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Abdourahman TX brave la dictature djiboutienne

L'actualité étant riche en événements politiques, Le Temps a eu un entretien exclusif avec le secrétaire général de la coalition de l'opposition ABDOURAHMAN MOHAMED GUELLEH (Abdourahman TX). L'entretien porte sur la crise politique, sur le parlement parallèle, sur le l'échec de l'esprit du dialogue politique proposé par l'USN.

Le Temps : Avant d'entamer le fil de l'interview exclusivement consacré sur l'état de l'opposition, un mot sur le coup de force du régime contre les élus locaux intervenu en mars 2013 ?

A.M.G : L'opinion nationale et le monde entier ont observé avec stupéfaction  les coups de force et le putsch du régime contre les institutions démocratiquement élus, contre le maire et son équipe, contre les présidents et les exécutifs des communes , contre la majorité du conseil de Djibouti remplacés, tous, par des marionnettes du régime. Pour sanctionner la pluralité et la liberté politique, la démocratie et l'alternance mal vécue en février 2012, le régime a jugé bon d'organiser des coups de force.  Mes amis et moi avons tiré de ce dictat un capital politique inimaginable parce que les fonctions que nous occupions sont des fonctions électives donc politiques. Je mesure, aujourd'hui, le cadeau du régime à mon action et  à ma personnalité politique. D'ailleurs, nous n'avions nullement l'intention de passer cinq  années sans aider la population, en restant les bras croisés et en s'offrant uniquement des sorties télévisées en compagnie des membres du gouvernement qui aiment s'afficher au petit écran pour faire semblant de travailler, de montrer à leur patron.

Et, je profite de votre tribune pour remercier la population Djiboutienne qui partage avec nous cette joie d'avoir honoré nos engagements politiques. En rejoignant les forces du changement et de la démocratie, nous avons pris position contre le mensonge, la démagogie, l'appauvrissement du peuple, l'injustice et le népotisme. Bref, nous avons librement choisi notre camp, celui du peuple et de la sincérité politique.

Le Temps : Quel est votre esprit en ces moments de crise politique postélectorale sans précédent ?

A.M.G : Inquiet pour le pays. Comme l'ensemble de l'opposition et de tous les Djiboutiens, je suis très inquiet de la grave situation politique, économique et sociale sans précédent que traverse notre pays. La Nation Djiboutienne est au bord de l'implosion parce que rien ne va plus. On a l'impression que l'avion n'a plus de pilote, que la conduite du pays est en pilotage automatique, que la raison et la conscience politique font énormément défaut. Des réelles inquiétudes partagées par tout le monde y compris par des proches et des collaborateurs du régime. Il faut être insensé pour ne pas tirer cette conclusion politique.

Le Temps : L'opposition a publié des résolutions relatives à une assemblée nationale parallèle ? Sa séance inaugurale s'est tenue lundi 30 avril 2013. Cet acte politique n'est-il pas un danger pour l'avenir et l'existence du pays ?

A.M.G : A ma connaissance, le peuple a massivement voté pour la coalition de l'opposition qui a présenté des candidats sous la bannière de l'Union pour le Salut National. Là où RADD avait fait ses preuves face à l'UMP aux récentes élections municipales de 2012, le contraire avec l'USN, en défaite, n'est que de la poudre aux yeux. Personne n'est dupe pour confirmer une victoire de l'UMP. Le peuple a sévèrement sanctionné la politique de la prétendue majorité au pouvoir. Le danger vient du régime et de sa méthode de gérer la crise politique postélectorale. L'USN mène une lutte non violente  et pacifique contrairement au régime qui utilise la force, la répression et la violence politique.

Le Temps : L'opposition a proposé le 24 avril 2013 une offre de dialogue politique au pouvoir. Vous affirmez que le régime l'aurait rejeté alors que le porte-parole du gouvernement, ministre des affaires étrangères, avance le contraire.

