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Rétrospection : Les agences de sous-développement

On s'achemine lentement mais sûrement vers la libération totale des régions du nord, le retour de l'administration et la sécurisation des localités. Mais si l'opération Serval a financé le marché central de Gao, détruit par des bombardements, si des Ong sont particulièrement actives dans l'aide d'urgence et humanitaire, tout est à reconstruire. Et pour cela, l'Etat doit  se fixer deux préalables : l'inventaire de tout ce qui a été détruit et l'audit des trois régions du nord. Des ressortissants de cette zone ont trop tendance à affirmer que rien n'a été fait pour le développement de leurs terroirs. Pour se faire entendre, ils ont même pris les armes et déclenché une rébellion qui n'est pas encore finie. Il serait donc intéressant que les bailleurs de fonds, qui, depuis l'indépendance du Mali, ont investi des centaines de milliards pour sortir le nord de la misère du Sahara. 

En effet, les plus grands projets et programmes de développement ont été initiés en faveur de ces trois régions. Pourquoi ne se sont-elles pas développées ? Parce que des individus, toujours les mêmes, chargés de diriger ces actions ont trouvé le moyen de privilégier leurs intérêts personnels et particuliers au détriment des populations. A quoi ont servi le Padl, le Papiv, le Pspsdn, l'Adin et autre Adn ? Ont-ils pu impulser le développement local? Ont-ils pu assurer la sécurité alimentaire, la sécurité tout court ? Ont-ils pu réaliser l'intégration socioéconomique des ex-rebelles des Mouvements et front unifiés de l'Azawad ou des ex-combattants des mouvements d'autodéfense ? Non ! Au contraire, ces structures ont toujours été sources de conflits interpersonnels, chacun voulant participer au partage du gâteau généreusement et gracieusement offert par des partenaires techniques et financiers qui croient sur papier les requêtes de financement qu'on leur soumet. Selon certaines sources, ces agences serviraient également à l'achat d'armes et au financement de rébellion.

Au sein d'une agence chargée de l'intégration des ex-combattants, dure depuis des années une guéguerre entre le directeur général, un Targui, et son adjoint, un Songhay. L''épilogue ne serait pas loin puisque, selon certaines indiscrétions, le directeur, protégé en très haut lieu, aurait fini par avoir le départ de son adjoint, lui-même jouissant pourtant de la protection d'un ancien Premier ministre. Auparavant, l'adjoint s'est vu retiré tous les avantages auxquels il avait droit de par ses fonctions : carburant, téléphone, véhicule. Même l'eau minérale lui a été coupée, de même que le thé ou le café. Pourtant, il n'y a pas longtemps, lorsque son chef avait eu peur des représailles et qu'il s'est réfugié au Burkina Faso, lorsqu'à son retour il a été interpellé et gardé quelques jours par la Sécurité d'Etat, c'est l'adjoint qui a assuré.

Les raisons de la mésentente entre les deux hommes sont nombreuses. Mais la plus sérieuse est relative au fait que cette agence, qui est censée intégrer des jeunes des trois régions du nord, n'a rien à faire ici à Bamako. D'ailleurs, c'est à Gao que se trouvait son siège avec une antenne dans chaque région. En complicité avec un ancien gouverneur aujourd'hui décédé, le directeur a fait déménager le siège de l'agence à Bamako. Et c'est depuis la capitale qu'il sélectionnerait les projets à financer selon son humeur. Coupé des réalités du terrain que sont les localités du nord dans lesquelles les projets montés par les jeunes du nord doivent se dérouler, le directeur n'a pas la moindre idée de la manière dont les financements sont utilisés. Il n'y a ni suivi ni évaluation. La rébellion de janvier 2012 est venue tout compromettre. Mais bien avant cela, le directeur adjoint et certaines notabilités ont tout fait pour le retour de la direction à Gao ou dans une autre capitale régionale. C'est sur le terrain que la direction doit être et non à la primature. Pour expliquer son refus de faire ce que les populations de Gao lui demandent de faire, le directeur invoque des questions d'insécurité qui planerait sur sa personne. Oubliant qu'il n'est pas le seul cadre capable de diriger une agence qui a régulièrement échoué dans l'atteinte de ses objectifs dont le principal est l'intégration d'ex-combattants. Et si des jeunes du nord sont toujours pauvres et dés½uvrés, s'ils succombent au charme des narcotrafiquants, s'ils prennent des armes contre leur propres forces armées et de sécurité, c'est tout simplement parce les cadres chargés de le les intégrer dans la société ont été incapables de le faire ou ont trouvé le moyen d'utiliser l'argent à d'autres fins.

Pour cette raison, rien que pour cela, les choses doivent rentrer dans l'ordre. Que les agences chargées du développement du nord aient leurs sièges dans les villes du nord. Mais auparavant, qu'elles soient toutes évaluées pour qu'on sache ce qui n'a pas marché, qu'elles soient auditées pour que les partenaires sachent où vont leurs sous. Qu'elles ne soient plus des agences de sous-développement au seul service de quelques individus douteux.

Cheick Tandina

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