mis à jour le

L’effondrement de l’Europe constituerait un véritable cataclysme, pour la Tunisie

L'Europe va mal et ça se voit. Pour sa part, la zone Euro s'enfonce dans la crise la plus profonde depuis sa création en 1999. Le chômage y atteint, en ce début du mois de mai 2013, les 12% de la population active, avec des pointes, à plus de 25%, en Espagne et en Grèce, notamment. L'activité économique continue de régresser en Espagne, en Italie et au Portugal et, désormais, c'est la consommation qui flanche, en France, également. Ces perturbations et désordres qui touchent, désormais, tous les pays de la zone Euro, en dehors de l'Allemagne, annoncent une nouvelle détérioration de la situation économique qui devrait survenir à court terme. Une nouvelle crise économique, en somme, alors que la précédente n'a pas été, totalement, résorbée.

En effet, deuxième puissance économique, de la zone Euro, derrière l'Allemagne, la France, du fait de la vigueur de sa consommation, avait, jusqu'à ces derniers mois, évité le pire, pour la zone Euro. Mais la consommation n'est plus ce qu'elle était, en France, depuis l'accession des socialistes, au pouvoir. Ainsi, à titre d'exemple, les ventes d'automobiles neuves ont chuté de 10,2% en Europe et 14,7% en France, durant le premier trimestre de l'année en cours. Si la consommation française continue de se contracter sur le rythme qu'elle suit depuis le mois de janvier 2013, les conséquences seront graves, tant en France que dans les pays voisins, et en premier lieu en Italie et en Espagne avec lesquels la France a des relations économiques privilégiées. Or l'économie de ces deux pays est, déjà, très fragile et risque de basculer à tout instant.

Cette détérioration générale de la situation économique, dans la zone Euro, pose, ouvertement, le problème des mesures d'austérité adoptées par l'ensemble des pays, depuis 2011, à la suite de la Grèce puis du Portugal et de l'Espagne. Mais, la volonté allemande, de poursuivre dans la voie de la politique de rigueur économique est inébranlable car Berlin n'a plus envie de payer pour la mauvaise gouvernance des autres pays. L'Allemagne comprend parfaitement, pourtant, les risques d'implosion de la zone Euro et, au-delà, de l'Union Européenne, en raison de la persistance de ces mesures impopulaires. Alors, pourquoi l'Allemagne s'entête-elle dans une attitude aussi rigide ? L'Allemagne cherche-elle à quitter la zone Euro pour retrouver sa forte monnaie, le deutschemark, en poussant les autres pays à lui faciliter ce choix ?

En fait les choses ne sont pas aussi évidentes. Il faut comprendre, en effet, que la zone Euro rapporte, aussi, à l'Allemagne, environ, 3 points, de plus, au PIB, par an. 3 point, du PIB allemand, correspondent à 60 milliards d'Euros, et c'est une richesse considérable, égale à une fois et demi, le PIB de la Tunisie, en valeur réelle, et non en PPA. Cette valeur ajoutée, au PIB allemand, est réalisée par le biais de l'excédent commercial allemand, obtenu, à 60%, au détriment des partenaires de l'Allemagne, de la zone Euro. Cette valeur est réalisée, également, par le biais des effets induits par les exportations, sous forme de retombées diverses au niveau de tous les secteurs économiques allemands. On peut parfaitement comprendre que, dans ces conditions, l'Allemagne tienne à l'existence de la zone Euro. Mais sa recherche de la rigueur budgétaire, pour tous les pays européens, semble conduire la zone Euro et l'Union Européenne, au bord de l'implosion. Comment expliquer cette contradiction ?

On peut imaginer, en effet, que si l'Allemagne voulait que la zone euro fonctionne correctement, elle devrait accepter le passage à un fédéralisme budgétaire, au niveau de toute la zone Euro. En effet, il n'est pas nécessaire d'être un grand expert économique, pour saisir le fait, évident, que l'on ne peut faire fonctionner une union monétaire groupant des pays, aussi hétérogènes, sans un mécanisme fédérateur exempt de toute faille. C'est l'unique solution pour sauver à terme, la zone Euro. L'Allemagne le sait, pourtant, n'encourage, pour le moment, du moins, aucune initiative allant dans ce sens. Pourquoi ?

