des pires dictatures d’Afrique.

Lu sur BBC Africa