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Le groupe SMOD sur la scène des Francofolies de Montréal © Stéphanie Trouillard, tous droits réservés
Le groupe SMOD sur la scène des Francofolies de Montréal © Stéphanie Trouillard, tous droits réservés

SMOD, du rap'n'folk militant en chemise africaine

Découvert par Manu Chao, SMOD parcourt le monde avec son rap’n’folk festif. Porté par le fils d’Amadou et Mariam, le trio malien essaye de se faire un nom. Militants, ces potes de Bamako mélangent rythmes traditionnels et urbains pour dénoncer les maux de l’Afrique.

À leur descente de la scène des Francofolies de Montréal, les trois membres de SMOD n’ont pas le temps de souffler. Après leur concert énergique et bouillonnant, les musiciens encore dégoulinants de sueur sont rapidement entourés par des festivaliers québécois qui leur demandent une photo ou un autographe.

Sam, le guitariste de la formation, est le plus sollicité. «J’adore ce que font vos parents», lui déclare un spectateur, tandis qu’une autre femme, accompagnée de sa petite fille, lui raconte qu’elle s’est mariée sur la chanson Beaux Dimanches. Le fils d’Amadou et Mariam esquisse un sourire. Il a l’habitude de ce genre de commentaires. Même s’il est fier de son père et de sa mère, le jeune Malien aimerait bien prendre quelques distances artistiques avec les auteurs de Senegal Fast Food:

«Les musiques ne sont pas identiques, cela fait une très grande différence. Nous faisons du rap et pas eux. Si les gens commencent à nous découvrir, ils vont nous voir nous. C’est notre combat.»

Mais sans un coup de pouce du célèbre couple, l’aventure du groupe aurait pu rester confidentielle. Après avoir sorti deux albums au Mali au début des années 2000, Sam, Ousco et Donsky (Mouzy, le M de SMOD a déjà quitté la formation) passent leur temps sur la terrasse d’Amadou et Mariam à Bamako. C’est là qu’en 2005, ils font la connaissance de Manu Chao:

«On allait répéter chez eux, sur le toit qu’on a surnommé "le septième ciel". Un soir, on a vu Manu Chao qui était assis en bas, on ne savait même pas qui c’était. On lui a demandé s'il voulait suivre la répétition et il est monté. On a chanté ensemble et on s’est aperçu qu’il jouait de la guitare», raconte Donsky en toute simplicité.

L’ancien chanteur de la Mano Negra travaille alors sur l’enregistrement du disque Dimanche à Bamako. Séduit par le talent du rejeton d’Amadou et Mariam et de ses amis, il leur propose de devenir leur producteur.

En attendant d’enregistrer un album, Manu Chao cosigne avec le trio un premier morceau intitulé Politic Amagni (La politique n'est pas bonne). Présent sur le disque d’Amadou et Mariam, ce titre sera disque d’or en France.

Mélanger les influences

Au printemps 2009, la bande de potes sort enfin sa troisième réalisation, un mélange de rap, de folk et de rythmes ancestraux.

«Au Mali, les personnes âgées n’écoutaient pas de rap, parce que pour eux c’est vraiment de la violence. Pour leur faire comprendre notre message, on a intégré le côté traditionnel et le côté chant. On veut leur montrer que le rap est dans l’intérêt de tout le monde, pas seulement des jeunes», explique Sam.

Même si leurs influences sont occidentales, les SMOD veulent préserver leur culture. Pas de grosses chaînes en or ni de casquettes de rappeur pour le trio, mais des chemises africaines sans prétention. Pour Donsky, l’un des deux chanteurs de la formation, le passé imprègne le présent:

«Cela nous tient à cœur d’utiliser nos racines dans notre musique. Le hip-hop est venu à la base d’Afrique, mais il a été rendu populaire par les Américains. C’est un emprunt culturel que l’on a fait. Mais il ne faut pas tout prendre, il y a du positif et du négatif.»

Engagement politique

Dans leurs textes, les jeunes militants musicaux s’en prennent à la corruption qui ronge leur continent:

«Parler beaucoup, manger l’argent, voyager beaucoup seulement, mais travailler beaucoup, créer des choses, emploi des jeunes non, non, non, les dirigeants africains sont comme ça», critique SMOD, dans la chanson intitulée Les dirigeants africains.

Avec son rap festif, le groupe malien essaie d’ouvrir les yeux à ses concitoyens:

«Il faut qu’on arrête de prendre les armes. Il y a d’autres moyens d’informer les gens. On peut les sensibiliser par la musique et par les paroles, et non pas par la violence physique», affirme Sam.

Mais pour Donsky, il faut aller plus loin que la simple dénonciation:

«Ce qui est difficile, c’est d’apporter des solutions. C’est capital. Il ne suffit pas de critiquer une personne, il faut lui apporter le bon sens. Si chacun de son côté apporte une pierre à la construction de l’édifice, on ne pourra pas tout de suite égaler les pays européens, mais on aura une Afrique propre à nous. C’est ce qu’on veut

Des thèmes engagés qui seront présents sur leur prochain album, qui devrait sortir en 2012. Entre deux concerts, le trio s’est remis à l’écriture:

«La maquette est déjà prête; on a presque tous les morceaux. On va bientôt entrer en studio pour l’enregistrement. On a pris notre temps, on ne voulait pas le faire trop rapidement», annonce Sam.

Stéphanie Trouillard

 

Stéphanie Trouillard

Stéphanie Trouillard. Journaliste française spécialiste du Maghreb et du Canada.

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