La réponse est simple : L'Allemagne n'a pas envie de jouer au père Noël. Dans le cadre d'un éventuel fédéralisme européen, l'Allemagne devrait accepter, en effet, la nécessité d'une mise à niveau, des pays qui connaissent une intense crise économique. Berlin sera, ainsi, dans l'obligation de transférer une partie importante, de sa grande richesse économique, vers ses partenaires, en difficulté. On estime, ainsi, que rien que pour l'Espagne, la Grèce, l'Italie et le Portugal, les transferts, nécessaires, à la remise à niveau, de leurs économies, par rapport au standard des économies de l'Allemagne et de la France, représenteraient entre 245 et 260 milliards d'euros. C'est énorme car cela représente, environ, entre 8 et 10 points de PIB, allemand, par an, et ce, pour au moins dix ans. C'est beaucoup plus que le PIB de la France, à titre d'exemple.

Aux yeux de l'Allemagne, des montants, pareils, sont, absolument, exorbitants et ne peuvent être envisagés, sous aucun prétexte, même au prix de la survie de la zone Euro et de l'Union Européenne, cela va de soi. Ce n'est pas que Berlin rechigne à payer. En vérité, l'Allemagne, malgré sa richesse et sa solidité économique, n'a pas, vraiment, les moyens de payer, une telle somme, sans mettre en péril son modèle économique. Elle souhaite, donc, conserver les avantages de la zone euro, mais sans en payer le prix. D'où cette attitude, un peu étrange de vouloir, à tout prix, garder le statuquo. L'Allemagne a décidé de ne pas payer, c'est tout.

Signe, évident, de cette attitude, l'Allemagne vient d'annoncer qu'elle considérait qu'il faudrait modifier les traités portant création de l'Union bancaire, pour que celle-ci puisse voir le jour. C'est en 2012 que l'Allemagne a signé ce traité qu'elle cherche, aujourd'hui à modifier, alors, qu'il n'est même pas entré en vigueur. La modification du texte de ce traité n'est, pourtant, pas envisagée par les partenaires de l'Allemagne. Autrement dit, l'Allemagne veut repousser à 2015 et plus probablement à 2016, voire, à 2017, l'entrée en vigueur de l'Union bancaire. L'Allemagne croit, peut-être, que d'ici là, les problèmes économiques de ses partenaires auront disparu d'eux-mêmes. Possible, mais probablement, pas. La crise économique et financière, actuelle, est la pire que la planète ait connue, à ce jour. Elle sévit depuis, déjà, le début du siècle et, aucun indice n'en augure sérieusement, la fin imminente.

Dans ces conditions, on comprend bien qu'il n'y ait pas d'autre choix, pour l'Allemagne, que de défendre une politique d'austérité pour la zone Euro, en dépit des conséquences économiques et sociales, absolument, catastrophiques, que cette politique engendre y compris, à terme, pour l'Allemagne en tant que telle. Tous les pays, les uns après les autres, se lancent dans des politiques suicidaires de dévaluation interne, politiques équivalant aux politiques de déflation, pratiquée lors de la crise de 1929. Ainsi la France, se rend, bien compte, que si elle veut réduire, absolument, le coût du travail, pour plus de compétitivité de son économie, il est nécessaire, pour elle, de baisser les salaires et les prestations sociales. Mais, dans ce cas, c'est la consommation qui se réduit, automatiquement, et risque, même, de s'effondrer. Les calculs économiques montrent, à ce propos, que la France doit baisser ses coûts de production de 20%, environ.

Mais, une telle baisse entrainerait, quasi automatiquement, une augmentation du taux de chômage qui atteindrait 15% de la population active, soit 4,5 millions de chômeurs ! De plus, dans la zone euro, l'Espagne et l'Italie concurrencent, déjà, la France par la déflation salariale. Il faudrait donc faire mieux que ces deux pays, quitte à atteindre, non pas, 15%, mais, 20% de taux de chômage, parmi la population active. De quoi faire assassiner un Président de la 5ème République ! François Hollande, le socialiste, serait-il assez courageux pour en assumer la responsabilité ? J'en doute! Mais, cela fait un an, déjà, que le couple franco-allemand est en divorce prononcé. Merkel ne porte plus François Hollande dans son c½ur et, ce denier, le lui rend bien. Mais, dans un ménage, il faut sauver les apparences, n'est-ce pas ?