A.M.G : Les Djiboutiens et l'opinion internationale sont surpris par cette attitude et cette intransigeance du président de la république qui se fait passer pour un homme de dialogue, d'ouverture et de l'unité. Par ce rejet de l'offre de dialogue politique de l'opposition en vue de sauver ensemble un pays plongé dans une grave crise politique postélectorale, le président de la république, à travers son porte-parole, vient de démentir ce dont il a inlassablement revendiqué : favoriser le dialogue national inconditionnel qui puise ses valeurs dans nos cultures traditionnelles et  musulmanes. Est-ce l'usure du pouvoir ou  un orgueil déplacé ? Est-ce un aveu d'impuissance ou de manque de courage  politique ? Ou simplement, le président de la république prend à la légère la conséquence d'une  crise politique   considérant qu'elle ne l'interpelle pas du tout?

Quel que soit la raison avancée, et malgré le désaccord publiquement affiché de certaines personnalités éminentes du  régime à la réaction de leur chef, aucune force politique et aucune personnalité politique ne peut ignorer une offre de dialogue politique du moment que la situation du pays l'exige. La preuve, le ministre des affaires étrangères et porte-parole du gouvernement MAHAMOUD ALI YOUSSOUF a personnalisé le National, l'offre du dialogue national en tentant de contourner l'opinion nationale et la communauté internationale en s'adressant non pas à l'Union de l'opposition mais à un seul homme au demeurant fort respectable, AHMED YOUSSOUF HOUMED. C'est une manière de fuir la vérité et la réalité. Chose révolue à l'heure d'internet et des nouvelles technologies. Autre temps, autre m½urs. Tout le monde a compris. Aujourd'hui, le président de l'USN AHMED YOUSSOUF HOUMED incarne l'unité nationale et le changement pour lesquels  a massivement voté le peuple djiboutien.

Dans cette offre de dialogue, l'USN  a assumé ses responsabilités politiques. Le régime privilégie à tort  la force et la répression, la fuite en avant. Mais faut-il rappeler, dans l'Histoire, ici et ailleurs, que ni la volonté du peuple ni la résistance pacifique n'ont jamais abdiqué face aux pressions et aux répressions des régimes autoritaires.

Le Temps : Le pouvoir a accepté le dialogue politique à condition que les élus USN siègent à l'assemblée nationale....et en considérant ces élus comme seuls partenaires au dialogue.

A.M.G : Il ne s'agit pas de confrontations d'arguments et de points de vue subjectifs sur une banale histoire ou un quelconque fais divers.  Il est question de sauver un pays au bord de l'abime politique, économique et sociale. Ce n'est pas au gouvernement de dicter la feuille de route du dialogue avec des conditions préétablies. Et il n'est ni question de siéger ni de reconnaitre l'assemblée fantôme non élue par le peuple. L'USN, en proposant l'offre de dialogue, a décidé de faire preuve de courage, de responsabilité, de maturité politique, de sagesse et en plaçant les intérêts du pays au-dessus de toute autre considération et sans conditions préalables. C'est une preuve de sincérité et de patriotisme de la part de l'opposition  face à l'autisme du régime qui  reste prisonnier d'un carcan politique dépassé.

Le Temps : L'opposition a entamé une tournée auprès des chancelleries étrangères .Quelle est l'objectif  de cette tournée ?

A.M.G : L'opposition Djiboutienne unie sous la bannière de l'USN  est une organisation politique légalement constituée, ayant gagné les dernières élections législatives du 22 février 2013 et  engagée à la conquête du pouvoir par les urnes en vue de proposer un programme crédible et une alternance démocratique. Elle joue pleinement le rôle qui est le sien. Cette prise de contact et cette tournée auprès des organisations internationales accréditées en république de Djibouti  n'est qu'une action parmi  les actions politiques quotidiennes de l'USN.

Le Temps : Selon la rumeur publique, la délégation de l'opposition dont vous faisiez parties a été arrêtée et fouillée à la fin de votre entrevue avec l'ambassadrice américaine. Qu'en est-il ?

