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Macky Sall ose se fâcher (Par Madiambal Diagne)

Le Président Macky Sall s'est montré irrité, irascible même, lors de sa rencontre avec les centrales syndicales le 1 mai dernier. Le chef de l'Etat s'était fâché des remarques et autres doléances formulées par les représentants des travailleurs qui, on ne le dira jamais assez, sont bien dans leur rôle. Il s'est offusqué notamment des remarques quant aux prix des denrées de base, au coût du loye et à la récession qui gagne de nombreux secteurs d'activités économiques. Le Président Sall n'a pas trouvé de réponses concrètes à tout cela, sinon que de révéler des états d'âme.

On se demande bien si c'est lui qui doit se fâcher ou si ce sont les populations qui doivent éprouver un certain courroux. On peut bien dire que Macky Sall se fâche pour avoir été rattrapé par ses promesses électorales. En effet, Macky Sall avait été élu en promettant de créer des milliers d'emplois par an. Un an après son accession au pouvoir, on attend encore de voir les premiers emplois promis. Il a aussi été élu sur une promesse de faire baisser le prix du loyer. Il n'y arrive pas, comme son gouvernement n'arrive pas non plus à respecter sa promesse de livrer 2 000 logements sociaux avant le prochain hivernage. Nous l'avions dit, au risque d'essuyer des insultes, que le gouvernement serait incapable de respecter ces délais fixés par le chef de l'Etat. En visite ce week-end dans la banlieue, le Premier ministre Abdoul Mbaye a cherché à tromper son monde en déclarant exiger des entrepreneurs qu'ils respectent les délais de livraison des logements, sans pour autant dire aux Sénégalais que les délais ont été secrètement allongés de six mois. Il n'a pas non plus dit aux Sénégalais que les contrats signés confirment les accusations de surfacturation portées par les architectes, car ces logements sociaux attendus à Tivaouane Peulh sont de 35% plus chers que les logements facturés par Abdoulaye Wade à Jaxaay dont le site est encore plus proche de Dakar.

Macky Sall est en colère quand on lui parle du prix encore trop cher des denrées de première nécessité. Les syndicalistes peuvent bien râler, surtout que deux éminentes figures de l'alliance au pouvoir, le président de l'Assemblée nationale (le 24 avril) et le Premier ministre (le 29 avril) admettent sans ambage l'incapacité du gouvernement à faire baisser les prix des denrées. Si Macky Sall qui avait été élu sur la base d'une telle promesse doit se fâcher, c'est plutôt contre ses proches qui le désavouent ainsi publiquement. Dire qu'un ministre du Commerce avait démissionné suite à des divergences avec le Premier ministre à propos des prix des denrées ! El Hadji Malick Gakou disait que des prix ne pouvaient être imposés aux industriels sans des mesures compensatrices.

Macky Sall se fâche parce que les syndicalistes lui ont aussi fait remarquer que les entreprises sont en difficulté. Lui-même l'avait pourtant reconnu quand il ordonnait le recensement de ces entreprises avant le 28 février 2013. Le délai est bien passé et le gouvernement est dans l'incapacité de publier la liste des entreprises en difficulté et les mécanismes préconisés pour les soulager.

Macky Sall se fâche contre la presse et des promoteurs de médias au motif que des acteurs politiques se cacheraient derrière eux ! Le chef de l'Etat oublie qu'il avait été promoteur de médias (la radio Seninfos). Il oublie que c'était un secret de polichinelle qu'il a été le principal soutien financier des journaux Le Messager et Il est Midi dirigés par un certain Ndiogou Wack Seck, et qui justement avaient une ligne éditoriale d'insultes et d'insanités contre des journalistes et des adversaires politiques. Macky Sall oublie que la première décision qu'il a prise dans le domaine des médias avait été de signer tous les écrits insultants de Ndiogou Wack Seck en le nommant président du Conseil d'administration de la Rts. On connaît des gens qui ne lui pardonnent pas cet acte.

De toute façon, le chef de l'Etat aura encore à se fâcher. Les partenaires au développement se montrent sceptiques quant à la capacité du gouvernement à promouvoir une politique à même de sortir le pays de la torpeur économique. Lors des dernières assemblées générales des institutions de BrettonWoods, la délégation sénégalaise en avait eu pour son grade. La consigne était claire, à l'endroit du ministre des Finances Amadou Kane : «Nous ne voulons plus des incantations mais des actions concrètes.» Macky Sall doit se fâcher de cela. Comme il doit se fâcher de la remarque du Forum civil et de l'Ordre des architectes du Sénégal qui ruent dans les brancards du Premier ministre Abdoul Mbaye en dénonçant les marchés de gré à gré gros de magouilles. C'est d'ailleurs là où cela fera le plus mal car Macky Sall passe pour un chantre de la «gouvernance vertueuse». Le chef de l'Etat devrait encore être plus fâché avec lui-même et son gouvernement qu'avec le Peuple, quand il réalisera que les recettes de l'Etat ont baissé, notamment dans le secteur du tertiaire ou quand il réalisera que le Sénégal ne vit plus que de fiscalité de porte. L'énervement de Macky Sall traduit-il un constat d'impuissance ?

Plutôt que de se fâcher, Macky Sall devrait chercher à calmer la légitime colère de nombre de ses concitoyens où à tout le moins, faire comme Bouddha.On raconte que Bouddha était, comme à son habitude, en train de méditer au pied de son arbre quand un homme en colère arriva et l'insulta. Bouddha ne réagit pas, continuant sa méditation. L'homme s'énerva de plus belle et finit par demander quel genre d'homme était ce Bouddha qui ne réagissait pas aux insultes. Bouddha répondit alors : «Si on donne un cadeau à quelqu'un qui le refuse, à qui appartient le cadeau ?» En d'autres termes : «Laissons la colère à celui qui est en colère, ne la prenons pas personnellement.»

Madiambal Diagne