Plus que jamais, la question de la survie de la zone Euro est posée. Les tendances à son éclatement s'amplifient. On voit que les problèmes de pays aussi divers que la Grèce, l'Espagne le Portugal et l'Italie vont converger à court terme, pour se focaliser en une logique, quasi impérative, d'implosion ou d'éclatement volontaire et concerté. Beaucoup de politiciens, empruntent le pas des économistes lucides qui pensent qu'il est grand temps de solder les comptes. Leur idée est que si l'on veut sauver l'Union européenne, tant qu'il en est encore temps, il faut rapidement se débarrasser de l'Euro en prononçant la rapide dissolution de la zone euro. Alors ? Wait and see.

Toute cette histoire n'aurait été, pour nous, tunisiens qu'une vue de l'esprit, si notre économie n'était, fortement, liée à l'Europe et à la zone Euro. Les échanges commerciaux de la Tunisie dépendent, en effet, à 80% de la demande européenne alors que les entreprises, off-shore, installées dans notre pays assurent 20% des emplois, soit, environ 320.000 postes d'emplois. Evoquant les répercussions éventuelles sur les échanges commerciaux entre la Tunisie et ses partenaires de l’UE, M. Khedhir, directeur de l’Observatoire du Commerce Extérieur (OCE), au ministère du Commerce soulignait, déjà, en novembre 2011, qu’«il faut s’attendre à tous les scénarios»,d’autant plus, que les intentions concernant les grandes commandes avaient commencé à, sensiblement, baisser.

Prévoyant, M. Khedhir, avait proposé que la Tunisie se tourne, plutôt, vers ses voisins, pour faire face à la crise de l'Europe pour minimiser les impacts, attendus, sur son économie. Selon lui, la Tunisie devrait mieux, exploiter sa proximité géographique, pour accroître et diversifier, ses exportations, vers les marchés maghrébins, notamment, le marché libyen. En fait, c'est la contrebande qui a su, le mieux, exploiter ce filon, au détriment des équilibres du marché tunisien, qui plus est. Aucune, véritable, stratégie, officielle, ne semble avoir été échafaudée, pour conquérir le marché libyen, sous prétexte que ce pays ne connait pas, encore, la stabilité. Entre temps, le marché libyen échappe, de plus en plus, aux opérateurs économiques tunisiens, au profit de ceux venus d'Egypte et de Turquie.

Selon M. Khedhir, la Tunisie gagnerait, aussi, à renforcer ses liens avec les pays de l’Afrique sub-saharienne, et à réviser ses stratégies de positionnement, sur ces marchés. Par ailleurs, il avait appelé à tirer un meilleur profit, du Système Général de Préférences (SGP) adopté, récemment, par le Congress américain, pour développer les ventes de produits tunisiens, sur le marché des Etats Unis. On peut ajouter à cela, l'opportunité, voire, la nécessité de conquérir les marchés asiatiques : Chine, Japon et Inde, très dynamiques, en ce moment. Mais, deux ans, après les déclarations de M. Khedhir, on peut constater, amèrement, que ses conseils ont été passées, par pertes et profits, par des autorités, qui ne semblent pas aptes à mesurer, la véritable portée des enjeux. Dommage que l'on soit inconscients de la portée de certains enjeux, de ne pas savoir réagir, avec la promptitude nécessaire, aux changements, dès l'apparition des premiers symptômes, de manquer de discernement devant des indices, tellement, flagrants. Car aujourd'hui, l'effondrement de l'Europe constituerait un véritable cataclysme, pour la Tunisie.

Par Ridha Ben Kacem le 5 mai 2013

Tunisie Focus

Ses derniers articles: Dimanche , Ban Ki-moon a reçu le rapport des enquêteurs de l’ONU en Syrie  Une météorite tombe  Journée internationale de la démocratie . Bla-bla-bla chez les arabes 

Tunisie

AFP

Le navire de militants anti-migrants bloqué au large de la Tunisie

Le navire de militants anti-migrants bloqué au large de la Tunisie

AFP

La Tunisie vote une loi contre les violences faites aux femmes

La Tunisie vote une loi contre les violences faites aux femmes

AFP

Deux touristes allemandes blessées par un "déséquilibré" en Tunisie

Deux touristes allemandes blessées par un "déséquilibré" en Tunisie