A.M.G : J'ai honte pour mon pays. Et c'est très grave. Effectivement, en plein parking, dans le périmètre de l'ambassade, nous avons croisé un important dispositif policier. C'était impressionnant à voir, avec une caméra vidéo qui filmait la sortie de la délégation. La police nous a arrêtés et fouillés. Notre activité n'avait rien d'illégale. Je le répète, l'opposition est une organisation politique légalement engagée pour la conquête du pouvoir. Elle peut être, demain, par alternance pacifique et démocratique, aux commandes du pays. Il est tout à fait normal qu'elle expose ses points de vue aux amis de Djibouti. Pourquoi cette panique ?

Le Temps : DAHER AHMED FARAH, le porte-parole de l'USN et président du MRD vient  d'être arrêté de nouveau et emprisonné à Gabode. Comment expliquez-vous cette énième  détention.

A.M.G : Nous  dénonçons fortement cet acharnement politique contre un leader politique de l'opposition parce que, tout simplement, il dérange le pouvoir. Nous observons une situation inédite de déni de  justice en république de Djibouti. C'est la plus grave affaire judiciaire jamais observée. L'arrêt de la cour d'appel  cassée et annulé par la cour suprême est foulé aux pieds par le régime pour la simple raison de mettre un leader politique qui dérange le pouvoir derrière les barreaux. C'est la preuve d'un acharnement politique mesquin, une flagrante injustice, une violation des droits humains. Mais DAF n'est pas prêt à renoncer, fidèle à ses principes,  à son engagement politique au service du pays et du peuple.

Je salue, également, le moral d'acier des autres démocrates et oulémas injustement détenus à la sinistre prison de Gabode à savoir ABDOURAHMAN BACHIR, ABDOURAHMAN GOD et GUIRREH MEIDAL. Nos courageux détenus politiques expriment leur attachement au changement et à l'idéal démocratiques. Ils continuent sereinement à dénoncer, à l'intérieur de la prison, par des méditations, des prières, des veillées nocturnes, des Dou 'A  la souffrance du peuple et  l'injustice.

Le Temps : L'opposition Djiboutienne a nommé ABDOURAHMAN BOREH, représentant itinérant auprès des organisations internationales. Qu'est-ce qui a motivé ce choix ?

A.M.G : ABDOURAHMAN BOREH est un homme politique djiboutien en exil, un membre de l'opposition Djiboutienne. Tout le monde le connait. Il a beaucoup fait pour ce pays contrairement à ce que racontent ses détracteurs politiques. Ce sont  ses qualités et son engagement politique qui ont motivé sa nomination au poste hautement important d'ambassadeur itinérant de l'USN à l'extérieur. Et, je suis convaincu qu'il pourra aisément les mettre au service du changement et de l'alternance démocratique  engagés par la coalition de l'opposition.

A l'instar d'ABDOURAHMAN BOREH, L'opposition Djiboutienne se réjouit de compter parmi ses rangs toutes les personnalités politiques éprises de changement et  de progrès. D'ailleurs, toute la diaspora Djiboutienne, sans aucune distinction, est mobilisée pour la lutte pacifique que mène le peuple djiboutien contre le régime autoritaire. Je leur rends un hommage.

Le Temps : Un dernier mot ou un message ?

A.M.G : J'appelle tous les Djiboutiens engagés en politiques se sentant toujours utiles pour le pays et pour l'avenir de la nation Djiboutienne de nous rejoindre pour le combat politique démocratique et pour la résistance pacifique.  Qu'ils nous rejoignent dans ce combat qu'ils ont toujours mené avec force et conviction.

Quant aux autres qui s'apprêtent à s'engager en politique, nous les encourageons à rejoindre les forces libres et démocratiques, l'opposition Djiboutienne.

Enfin, je salue le travail  de presse libre de votre journal qui intervient dans un paysage médiatique verrouillé par le pouvoir. La preuve, le ministre des affaires étrangères a jugé utile de faire lire, lundi 30 avril 2013, par les medias du régime uniquement la  lettre gouvernementale et non celle de l'opposition. Un pouvoir allergique à la liberté d'expression et politique.

Le Temps : Nous vous remercions pour l'interview.

A.M.G : C'est moi qui vous remercie.

Entretien précédemment publié dans les pages du bimensuel Djiboutien  « Le Temps » n° 26 du 2 mai 2013, Djibouti. Avec l'aimable autorisation de la rédaction.

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