mis à jour le

L'investiture d'Andry Rajoelina boycottée par les diplomates étrangers, Antananarivo, 21 mars 2009. REUTERS/Siphiwe Sibeko
L'investiture d'Andry Rajoelina boycottée par les diplomates étrangers, Antananarivo, 21 mars 2009. REUTERS/Siphiwe Sibeko

Andry Rajoelina, la force pas tranquille de Madagascar

En visite de travail à Paris, le jeune dirigeant malgache tente de desserrer l'étau qui pèse sur son régime de transition plus de deux ans après son coup d'Etat.

Au pouvoir depuis plus de deux ans à Madagascar, Andry Rajoelina, 36 ans, est-il en passe de sortir son régime, celui de la Haute autorité de la transition (HAT), de l'isolement international? Le 12 mai 2011, Andry Rajoelina, surnommé TGV, est reçu à Paris par le ministre des Affaires étrangères français Alain Juppé dans le cadre d’une visite de travail. Certes, pour la France, il n’est pas question de reconnaissance officielle, ce qui serait contraire à la position de ses pairs européens.

C'est que, jusqu’à présent, le jeune dirigeant malgache s’est heurté à l’intransigeance de la communauté internationale qui, de l’Union européenne à l’Union africaine en passant par les Etats-Unis, sanctionne sa prise inconstitutionnelle du pouvoir le 17 mars 2009, qualifiée de coup d'Etat. Depuis, la Grande Île flotte dans une zone grise et navigue à vue, privée des aides extérieures.

Plus que jamais, la survie et la débrouillardise sont les impératifs qui régissent le quotidien de la population malgache, mais aussi celui d'un régime qui gère un pays de plus de 20 millions d’habitants. Seule une poignée de privilégiés peuvent tirer leur épingle du jeu et la course aux sièges politiques, redistribués à la faveur de la crise, s’avère être l’investissement le plus rentable —avec le trafic illégal de bois de rose. Il suffit de voir les milliers de CV et candidatures qui ont afflué lors de la formation d'un gouvernement dit d'union nationale ou encore la bataille politicienne qui a prévalu à la nomination des membres des deux chambres du Parlement de la Transition.

Les pays bienveillants à l'égard d'Andry Rajoelina

Néanmoins, le mur diplomatique international semble se fissurer. Le président de la HAT s’est vu pour la première fois depuis longtemps invité à prendre part à une réunion internationale, la 4e conférence des Nations unies sur les pays les moins avancés, qui s’est tenue à Istanbul en Turquie. Comblé par la bienveillance de son hôte turc, le président Abdullah Gul, Andry Rajoelina était lors du dîner à la table d’honneur présidentielle aux côtés du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. En audience, le Président turc s’est dit «très impressionné» par la présentation que lui a faite Andry Rajoelina. En réponse, Abdullah Gul a témoigné un intérêt à développer des investissements turcs à Madagascar, en premier lieu un projet de construction d’une centrale hydroélectrique de 300 mégawatts.

De fait, la Turquie fait partie d’une liste restreinte de pays ayant manifesté de bonnes dispositions à l’égard de la HAT. Elle a été la première à le faire, suivie du Vatican puis du Pakistan. Tous trois ont dépêché leur nouvel ambassadeur à Madagascar. Mais Paris s'était déjà distingué habilement. A peine débarqué à Antananarivo, le nouvel ambassadeur de France à Madagascar Jean-Marc Châtaignier était reçu par Andry Rajoelina le lendemain de la prise du pouvoir par ce dernier.

La Chine, avec ses besoins énergétiques et sa puissance financière colossale, n’est pas indifférente, bien qu’elle ne veuille pas sortir officiellement du rang. Mais, en 2010, la HAT pouvait se targuer d’avoir conclu un contrat de 100 millions de dollars avec le consortium chinois Wisco pour la prospection du gisement de fer de Soalala. Une manne salutaire pour les caisses publiques malgaches.

Dans la région de l’océan Indien occidental, la HAT peut compter sur l’île Maurice qui plaide en faveur de la feuille de route de sortie de crise concoctée par l’ancien ministre des Affaires étrangères mozambicain Leonardo Simao. Cependant, ce plan, qui donne toute latitude à Andry Rajoelina pour gérer la transition, n’a pas emporté l’adhésion de l’opposition incarnée par les trois anciens présidents malgaches Albert Zafy, Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana et leurs partisans. Or, l’enjeu pour Andry Rajoelina, c’est de démontrer que son régime est le fruit d’un consensus et d'une ouverture à toutes les sensibilités politiques.

L'Afrique australe, hostile à Andry Rajoelina?

Mais le destin international de la Grande île se joue ailleurs, sur le continent africain. Le 20 mai, la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) devrait se prononcer sur la situation malgache et la fameuse feuille de route de Simao, qui a réalisé sa mission de médiation à Antananarivo en son nom. Aux yeux de la HAT, la SADC roule pour le président déchu Ravalomanana, réfugié en Afrique du Sud. Une accusation formulée par le tout nouveau conseiller diplomatique d’Andry Rajoelina, Paul Rafanoharana. Dans une interview, il dénonce «le rôle trop important dévolu à la SADC [qui] joue pour beaucoup dans ce blocage persistant. Cette organisation est traversée par de nombreuses luttes d’influence internes qui ont pour résultat de prendre Madagascar en otage».

