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Abdel Jalil « le Français » arrêté par les autorités.

A la suite de l’arrestation de Gilles Le Guen alias Abdel Jalil al Faransi présenté comme un djihadiste français à la solde d’Al Qaida au Maghreb islamique, nous re-publions un article écrit à l’automne présentant le « djihadiste-breton ». Détenu au Mali depuis le 29 avril, selon des informations de RTL, Gilles Le Guen ne ferait toujours pas l’objet d’une enquête judiciaire française. Arrêté une première fois en novembre 2012, par des islamistes « pour des soupçons d'espionnage au profit de la France », il est libéré le mois suivant. Selon des informations de RFI, c’est un homme seul et fatigué qui aurait été capturé.

Abdel Jalil n'a pas l’air d’un guerrier

L'air fatigué, le souffle court, un quinquagénaire prend la parole devant une large tenture noire marquée du nom d'Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Une kalachnikov savamment déposée à sa droite ne laisse aucun doute quant à la nature du message qui va suivre.

Dans un langage parfait, il se présente. Français, vivant à Tombouctou depuis deux ans avec sa femme et ses trois enfants, il dit avoir parcouru le monde au sein de la marine marchande dans laquelle il a été officier jusqu'à ses 40 ans. Il dit aussi avoir travaillé pour Médecins Sans Frontière en Ethiopie.

Celui qui se fait appeler Abdel Jalil prêche pour la charia (la loi islamique) et le djihad (la guerre sainte) contre les «alliés du diable», qui vivent dans «Le profit, L'adultère, l'usure, l'homosexualité, le crime et l'ignorance».

Si ses mots sont forts, et son discours radical, Abdel Jalil n'a pas l'allure d'un guerrier. Bien au contraire, sa maigre barbe et sa fine moustache sont teintes,  comme pour faire oublier les quelques rides qui trahissent sont âge. Parfois il s'arrête un temps, l'air perdu dans ses pensées, puis reprend son souffle et ses esprits pour recommencer son discours.

Lorsque vient le moment de lire un passage du livre d'Edouard Selim Atiyah et Henri Cattan, La Palestine terre de promesse et de sang, il enfile difficilement une paire de lunettes et se penche en avant pour mieux y voir. L'homme n'a décidément pas l'allure d'un djihadiste sanguinaire.

 

Abdel Jalil devant une tenture noire marquée du nom d’Al Qaida. Capture d’écran d’une vidéo datée du 8 octobre 2012

Un message à François Hollande

Pourtant, ses propos sont d'une radicalité sans équivoque. D'un hommage à Oussama Ben Laden il enchaîne sur les attentats du onze septembre : « Allah a frappé la tête des alliés du diable en signe pour l'humanité » explique-t-il.

Puis vient le temps des appels, des mises en garde envers les autorités ainsi qu'envers les peuples français et américains, pour les dissuader d'intervenir au Nord-Mali.

« François Hollande,  avez-vous oublié vos promesses électorales de vous détacher des décisions de l'OTAN qui ne défend plus que les intérêts politiques et économiques israélo-américains ? Je lance un appel au peuple français de s'opposer à toute agression qui ne serait pas dans leurs intérêts ».

Il promet en outre une « catastrophe humaine et humanitaire »  en cas d'intervention au Sahel.

Que peut-on apprendre de cette vidéo ?

Cette vidéo postée par le site mauritanien Sahara Médias permet de confirmer la présence de djihadistes français au Nord-Mali, évoquée par l’AFP et le journal Le Monde le 28 septembre. Il y était fait mention de deux hommes se battant aux côtés des groupes islamistes dans l’Azawad.

Dans un article paru le 7 octobre, RFI dévoilait à son tour une photo témoignant de la présence de deux djihadistes français ou binationaux. L’un, se faisant appeler Mohamedou, apparaissait à l’arrière d’un pick-up dans la ville de Gao, une kalachnikov en bandoulière.  Il y était fait aussi mention d'un certain quinquagénaire habitant à Tombouctou et prénommé Abdel Jalil...

Un troisième djihadiste français se faisant appeler Kassam, certainement d’origine capverdienne, avait quant à lui été tué dans le courant du mois d'août par les forces de sécurité nigériennes dans la localité de Tillabery au Niger.

La vidéo mettant en scène le quinquagénaire Abdel Jalil  aurait, elle, été réalisée le 8 octobre selon l'AFP. Les visages des djihadistes français du Nord-Mali sont donc apparus aux yeux de tous dans un laps de temps très court, entre le 28 septembre et le début du mois d'octobre.

Au moment où la France exprime clairement sa volonté de soutenir une intervention militaire au Nord-Mali, il semble donc fort utile à Aqmi de s'adresser directement aux autorités hexagonales par l'intermédiaire de l'un de ses ressortissants.

Un profil surprenant

Le profil d'Abdel Jalil tranche pourtant étonnamment avec les informations que nous avons sur les deux autres djihadistes français du Nord-Mali (Kassam et Mohamedou), révélées par le Monde et RFI. Ceux-ci, plus jeunes, étaient décrits comme étant particulièrement aguerris et bien préparés à la vie de moudjahidine.

Abdel Jalil ne semble avoir ni le profil, ni le parcours d'un véritable djihadiste. Installé avec sa famille depuis deux ans à Tombouctou, le quinquagénaire était décrit par RFI selon ces termes :

« Il était à Tombouctou avant l'arrivée des djihadistes. Il est resté sur place, et a épousé leur cause. Du moins, en apparence».

Par Ambroise Védrines

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