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Tiara, by Robynlou8 via Flickr CC
Tiara, by Robynlou8 via Flickr CC

Maroc: l’embarrassante affaire du «collier de la reine»

La princesse Lalla Salma, épouse du roi Mohammed VI, s’est retrouvée au cœur d’une polémique en raison d’un présent de grande valeur qu’elle aurait secrètement offert à Tzipi Livni, actuel leader de l’opposition en Israël.

Un geste d’amitié inavouable que la Couronne aurait peut-être préféré garder discrète en ces temps de contestation… L’information publiée par le journal israélien Maariv a en tout cas fait l’effet d’une bombe au royaume chérifien. Dans son édition du mercredi 13 juillet, le quotidien dévoilait la liste des présents offerts aux dignitaires israéliens lors de leurs déplacements à l’étranger.

Un tapis persan, des défenses en ivoire, un kimono de geisha, un fouet en cuir, de la vaisselle, des stylos, des cravates… Les coffres de la Knesset, le parlement israélien, recèlent toutes sortes de curiosités que les responsables de l’Etat hébreu sont tenus de déclarer, en vertu d’une loi qui considère ces cadeaux comme propriété du peuple israélien.

Le collier de Tzipi Livni

Dans l’inventaire —répertorié sur une période de 60 ans—, un présent particulièrement généreux sort du lot: un coffret rehaussé de satin noir contenant un collier en or serti de 30 diamants d’une valeur inestimable, offert, selon Maariv, par la Première dame marocaine à Tzipi Livni lors d’une visite secrète à Rabat. La chef du parti politique Kadima, fondé par Ariel Sharon en 2005 alors qu’il était alors ministre des Affaires étrangères, était invitée au forum Nord Sud MEDays du 19 au 21 novembre 2009 à Tanger, à l’instar d’autres personnalités de la scène politique internationale.

L’événement organisé par Amadeus, un think tank fondé quelques mois seulement auparavant par Brahim, le fils du ministre des Affaires étrangères marocain Taïeb Fassi Fihri, à peine âgé de 24 ans, a fait les choux gras de la presse marocaine qui y voyait une extension officieuse de la diplomatie du royaume. La présence de Tzipi Livni en particulier a soulevé une vague de protestations au sein des associations de défense de la cause palestinienne.

MEDays intervenait quelques mois à peine après l’opération «plomb durci» menée par Tsahal sur la Bande de Gaza et qui avait suscité un vif émoi dans la rue arabe. La chef de la diplomatie israélienne de l’époque avait même dû annuler une visite à Londres en mars 2009 en raison d’un mandat d’arrêt pour crimes de guerre émis contre elle par un juge britannique. Au Maroc, après l’annonce de sa visite, trois avocats de renom avaient déposé plainte contre elle au parquet de Rabat pour les mêmes motifs —une initiative qui restera sans suite.

Si la presse marocaine avait révélé que Tzipi Livni s’était également rendue à Marrakech et à Casablanca où elle a reçu d’autres bijoux précieux de la part de la communauté juive marocaine, sa rencontre présumée avec des membres de la famille royale, et en l’occurrence avec Lalla Salma, aurait donc, si l’on en croit Maariv, été tenue secrète.

Comme Marie-Antoinette ou Bokassa

Au Maroc, où l’opinion publique est très majoritairement pro-palestinienne, ce scandale qui éclabousse la First Lady n’a pas manqué d’être comparé par les férus d’histoire à «l’affaire du collier de la reine», la très célèbre intrigue qui se noua en 1785 au cœur de la royauté française lorsque deux joailliers parisiens avaient remis une somptueuse rivière de diamants au Cardinal de Rohan, destinée à la reine Marie-Antoinette. Une affaire qui avait marqué le début d'un incroyable imbroglio politique qui ternira à jamais la réputation de l’épouse de Louis XVI et qui contribua à la chute de la monarchie française quatre ans plus tard…

L’affaire marocaine est également comparée à celle, bien plus récente, des diamants offerts par l’empereur Jean-Bedel Bokassa de Centrafrique au président français Valéry Giscard d’Estaing dans les années 70, rappelant que les régimes autoritaires d’Afrique sont toujours prompts à s’attirer l’indulgence des puissants par de somptueux présents.

La classe politique chérifienne, qui s’abstient de toute critique dès qu’il s’agit du roi s’est montrée bien circonspecte sur le geste supposé de Lalla Salma et préfère mettre en doute l’information publiée par Maariv.

«Il faut dire que la "sacralité" de la personne du roi qui a été préservée dans la Constitution révisée sous le terme "d'inviolabilité" ne permet pas aux politiques marocains de trop se prononcer sur des sujets aussi délicats», commente un internaute sur un forum de Bladi.net.

Dans une réaction officielle —aussi courte que lapidaire— le ministère des Affaires étrangères marocain a catégoriquement démenti les faits rapportés par la presse israélienne. Selon des sites d’information marocains ayant cité un membre de la communauté juive:

«l'ex-ministre israélienne n’a rencontré aucune princesse au Maroc, elle s’est entretenue avec des responsables de la communauté juive et certaines personnalités marocaines, et le collier en diamants aurait pu lui être offert par la communauté juive».

Mais d’après Maariv, la fédération des juifs du Maroc lui aurait aussi offert un collier en or orné de pierres précieuses, assorti de deux bagues en or…

«Ce n’est un secret pour personne, le Maroc entretient de bonnes relations avec l’Etat d’Israël. Mais la question que l’on se pose, si l’information s’avère être exacte, est la suivante: Qu’à fait Tzipi Livni pour le Maroc en 2009 pour mériter de tels cadeaux?», s’interroge Afrik.com.

Le précédent Isaacson

L'embarras des politiques marocains et de l’Etat est d'autant plus grand que le roi Mohammed VI a lui-même été derrière un geste très controversé en septembre 2009. Il avait accordé le titre de Chevalier de l'Ordre du Trône du royaume du Maroc à Jason F. Isaacson, directeur des affaires internationales de l’American Jewish Committee (AJC), un puissant groupe de lobbying sioniste très influent aux Etats-Unis. Isaacson avait, sans surprise, appuyé avec force l’intervention militaire israélienne contre Gaza.

«Par la réforme et la réconciliation politiques, par sa position ferme contre l’extrémisme, par sa protection continue des minorités religieuses, le Maroc a prouvé à maintes reprises son amitié, sa force, ses principes», avait déclaré Isaacson lors de la cérémonie tenue dans la plus grande discrétion à New York.

«Aujourd’hui, nos espoirs sont de nouveau investis au Maroc et spécifiquement à Sa Majesté le roi Mohammed VI, un descendant direct du Prophète Mohammed, comme symbole de tolérance et modération, comme défenseur inébranlable des valeurs qui sont à la base des trois grandes fois d’Abraham, comme un vrai champion de la paix», avait-il ajouté.

La décoration et les déclarations empathiques d’Isaacson n'avaient pas été relayées officiellement au Maroc…

Ali Amar

 

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Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

Ses derniers articles: Patrick Ramaël, ce juge qui agace la Françafrique  Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey  Maroc: Le «jour du disparu», une fausse bonne idée 

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