Dans la perspective de la réunion du 20 mai, le président de la HAT a donc réalisé une tournée africaine de lobbying sur ces terres jugées hostiles à son régime. Pour la première fois, Andry Rajoelina a été entendu par ces chefs d'Etat africains. A Maputo, il a rencontré le président du Mozambique Armando Emilio Guebuza, à Windhoek celui de Namibie Hifikepunye Pohamba, et à Lusaka le vice-président de Zambie Goeroges Kunda. Mais rien ne permet d’assurer que la SADC va adouber la dernière feuille de route mise en place. Or la décision de la SADC, médiateur dans la crise malgache au nom de la communauté internationale, devrait marquer un jalon important. A moins que l’organisation ne repousse encore sa décision ou ne botte en touche.

Se présentant comme l'un des artisans de la tournée diplomatique d'Andry Rajoelina, Paul Rafanoharana, homme d’affaires franco-malgache et ancien saint-cyrien, expose le plan de la HAT: «Aller vers des élections et permettre ainsi la reconnaissance internationale de l’Etat malgache.»

Les élections, une solution qui pose problème

Mais à elles seules, les élections n'apportent pas de solution à la crise. L’absence d’accord réunissant l’ensemble des protagonistes rend l’exercice inopérant. En effet, l’organisation d’un scrutin présidentiel soulève plusieurs problèmes, d’ordre technique, comme la refonte de la liste électorale, mais aussi d’ordre politique, afin de déterminer qui pourra se présenter.

Sur le premier point, la HAT avance qu’elle est prête à organiser les élections, présidentielle et législatives, avant la fin de l’année. Mais cette perspective est largement mise en doute même avec le soutien matériel de la communauté internationale. Devant l'ampleur de la tâche, «ce n'est pas réaliste», juge le professeur de droit Jean-Eric Rakotoarisoa. Or la précipitation risque d’affaiblir sérieusement le scrutin et miner la légitimité de son résultat.

La question des candidats autorisés à se présenter à l’élection présidentielle est tout aussi délicate. Dans la mesure où nombre d’entre eux ont fait l’objet de condamnations sous différents régimes, le vote d’une loi d’amnistie apparait comme un préalable. Mais inversement, les limites fixées à la loi d’amnistie peuvent servir à disqualifier. Jusqu’à présent, le schéma envisagé dans les différentes négociations exclut la participation du président déchu Marc Ravalomanana. De surcroît, la dernière feuille de route de sortie de crise lui interdit de rentrer à Madagascar tant que le climat politique ne sera pas apaisé.

En revanche, Andry Rajoelina a lui la voie libre. Il a fait voter par référendum en novembre 2010 une nouvelle Constitution qui abaisse à 35 ans l’âge d’éligibilité à la présidence. Même s’il ne s’est officiellement pas encore porté candidat, il insiste sur le fait qu’il n’est plus tenu par la promesse solennelle de ne pas se présenter qu’il avait faite en mai 2010. A l’époque, cette déclaration avait été saluée par tous, notamment par le président de l’Organisation internationale de la francophonie Abdou Diouf, qui en avait pris acte et qui devrait le recevoir à Paris le 12 mai. Dans une récente interview, Andry Rajoelina affiche désormais une assurance sans faille: «Je sais que je serai élu maintenant ou dans cinq ans.» Tout porte à croire que TGV n’aime pas attendre et que personne ne peut l'arrêter.

Philippe Randrianarimanana

A lire aussi:

Madagascar: où est la sortie de crise?

Philippe Randrianarimanana

Philippe Randrianarimanana est Franco-malgache, il est spécialiste de Madagascar et la Russie.

Ses derniers articles: Andry Rajoelina, l'ex-putschiste qui veut être l'Elu  Comment le camp d'Obama a fêté la victoire  Comment Barack Obama a gagné 

Afrique du Sud

Justice

En Afrique du Sud, les autorités refusent la libération de Pistorius et piétinent la justice

En Afrique du Sud, les autorités refusent la libération de Pistorius et piétinent la justice

Rugby

Malgré les polémiques, l'équipe d'Afrique du Sud compte de plus en plus de joueurs de couleur

Malgré les polémiques, l'équipe d'Afrique du Sud compte de plus en plus de joueurs de couleur

Inégalités

L'ascension du seul milliardaire noir sud-africain est chargée de symboles

L'ascension du seul milliardaire noir sud-africain est chargée de symboles

Andry Rajoelina

Imbroglio

Madagascar se prépare à vivre une présidentielle tourmentée

Madagascar se prépare à vivre une présidentielle tourmentée

Madagascar

Andry Rajoelina, l'ex-putschiste qui veut être l'Elu

Andry Rajoelina, l'ex-putschiste qui veut être l'Elu

Putsch

Les 10 coups d’Etat les plus foireux

Les 10 coups d’Etat les plus foireux

Françafrique

Françafrique

En interférant dans l'élection gabonaise, la France agit en puissance coloniale

En interférant dans l'élection gabonaise, la France agit en puissance coloniale

Quiz

[QUIZ] François Hollande a t-il vraiment rompu avec la Françafrique?

[QUIZ] François Hollande a t-il vraiment rompu avec la Françafrique?

Election présidentielle

Dans la nouvelle Côte d'Ivoire, la «french connection» est de retour

Dans la nouvelle Côte d'Ivoire, la «french connection» est de retour